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Les Européens et la cinquième partie du monde.

vendredi 20 avril 2012 par Jérôme GEOFFROY
  Sommaire  

 Document 3

CARTE POUR L’INTELLIGENCE DU MEMOIRE DE M. LE CAPITAINE DUMONT D’URVILLE SUR LES ILES DU GRAND OCEAN (OCEANIE)

Source : National library of Australia

D. et G. par A. Tardieu. Extrait de : Voyage de découvertes de la corvette l’Astrolabe exécuté par ordre du Roi pendant les années 1826-1827-1828-1829 sous le commandement de M. J. Dumont d’Urville - Partie historique, Paris, J. Tastu, 1833.

Dumont d’Urville

Jules Sébastien Dumont d’Urville (1790-1842) est issu de la vieille noblesse française. C’est un marin, un savant et un explorateur qui effectue trois voyages dans le Pacifique, dont deux en tant que commandant. Au cours du troisième voyage, en 1837, il explore l’Antarctique et découvre la Terre Adélie.

Jules Dumont d’Urville
Source : Wikipedia

Approfondissement

Ambitieux et exalté par les récits de Cook et de Bougainville, Dumont d’Urville s’engage dans la Marine en 1807 et poursuit une brillante carrière de « marin-savant ». En 1819, lors d’une mission dans les îles grecques, il conseille à la France d’acheter la Vénus de Milo (célèbre statue exposée aujourd’hui au Louvre ). En 1822, il embarque pour un tour du monde à bord de La Coquille, commandée par le lieutenant de vaisseau Duperrey. Au terme de 31 mois de navigation, les savants ramènent des observations et des relevés géographiques et magnétiques. Dumont d’Urville, lui, rapporte un herbier et une importante collection d’insectes.

En 1826, nommé capitaine de frégate, il commande La Coquille rebaptisée L’Astrolabe. Il retrouve les traces du naufrage de La Pérouse et explore les îles de l’Océanie occidentale. En 1837, il commande une nouvelle expédition vers le Pôle sud, avec deux navires : l’Astrolabe et la Zélée. Au cours du voyage, il découvre une terre glacée proche du pôle sud magnétique (en Antarctique) ; il en prend possession au nom de la France et la baptise Terre Adélie en hommage à sa femme, Adèle. Nommé contre-amiral en 1840, il supervise l’édition de son dernier récit, Voyage au Pôle sud et en Océanie, lorsqu’il périt, avec sa femme et son fils, dans la première catastrophe ferroviaire en France en 1842.

D’après Wikipedia
Catastrophe ferroviaire de Meudon, peinture contemporaine
Source : Wikipedia

Mémoire

Dans un mémoire « sur les îles du Grand-Océan et sur l’origine des peuples qui les habitent » adressé à la Société de géographie de Paris en 1832, et publié en 1833 en annexe du Voyage de l’Astrolabe, Dumont d’Urville soumet sa propre théorie sur le peuplement de l’Océanie et propose de créer une nouvelle division ethno-culturelle : la Mélanésie. En effet, au cours de ses voyages et de ses lectures, il a cru discerner de profondes différences entre les peuples de cette région et les Polynésiens. Dans la légende ci-dessous, les « peuples cuivrés » seraient en fait des (peaux) « rouges », apparentés à la race jaune. Les couleurs de la légende ont été modifiées pour correspondre à celles de la carte de Dumont d’Urville.

Carte de L’Océanie d’après les dernières découvertes (détail)
Andriveau-Goujon, Grand Atlas classique et universel, Paris, 1832. Source : National library of Australia

Approfondissement

Dumont d’Urville justifie ainsi « scientifiquement » son découpage :

