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Le peuplement austronésien à l’origine de la civilisation kanak (-1000 à -800)

lundi 24 janvier 2022 par Patrice FESSELIER-SOERIP

Thème 1 – Du complexe culturel Lapita à l’émergence de la civilisation kanak (-1000 à +1000)
Problématique – Comment le peuplement austronésien est-il à l’origine de la civilisation kanak ?

Chapitre 1 – Le peuplement austronésien à l’origine de la civilisation kanak (-1000 à -800)
Problématique – Quelles sont les caractéristiques de la civilisation Lapita issue du peuplement austronésien ?

Mise au point scientifique :

 I – Le peuplement de l’Australie et de la Nouvelle-Guinée

Le peuplement de l’Océanie s’explique par deux grandes vagues migratoires : la première concerne l’arrivée des premiers hommes en Australie et en Nouvelle-Guinée et la seconde, tout le Pacifique insulaire conquis par des peuples austronésiens.
D’une part, il y a 120 000 ans, le climat mondial est marqué par le début d’une longue période de glaciation entraînant un niveau de la mer beaucoup plus bas. De nombreuses terres, aujourd’hui insulaires, sont reliées entre elles ou à un continent à l’exemple des archipels de Malaisie et d’Indonésie qui forment une vaste zone continentale, Sunda.
D’autre part, il y a environ 72 000 ans, les ancêtres des Papous et des Aborigènes quittent l’Afrique pour le Moyen-Orient. Ces deux groupes forment une même lignée. Il y a 58 000 ans, ils partent de la région de l’actuel Israël pour entamer une longue migration vers l’Australie. D’autres groupes se divisent pour aller peupler l’Europe malgré des températures très basses et l’Asie. Il y a 50 000 ans, les ancêtres des Papous et Aborigènes sont implantés dans la région de Sunda. Il y a 45 000-40 000 ans, ils auraient traversé à bord de radeaux ou de simples pirogues monoxyles (unique pièce de bois) le détroit des îles de la limite dite de Wallacea et auraient atteint les côtes d’un nouveau continent, Sahul. Ce nouveau continent est formé de l’Australie, y compris la Tasmanie, et de la Nouvelle-Guinée où le climat y est froid et sec. Les Highlands sont dominées par des glaciers.
De plus, il y a 37 000 ans, des groupes se seraient séparés bien avant la montée des eaux et la séparation de l’Australie et de la Nouvelle-Guinée. Une fois en Australie, les premiers Aborigènes s’isolent durant presque 40 000 ans et se dispersent sur tout le territoire australien. Il y a 35 000 ans, certaines espèces animales disparaissent face à l’intensification de la chasse telles que le lion marsupial et le wombat géant (Diprotodon), d’autres sont menacées d’extinction comme le diable et le tigre de Tasmanie. Les hommes atteignent les îles Bismarck à l’est de la Nouvelle-Guinée, il y a 33 000 ans.
En outre, il y a 31 000 ans, des centaines de peuples aborigènes s’isolent déjà génétiquement les uns des autres. Ils deviennent plus résistants au froid et à la déshydratation leur permettant de vivre dans des espaces désertiques. Il y a 25 000 ans, Sahul subit les effets du changement climatique, le sud devient plus sec et plus frais. Il y a 20 000 ans, les espaces sont plus arides et froids.
Puis, il y a 15 000 ans, la partie nord de Sahul, la Nouvelle-Guinée, qui n’est pas encore un espace insulaire, est impactée par le début d’un réchauffement du climat. Ce phénomène provoque la fonte des glaciers et un climat qui devient plus humide, tropical voire équatorial.
Enfin, il y a 11 000-10 000 ans, le réchauffement global du climat annonce la fin de la période glaciaire, la fonte des glaciers à travers la planète, la montée des eaux et donc du niveau de la mer. Les plaines littorales sont submergées, de nouvelles îles se forment, des territoires se scindent et les hommes se retrouvent éloignés des autres terres et des autres hommes. C’est ainsi que s’achève la première étape du peuplement de l’Océanie, dominée par les ancêtres des Aborigènes et des Papous. Chaque groupe, s’étant différencié, fonde de nouvelles civilisations. Mais leur ADN conserve aujourd’hui les traces de leur patrimoine génétique commun.