Toutes les nations qui habitent cette grande division de l’Océanie [la Mélanésie] sont des hommes d’une couleur noirâtre plus ou moins foncée, à cheveux frisés ou crépus, ou quelquefois presque laineux, avec un nez épaté, une grande bouche, des traits désagréables et des membres souvent très-grêles et rarement bien conformés. Les femmes sont encore plus hideuses que les hommes, surtout celles qui ont nourri [...]. Les langages très-bornés varient à l’infini, et quelquefois dans la même île. Ces noirs sont presque toujours réunis en peuplades très-faibles dont le chef jouit d’une autorité arbitraire [...]. Bien plus reculés vers l’état de la Barbarie que les Polynésiens et les Micronésiens, on ne trouve chez eux ni forme de gouvernement, ni lois, ni cérémonies religieuses régulièrement établies. Toutes leurs institutions paraissent être encore dans l’enfance ; leurs dispositions et leur intelligence sont aussi généralement bien inférieures à celles de la race cuivrée. Il est vrai que plusieurs de ces peuples sont encore très-imparfaitement connus. Ennemis naturels des blancs, ils ont toujours montré une défiance opiniâtre et une antipathie prononcée contre les Européens ; ceux-ci ont presque toujours eu lieu de se repentir de leurs communications avec ces êtres perfides. Aussi ni Cook, ni Bougainville, ni aucun des navigateurs qui leur ont succédé n’ont eu avec les Mélanésiens ces relations de bonnes amitiés qu’ils se plaisaient à entretenir et à multiplier avec les peuples plus hospitaliers de la Polynésie.

Dumont d’Urville, Notice sur les îles du Grand-Océan et sur l’origine des peuples qui les habitent, publiée dans le Voyage de l’Astrolabe, 1833

Dumont d’Urville établit ensuite une hiérarchie entre les peuples mélanésiens :

Nous pensons que, parmi les nombreuses variétés de la race mélanésienne, celle qui doit occuper le premier rang est celle qui habite les îles Viti [Fidji]. En effet, malgré leur férocité et leur penchant pour le cannibalisme, ces naturels ont des lois, des arts, et forment quelquefois un corps de nation. On trouve parmi eux de très-beaux hommes ; leur langue est plus riche, plus sonore et plus régulière que dans les îles de l’ouest, et leur habileté dans la navigation ne cède pas à celle des hommes de l’autre race. Dans ce nombre, nous avons trouvé des individus doués d’une dose d’intelligence et de jugement fort remarquable pour des sauvages. Mais il est évident qu’ils devaient ces avantages à leur voisinage des îles Tonga, et aux fréquentes communications qu’ils avaient eues avec la race polynésienne. [...] Il est bon de remarquer que les Mélanésiens paraissent d’autant plus bornés dans leurs institutions qu’ils ont eu moins de communication avec les Polynésiens. [...] Enfin ceux qui occupent le dernier degré de cette race sont évidemment les habitants de l’Australie et de la Tasmanie, êtres chétifs et misérables, réunis en faibles tribus, étrangement disgraciés par la nature, et réduits par la pauvreté de leur sol comme par leur indolence et leur stupidité à une existence très-précaire [...].

Dumont d’Urville, Notice sur les îles du Grand-Océan et sur l’origine des peuples qui les habitent, publiée dans le Voyage de l’Astrolabe, 1833

Dumont d’Urville estime enfin qu’il y deux races présentes en Océanie. La race noire, venue d’Afrique, aurait occupé toute la région en premier puis aurait été en partie submergée par des conquérants à la peau jaune venus d’Asie.

Guerrier et femmes de Nouvelle-Calédonie
Gravures extraites du Voyage pittoresque autour du monde paru en 1834.

Les idées exprimées par Dumont d’Urville, très subjectives, se retrouvent dans les autres travaux scientifiques de l’expédition. Les Européens insistent beaucoup sur le contraste entre les belles et accueillantes Polynésiennes et les farouches et laborieuses Mélanésiennes. Ainsi dans cet extrait du paragraphe intitulé : « La race noire du Grand Océan » :

Dans toutes les contrées [de la Mélanésie] que nous avons parcourues, nous avons trouvé les femmes moins bien que les hommes. Ici elles sont dégradées au dernier degré et flétries de bonne heure par les institutions [la coutume] qui les chargent des travaux les plus pénibles [...]. Les femmes [ de Vanikoro] sont d’une laideur effrayante [...]. Si nous voulions [...] descendre à l’examen de leurs moeurs et de leurs habitudes, nous trouverions des distinctions non moins fondamentales ; nous verrions cette race jaune si confiante et si joyeuse, s’empresser d’accourir au-devant des navigateurs, leur apporter le produit de leur industrie, y ajouter même la faveur de ses femmes. Nous la verrions pulluler d’une manière inconcevable sur les plus petites îles [...] tandis que les Papous multiplient peu, sont le plus souvent en guerre, paraissent défians et surtout excessivement jaloux de leurs femmes qu’ils cachent avec le plus grand soin à l’approche des étrangers.

Quoy et Gaimard, Voyage de l’Astrolabe - Partie Zoologie - Tome premier, 1830.

Tout est dans le « surtout », dans la dernière phrase du texte... La théorie de Dumont d’Urville est rapidement adoptée par de nombreux savants :

Les indigènes océaniens se divisent en deux races qui forment deux familles ethnographiques : les malais et les nègres océaniens ou papoues. Les nègres océaniens peuplent la Mélanésie. Les peuples malais occupent presque tout l’archipel Asiatique, qui parait être leur berceau. Quelques uns sont répandus dans les points les plus éloignés de la Polynésie. Les nègres océaniens, race misérable et abrutie, sont placés au dernier degré de l’échelle des êtres humains. Ils vivent dans les bois à côté des singes, dans le creux des rochers ou sur des arbres ; plusieurs peuplades pratiquent le tatouage pour distinguer entre les familles et les tribus. Un mélange extraordinaire de civilisation (1) et de barbarie, de douceur et de férocité, caractérise la famille malaisienne. Nulle part l’anthropophagie n’est plus répandue que dans l’Océanie, non seulement parmi les peuplades nègres ; mais encore parmi les tribus malaisiennes.

(1) Une civilisation plus ou moins avancée accompagne presque partout les variétés de la race blanche ; la vie sauvage accompagne presque partout la race nègre.

Queyras J-F, Géographie des géographies ou nouveau cours de géographie ancienne et de géographie moderne comparées, Debécourt & Jeanthon, 1837.

L’auteur décrit ensuite successivement : la Malaisie, la Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie. La théorie de Dumont d’Urville se retrouve aussi dans les manuels scolaires.

Extrait d’un manuel de géographie « rédigé conformément au programme officiel de 1857 pour la classe de quatrième » :

L’Océanie se compose de quatre parties : - la Malaisie, à l’O., vers la mer de Chine et l’Océan Indien ; - la Mélanésie (région des nègres), au S. ; - la Micronésie (région des petites îles), au N. ; - la Polynésie (région des nombreuses îles), à l’E., à travers le Grand océan [...]. Les INDIGENES de la Mélanésie sont des NEGRES, la plupart fort abrutis et fort sauvages, d’un aspect misérable et repoussant [...]. Les INDIGENES POLYNESIENS paraissent appartenir à la race jaune ; leur taille est élevée, leur corps bien proportionné, leur teint olivâtre ; leurs traits sont réguliers et beaux [...]. L’anthropophagie et d’autres usages cruels sont encore communs parmi eux. Cependant ils sont intelligents [...].

Cortambert Eugène, Géographie générale de l’Amérique et de l’Océanie, Hachette, 1858

Océanie

A partir des années 1820, on prend l’habitude de nommer Océanie l’ensemble des terres situées dans l’Océan Pacifique. Ce terme, forgé par un géographe français, remplace différentes d’expressions utilisées auparavant (comme Mers du Sud ou Terres australes). Mais les Européens s’étonnent de trouver différentes « races » sur ce cinquième continent.

Aborigènes du Port du Roi George, au sud-ouest de l’Australie
Gravure extraite du Voyage pittoresque autour du monde paru en 1834.

Approfondissement

Après les premières découvertes espagnoles dans la région, au XVIe siècle, on utilise plusieurs termes pour nommer l’espace compris entre les Indes occidentales et les Indes orientales. Sur les cartes de l’époque on lit tantôt les Mers du Sud ou l’Océan Pacifique, tantôt les Terres Australes, selon que l’on croit ou non à l’existence d’un continent austral, et enfin, au XVIIIe siècle, le Grand Océan. En 1756, l’historien français Charles de Brosses propose d’appeler Polynésie cet espace immense, en raison du grand nombre d’archipels qu’on y a découverts. Il propose également le terme Australasie pour désigner les terres situées au sud de l’Asie. En 1816 enfin, le géographe français d’origine danoise Malte-Brun propose un découpage du monde en cinq parties. A côté de l’Asie, de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique, il suggère une cinquième partie : la Partie Océanique, qui deviendra l’Océanique puis, dans les années 1820, l’Océanie.