 II – Le peuplement de l’Océanie insulaire

La première étape du peuplement de l’île de Nouvelle-Guinée et de l’Australie par les Papous et les Aborigènes s’achève avec les effets du changement climatique et des submersions marines, engendrant la transformation du continent Sahul.
Des milliers d’années plus tard, débute la deuxième étape du peuplement de l’Océanie avec l’arrivée des Austronésiens. Ainsi, il y a environ 6000 ans, des nouveaux groupes d’individus quittent le sud de la Chine pour migrer vers l’île de Taïwan à bord d’embarcations innovantes, des pirogues à voile et à balancier. Il y a 4000 ans, c’est l’archipel des Philippines et une partie de l’Indonésie qui sont colonisés par les Austronésiens.
Ensuite, il y a 3500 ans, des groupes austronésiens arrivent sur l’île de Nouvelle-Guinée. Un territoire déjà occupé par les Papous. Les groupes se lient et se métissent (métissage culturel et génétique). Il y a 3300 ans, ils arrivent dans les îles Bismarck entre la Nouvelle-Guinée et les Salomon où les descendants des premiers Papous y sont déjà implantés. Ces deux civilisations se rencontrent. Des alliances se
forment. La région devient ainsi un creuset de civilisations. Il y a 3000 ans, d’autres groupes austronésiens quittent le sud-est asiatique sans toucher terre en Nouvelle-Guinée. Ils se dirigent vers les îles de Micronésie puis de Polynésie. Leur ADN est majoritairement asiatique.
Entre 1300 et 1100 avant J.-C., les groupes d’Austronésiens, venus d’Asie du sud-est, et les populations papoues, qui cohabitent en Nouvelle-Guinée et aux Bismarck, depuis quelques siècles, font émerger une nouvelle civilisation, Lapita. Puis, ces groupes Lapita impulsent une nouvelle dynamique dans la conquête de nouveaux territoires, ceux de « l’Océanie lointaine ». Ils traversent l’archipel des îles Salomon et atteignent les îles Santa Cruz. S’ensuivent des migrations vers les îles du Vanuatu, d’où partent des groupes qui prennent la direction de l’est, vers les îles Fidji puis vers les îles Tonga et Samoa (900 avant J.-C.). D’autres se dirigent, depuis le Vanuatu, vers le sud : environ un siècle et un demi siècle après (1100 avant J.-C.), ils sont les premiers à découvrir la Nouvelle-Calédonie, sur les îles Loyauté et dans le nord de la côte est de la Grande Terre.
Le peuplement des îles Tonga met un frein à la conquête du reste du Pacifique. Des tentatives sont sans doute entreprises mais les distances avec les prochaines îles, celles de Polynésie française, sont trop grandes. Elles sont éloignées de plus de 2000 km. Aussi, durant plusieurs siècles, les populations austronésiennes de Mélanésie et de Micronésie poursuivent leurs contacts et leurs échanges, s’implantent progressivement dans l’intérieur des terres, perfectionnent leurs techniques horticoles mais aussi de navigation et de construction de pirogues.
En 500 après J.-C., des hommes sur leurs pirogues accostent sur de nouveaux rivages, ceux des îles du nord de la Polynésie française, les îles Marquises. Elles sont l’un des foyers de la future civilisation polynésienne et l’un des centres, avec les îles de la Société, du Triangle polynésien : Maui-Hawaï vers 800, Rapa Nui-Île de Pâques vers 1200 et Aotearoa-Nouvelle-Zélande aux alentours de 1250. Un immense ensemble insulaire éclaté de 25 millions de km2 connecté où les Polynésiens entreprennent, par la suite, des voyages qui les mènent en Amérique précolombienne (des contacts avec les peuples des Mapuches au centre du Chili, des Chumash et des Tongvas en Californie) jusqu’au XVe siècle, avant le petit âge glaciaire, alors que les échanges et les relations se poursuivent entre les mondes
polynésiens et mélanésiens.
Cette « incroyable aventure maritime », inégalée à l’échelle du monde et dans l’histoire des conquêtes humaines, s’est faite sur environ 5000 ans. Les Océaniens semblent bien avoir eu une « représentation mentale assez exacte du monde ». La curiosité, le challenge, la pression démographique, les tensions et conflits, les crises alimentaires sont autant de facteurs pouvant justifier cet irrésistible envie d’aller au delà de l’horizon. Toutefois, rien n’aurait été possible sans un moyen de transport adapté et perfectionné, la pirogue austronésienne. Ce sont les savoir-faire des hommes et des femmes, des expérimentations, des innovations et des pertes humaines induites qui leur ont permis de relever ce défi de conquête et de peuplement.
Les Austronésiens maîtrisent les techniques de navigation. Ils savent construire de très grandes pirogues à voile et à double coques pour parcourir de très longues distances, en remontant au vent, face aux alizés. Le vent, le soleil, les étoiles, la houle les aident à choisir leur direction, leur vitesse et le temps de navigation. À l’approche d’une terre, des signes annonciateurs permettent à ces hommes de deviner la proximité d’une île : scruter les nuages, les oiseaux (marins ou terrestres). À l’exemple, des îles Marshall en Micronésie, ils fabriquent des cartes nautiques à partir de bois et de coquillages pour y placer les îles et positionner les courants marins. L’influence d’El Niño sur les vents et les courants marins ouvre de nouvelles opportunités : « atteindre des îles et des terres inaccessibles en d’autres temps ». La pirogue, notamment tongienne, appelée kalia et accueillant cent hommes, est un élément d’unité. C’est également un élément de puissance pour tisser des réseaux d’alliances à l’exemple de l’archipel des Tonga qui colonise, conquiert, exploite des territoires allant de Uvea-Wallis, à Fidji, en passant par des îles de Tuvalu.
Les groupes d’Austronésiens transportent avec eux des taros, des ignames, des bananiers, des noix mais aussi des animaux comme le chien, le cochon, la poule ou le Rattus exulans (rat du Pacifique). Ces hommes et ces femmes maîtrisent les techniques du tressage (nattes), du tapa, de la céramique (poteries Lapita), des objets sculptés et certains groupes sont tatoués tels des motifs Lapita avec des formes géométriques qu’ils transposent sur leur corps.