Philippe Vandermaelen, Atlas universel, Bruxelles, 1827. Source : LUNA Commons

Mais en 1778, le naturaliste allemand Forster, qui a accompagné Cook lors de son second voyage, a distingué deux populations au sein de cet espace : à l’est, un peuple à la peau claire, au physique bien proportionné et au tempérament bienveillant ; à l’ouest, un peuple à la peau « plus noire », au physique disgracieux et au comportement « brusque » et « traitre ». Il a émit l’hypothèse d’un peuple primitif, de « race noire », qui aurait été submergé par un peuple conquérant, de « race jaune ». En France, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe, la pensée scientifique est dominée par les idées de l’anatomiste Cuvier. Celui-ci, en se fondant notamment sur l’étude de la forme des crânes, postule qu’il existe trois races dans l’espèce humaine : la race caucasique, blanche ; la race asiatique, jaune ; et la race africaine, noire.

A l’époque de Dumont d’Urville, les savants cherchent donc à expliquer la présence de ces « Nègres des Mers du Sud » à l’ouest de l’Océanie qui devrait être peuplée de « Jaunes ». Les Polynésiens forment-ils un seul peuple ou doit-on, comme le suggère Forster distinguer plusieurs races ? Par ailleurs, la présence dans les régions australes de peuples (Hottentots d’Afrique, Patagons d’Amérique, Aborigènes d’Australie) jugés très « primitifs » amène les zoologues à se demander si les capacités des hommes ne dépendent pas de la forme de leur crâne ou de la couleur de leur peau. En 1822, la Société de Géographie de Paris lance un concours afin de stimuler les découvreurs et les savants : qui saura expliquer la variété des populations rencontrées en Océanie ?

D’après Serge Tcherkézoff, L’invention française des « races » et des régions de l’Océanie, Au vent des îles, 2008.

En savoir plus sur l’histoire de la cartographie de l’Océanie : Pacific-encounters ainsi que Princeton University library.

A. Tardieu

Ambroise Tardieu (1788-1841) est un artiste français qui a dessiné et gravé cette carte (« D et G »). Les procédés de gravure évoluent rapidement au début du XIXe siècle et les illustrations se multiplient dans les livres et les journaux.

Illustration de l’article « Gravure » de l’ Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert, publiée entre 1751 et 1772
Source : Wikipedia

Approfondissement

Tardieu est issu d’une célèbre famille de graveurs parisiens. Il a signé le dessin et la gravure de cette carte (à partir des instructions de Dumont d’Urville) mais a peut-être confié une partie de la réalisation à l’un de ses élèves. Après qu’un dessin ait été appliqué sur une plaque de métal, en général du cuivre, le graveur creuse la plaque avec un burin pour créer un relief. Confiée à l’imprimeur, la plaque de cuivre n’a plus qu’à être enduite d’encre avant d’être pressée sur le papier. La gravure permet la reproduction des documents et elle est employée par les éditeurs dès l’origine de l’imprimerie mais demeure longtemps un produit de luxe. L’apparition de nouveaux procédés techniques au XIXe siècle en fait un produit d’usage courant. La lithographie, en particulier, ne nécessite pas de graver en relief : il suffit de dessiner sur une plaque de pierre calcaire avec une encre grasse, puis d’humidifier la pierre pour que l’encre reste en place. Introduite en France dès 1818, cette technique est rapidement adoptée par le monde de l’édition. Pour réaliser la carte de Dumont d’Urville, l’artiste à dû graver cinq plaques de pierre, une pour l’encre noire et une pour chacune des quatre couleurs employées.

Carte hydrographique

Tardieu est un des derniers grands graveurs parisiens à perpétuer la tradition de l’école française de gravure des XVIIe et XVIIIe siècles. Les artistes (la gravure est considérée comme l’un des Beaux-Arts) comme lui sont recherchés pour les travaux exigeant une grande habileté. Dans les années 1820-1830, Tardieu travaille régulièrement à la réalisation de cartes d’une grande précision pour le Dépôt des fortifications et pour le Dépôt général de la Marine. Il grave notamment de nombreuses cartes hydrographiques qui seront utilisées par les navigateurs jusqu’à la fin du XXe siècle.

D’après Wikipedia

L’Astrolabe

L’Astrolabe est la corvette utilisée par Dumont d’Urville pour effectuer ses voyages d’exploration. C’est un navire de guerre spécialement équipé pour ces missions difficiles. Au cours du voyage, le navire à essuyé de nombreuses tempêtes et a survécu miraculeusement à six échouages.

La Coquille/Astrolabe
Source : Freshwater and Marine Image Bank

Approfondissement

Le navire, d’abord appelé La Coquille, était une gabarre-écurie (robuste bateau pouvant transporter 48 chevaux) qui a surtout navigué en Méditerranée. Remise en état et réaménagée pour des voyages au long cours, reclassée en corvette, la Coquille fut utilisée par Louis Isidore Duperrey pour son voyage de circumnavigation (tour du monde) scientifique des années 1822–1825. Ce trois-mâts jaugeant 380 tonneaux et portant 14 pièces de canon faisait 38 mètres de long. Rebaptisé L’Astrolabe lors de son départ de Toulon le 10 avril 1826, sous le commandement de Jules Dumont d’Urville (l’ancien second de Duperrey), le bâtiment prit part à une deuxième circumnavigation. Sa nouvelle dénomination était un hommage au navigateur La Pérouse (dont l’un des deux bateaux s’appelait aussi L’Astrolabe) car, parmi les missions dévolues à l’expédition Dumont d’Urville, figurait la recherche des traces de ce devancier disparu en 1788. Durant son voyage, qui enregistra des acquis scientifiques importants, Dumont d’Urville parvint effectivement à retrouver dans l’île de Vanikoro des indices probants du naufrage qui avait mis un terme à l’expédition de La Pérouse.

D’après Wikipedia

Le voyage de l’Astrolabe permit la reconnaissance de l’Océanie, un espace encore mystérieux pour les Européens :

Il est impossible de décrire avec une parfaite exactitude tant de pays curieux, tant de peuples de race diverse [...]. L’Océanie [...], c’est la terre des prodiges : on y voit le pygmée à côté du géant, le blanc [Polynésien] à côté du noir [...] ; non loin des hordes sauvages les plus abruties, les nations les plus civilisées.

De Rienzi, L’univers, histoire et description de tous les peuples - L’Océanie ou cinquième partie du monde, 1836.

Voyage de découvertes

Le voyage de Dumont d’Urville est une expédition d’exploration organisée par le Ministère de la Marine (des militaires) mais avec des objectifs scientifiques ( améliorer les connaissances géographiques, zoologiques et anthropologiques) et un objectif mémoriel ( retrouver les vestiges de l’expédition du navigateur français La Pérouse disparu en 1788).

Chaloupes de l’Astrolabe recueillant des débris du naufrage de La Pérouse
Gravure extraite du Voyage pittoresque autour du monde paru en 1834.

Approfondissement

Le 8 avril 1826, Dumont d’Urville reçut ses instructions du Ministre de la Marine. Elles avaient été rédigées, au nom du roi Louis XVIII, après consultation des principales sociétés savantes de Paris : le Muséum d’Histoire naturelle, la Société d’Anthropologie, la Société de Géographie. Dumont d’Urville devait conduire l’Astrolabe vers l’Australie en passant par l’Océan indien, se rendre en Nouvelle-Zélande, reconnaitre les îles Loyauté, visiter les Fidji puis aller explorer la Nouvelle-Guinée et les archipels voisins avant de rentrer en France par l’Océan indien. Avant d’atteindre la Nouvelle-Guinée, il devait confirmer la présence de restes de l’expédition La Pérouse présents, selon les hypothèses émises par le capitaine marchand Dillon en 1827, sur l’île de Vanikoro.