 III – Le peuplement de la Nouvelle-Calédonie

À partir de 1100-1000 avant J.-C., la Nouvelle-Calédonie est découverte par les Austronésiens, arrivés du Vanuatu. Ils accostent aux îles Loyauté et dans le nord-est de la Grande Terre. Les groupes d’individus s’installent sur les littoraux. La proximité de la mer, d’un cours d’eau ou d’une source d’eau douce, d’une mangrove, d’une passe et d’une terre plus ou moins fertile suffisent pour s’implanter dans ces nouveaux territoires, vides d’hommes. Leur arrivée marque le début de la période historique dite Lapita de 1100 à 800 avant J.-C.
La Nouvelle-Calédonie appartient à l’aire culturelle Lapita, une civilisation symbolisée par la poterie Xapeta’a (« l’endroit où l’on creuse, l’endroit où l’on fait des trous » en langue haveke de la région de Xujo-Oundjo), répandue dans le Pacifique sud-ouest. Des différences existent entre les régions mais les décors d’impressions pointillées, réalisées à l’aide de peignes, et les motifs géométriques ou anthropomorphes demeurent les caractères communs de la tradition Lapita. Les Lapita sont aussi des
« nomades de la mer » : prendre la mer pour la pêche, pour explorer, pour rencontrer ou pour échanger.
Au cours des siècles, la mer est devenue un espace maîtrisé, comme la continuité de l’espace terrestre. Durant deux à trois cent ans, les relations entre les groupes Lapita sont entretenues.
Les Austronésiens de Nouvelle-Calédonie vivent de la pêche lagonaire et de la collecte de coquillages. Ils héritent et transmettent des traditions encore austronésiennes : rites funéraires (enterrement des morts), horticulture (sur brûlis qui provoque une destruction de l’environnement et un appauvrissement des sols), fabrication de poteries (Lapita comme objet de valeur, d’échange, de prestige ou de pratiques rituels) et de parures, outils de pêche (hameçons), de chasse et de construction (herminettes, pirogues et habitations). Ils préservent les contacts entre eux et avec des groupes éloignés comme ceux du Vanuatu pour poursuivre les échanges et entretenir les alliances. Les hommes, les femmes et les objets circulent entre la Nouvelle-Calédonie et ses voisins et entre la Grande Terre et les îles Loyauté. Un réseau d’alliance se forme.
Dans certaines régions comme à Deva, les individus se spécialisent dans la confection de l’artisanat par exemple. Ils organisent leur espace : espace horticole, espace d’artisanat, espace de cuisine. Ils trient leurs déchets : amas coquillers, arêtes de poissons, ossements d’animaux (tortue). Ils déplacent leur habitat souvent d’où des habitations peu perfectionnées, plutôt de simples abris mais progressivement les hommes adoptent un « mode de vie relativement sédentaire » au sein de villages côtiers.
La tradition de la chasse existe notamment d’animaux terrestres endémiques comme sur la presqu’île de Pindaï (entre Népoui et Pouembout) où des ossements du ratite Sylviornis neocaledonia, du crocodile terrestre Mekosuchus inexpectatus et de toute une série de gros oiseaux et un nombre important de vestiges de petites faunes (geckos, lézards) ont été découverts. Cet apport, en protéines animales, accessible, a exercé une telle pression sur cette faune, que certaines espèces ont disparu au cours du 1er millénaire avant J.-C.
À partir de 800 avant J.-C., les peuples austronésiens commencent à se différencier : différenciation culturelle avec des traditions et des rituels qui se singularisent devenant plus océaniens, davantage mélanésiens ou polynésiens. Les groupes délaissent la poterie Lapita qui cesse d’être fabriquée. De nouvelles civilisations émergent toutes issues d’un monde austronésien à la fois uni et diversifié.

 PLAN DU CHAPITRE 1

  • Activité 1 – De l’Afrique à Sahul
    Problématiques – Quelles sont les étapes de la migration des hommes de l’Afrique vers Sahul ? Comment expliquer le peuplement de Sahul ?
  • Activité 2 – Les Austronésiens découvrent et colonisent le Pacifique
    Problématique – Comment les Austronésiens sont-ils à l’origine du peuplement de l’Océanie ?
  • Activité 3 – Les peuples austronésiens, des acteurs mobiles dans un « Pacifique connecté »
    Problématique – Comment expliquer les migrations austronésiennes et la connexion des territoires insulaires ?
  • Point de passage et d’ouverture (PPO) 1 – Le site Lapita et l’étude de la poterie comme marqueur de l’histoire
    Problématique – En quoi le Lapita est-il un marqueur essentiel de l’histoire du peuplement austronésien dans le Pacifique sud-ouest ?
  • Activité 5 – Un site Lapita calédonien, l’exemple du domaine de Deva (Bu Rhaï)
    Problématique – Comment le site archéologique de Deva révèle-t-il un peuplement Lapita ?

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