Au début du XIXe siècle, les expéditions françaises de découvertes n’embarquent pas de scientifiques civils. Sous prétexte de maintenir la discipline à bord, les tâches scientifiques sont alors confiées à des officiers. Parmi les 79 membres de l’expédition, on trouve des officiers-savants qui doivent aussi se rendre utiles à bord : deux médecins-naturalistes, Gaimard et Quoy, un pharmacien-botaniste, Lesson ainsi qu’un dessinateur, de Sainson. Ce sont les dessins de ce dernier, gravés puis publiés dans les récits du voyage, qui vont assurer la popularité de Dumont d’Urville.

Dans le Pacifique, qui représente toujours une zone de parcours distincte lors de ces campagnes, les voyageurs français précisent ainsi l’hydrographie des archipels, collectent des spécimens de flore et de faune, s’interrogent sur l’avancée du corail et sur les formes volcaniques, et observent avec attention le comportement de la puissance maritime anglaise dans la région. En Océanie, on considère alors qu’il n’y a plus de terres à découvrir, mais que la connaissance du détail des îles est devenue une priorité. Le terrain s’offre ainsi comme laboratoire scientifique, mais aussi comme terre vierge de colonisation : Laplace et Dumont d’Urville achèvent tous deux leur voyage en 1840, sans savoir qu’ils mettent un terme aux grands tours du monde à la voile de la Marine française. En 1842, en effet, Dupetit-Thouars, ancien circumnavigateur devenu commandant de la toute nouvelle station navale de l’océan Pacifique, prend possession des Marquises et de Tahiti. La colonisation du premier archipel a été planifiée par le gouvernement de Guizot. La seconde relève de la seule initiative de l’officier. Et ainsi, en moins d’un quart de siècle, le mode de la présence française dans le Pacifique a singulièrement changé [...].

Blais, Hélène, Les voyages français dans le Pacifique - pratiques de l’espace, savoirs géographiques et expansion coloniale (1815-1845), Thèse de doctorat ; Revue d’histoire du XIXe siècle n° 22 ; 2001

Au début du XIXe siècle, la mesure précise de la longitude est devenue plus simple grâce aux progrès de l’horlogerie. En France, Abraham-Louis Bréguet, horloger de la Marine et membre du Bureau des longitudes et de l’Académie des sciences, a développé un chronomètre de marine à double barillet en 1815.

Chronomètre de marine à double barillet, de Bréguet, 1815.
Source : Wikipedia

Au cours de ses deux voyages de 1829 et 1840, Dumont d’Urville procède, par exemple, à l’hydrographie des îles Loyauté, aperçues par le navire marchand anglais Britannia en 1793.

Dumont d’Urville Jules, Mémoire sur les îles Loyalty, Partie hydrographique du voyage de l’Astrolabe, 1829

Ces travaux hydrographiques permettent à tous les navigateurs de disposer désormais de cartes plus précises.

Garnier, détail d’une carte de l’Océanie, Atlas sphéroïdal et universel, 1862. Source : LUNA Commons

J. Tastu

Joseph Tastu (1787-1849) est éditeur-imprimeur. C’est lui qui se charge d’imprimer et de diffuser auprès des libraires l’ouvrage rédigé par Dumont d’Urville.

Approfondissement

Tastu est issu d’une famille cultivée d’imprimeurs travaillant pour le roi et le clergé. Sa femme, Amable, est est l’une des principales poétesses françaises. Il étudie les techniques de la typographie puis participe comme rédacteur, fondateur ou directeur à différents journaux. En 1819, il rachète une maison d’édition à Paris et assure la publication de nombreux ouvrages littéraires ainsi que d’une partie de la presse d’opposition libérale au régime de la Restauration.

Une imprimerie au début du XIXe siècle

Depuis l’invention de la typographie moderne par Gutenberg, l’imprimerie évolue peu jusqu’au XXe siècle. Il faut toujours composer les pages caractère par caractère (le linotype, permettant de composer ligne par ligne, n’est inventé qu’à la fin du XIXe siècle), tamponner avec de l’encre, déposer le papier puis placer l’ensemble sous une presse.

D’après http://www.mediterranees.net/biogra...


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Les Européens et la cinquième partie du monde.

20 avril 2012
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