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Les Européens et la cinquième partie du monde.

vendredi 20 avril 2012 par Jérôme GEOFFROY
  Sommaire  

 Document 1

LA PRISE DE POSSESSION DE LA TERRE AUSTRALE, LE 14 MAI 1606.

Dans ces contrées du Sud, inconnues jusqu’à présent, où je me trouve et où je suis venu avec la permission du Très Saint Pontife romain Clément VIII, et sur l’ordre du roi Don Philippe III, roi d’Espagne, […] moi, le capitaine Pedro Fernandez de Quiros, au nom de la Très Sainte Trinité, je prends possession de toutes les îles et de toutes les terres que j’ai découvertes et que je désire découvrir jusqu’au Pôle.

J’[en] prends possession […] au nom de Jésus-Christ, salut de tous les peuples, aussi inconnus soient-ils, et au nom de sa Très Sainte mère la Vierge Marie de Lorette, au nom de Saint Pierre et de Saint Paul, de tous les saints apôtres et de tous leurs disciples, au nom du Vicaire Universel du Christ, le Pontife romain, au nom de toute l’Eglise Catholique […]. Je les prends pour que l’on prêche le saint et sacré Evangile à tous les naturels de cette région avec zèle et sincérité.

J’[en] prends possession au nom de mon père Saint François, de tout son ordre et de ses profès, et au nom des quatre prêtres ici présents […] et au nom des deux frères lais […]. Je désire que ce soit de cet ordre que viennent tous les ouvriers qui défricheront et cultiveront cette vigne du Seigneur, ainsi que les laboureurs qui sèmeront sa sainte parole et sa sainte doctrine et en recueilleront les fruits […].

J’[en] prends possession au nom de Jean de Dieu et de tous les frères profès de son ordre […] pour qu’eux-mêmes fondent, administrent et conservent […] tous les hôpitaux qu’il y aura dans cette région et qui sont nécessaires pour que notre conduite puisse séduire les naturels […].

J’[en] prends possession en vertu du droit que Sa Sainteté et Sa Majesté décideront juste de procéder à la répartition des terres et à l’encomienda de leurs naturels à ceux qui les découvriront, peupleront, défendront et conserveront […].

Enfin je prends possession de cette baie […], appelée baie de San Felipe y de Santiago […], de l’endroit où l’on fondera la ville de la Nueva Hierusalem, par 15°1/3 de latitude, de toutes les terres que j’ai vues et que je vois, et de toute cette région du sud, jusqu’au Pôle, qui s’appellera désormais Austrialia del Espiritu Santo, avec toutes ses dépendances et possessions, et cela à jamais comme le prévoit le droit, au nom du roi Don Philippe, troisième de ce nom, roi des Espagnes et des Indes orientales et occidentales […], qui a financé cette flotte […].

Pedro Fernandez de Quiros
, Histoire de la découverte des régions australes, Trad. A. Baert, L’Harmattan, 2001

Quiros

Pedro Fernandez de Quiros (1561-1615) est un hidalgo (membre de la petite noblesse) et navigateur espagnol d’origine portugaise.

Quiros, vu par un artiste du XIXe siècle
Musée naval de Madrid (publié dans A. Baert, op.cit.)

Approfondissement

En 1595 il est le pilote d’une l’expédition conduite par le navigateur espagnol Mendana qui découvre les archipels des Marquises et des Santa-Cruz. Mendana avait déjà découvert les îles « du roi Salomon » lors d’une précédente expédition en 1568. En 1600 Quiros se rend à Rome (comme trois millions de pèlerins cette année-là) et reçoit la bénédiction du pape Clément VIII ainsi qu’un fragment de « la Vraie Croix ». En décembre 1605, Quiros commande une expédition qui part de Callao au Pérou. Après avoir touché, le premier, les îles Cook, il parvient au nord de l’archipel du Vanuatu et pense avoir découvert le continent austral. Quiros souhaite y fonder une colonie mais des heurts avec les indigènes et des tensions parmi l’équipage l’amènent à renoncer à son projet. Au retour, les navires sont séparés par la tempête ; son second, Luis Valez de Torres, rallie les Philippines après avoir découvert, entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie, le détroit qui porte son nom. Quiros parvient au Mexique en novembre 1606 et il rentre à Madrid en 1607 afin de faire financer une nouvelle expédition. C’est dans ce but qu’il rédige, sans succès, ses récits de voyage.

D’après Annie Baert, Le Paradis terrestre, un mythe espagnol en Océanie, L’Harmattan, 1999.

Source : Spate Oskar, The spanish lake, Australian national university, 2004

Histoire de la découverte des régions australes

Cet ouvrage est le récit de trois voyages effectués dans le Pacifique par les Espagnols à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles. Il en subsiste aujourd’hui trois copies (datant du XVIIIe siècle) conservées à Madrid. En 2001, la maison d’édition l’Harmattan en a publié une traduction en français réalisée par Annie Baert.

Approfondissement

Par ses récits, Quiros cherche surtout à intéresser les princes espagnols à ses rêves de conquête. Il tient à montrer que les terres qu’il a découvertes constituent un véritable Paradis terrestre, facile à conquérir, et qu’elles méritent que l’on finance une nouvelle expédition d’exploration et de colonisation :

Les nations qui peuplent cette région sont nombreuses : il en est de couleur claire, brune ou d’autres semblables à des mulâtres, à des Indiens, d’autres sont encore de sang mêlé [...]. On ne leur connait aucune espèce d’ouvrage fortifié, ni de remparts, aucune force organisée, ni roi, ni lois. Ce ne sont que de simples peuples divisés en factions rivales. Leurs armes ne sont que des arcs et des flèches sans poison, des massues [...] et des armes de jet en bois. Ces gens couvrent leurs parties honteuses, ils sont propres, gais, doués de raison et reconnaissants [...]. Il sera facile de les pacifier, de les endoctriner et de les satisfaire [...]. L’aisance et l’agrément de la vie en ces lieux doit, à l’évidence, correspondre aux vertus de cette terre bien cultivée, fraîche et riante [...]. Le ciel me paraît ici clément et la nature bien ordonnée [...].

Pedro Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions australes, Trad. A. Baert, L’Harmattan, 2001.
Détail d’une carte illustrant Hudson Henry, Descriptio ac delineatio geographica detectionis freti, 1612
Princeton University library

Prise de possession

Une prise de possession est un acte juridique par lequel un gouvernement déclare établir sa souveraineté sur un territoire qu’il découvre ou qu’il considère comme n’appartenant à aucune autre puissance. Elle peut être marquée par une cérémonie officielle dont le souvenir est parfois inscrit dans le paysage alentour (pose d’une plaque, édification d’un monument) afin de signaler aux futurs visiteurs de la région qu’ils ont été devancés, et qu’ils sont donc dans l’incapacité de se déclarer maîtres de ce territoire à leur tour.

D’après Wikipedia
Gravure de Théodore de Bry, datée de 1594.
Cette célèbre scène représente l’arrivée de Christophe Colomb, près d’un siècle plus tôt, probablement aux Bahamas. Mais elle pourrait tout aussi bien représenter Quiros et ses hommes : les navires, les vêtements et les comportements des Espagnols sont restés les mêmes.

Approfondissement

Une autre puissance peut remettre en cause cette souveraineté, mais c’est un motif de conflit international. Les traités de Tordesillas, signé en 1494, et de Saragosse, signé en 1529, partageaient les terres - découvertes et à découvrir - entre les deux principales puissances coloniales de l’époque : l’Espagne et le Portugal. Philippe III porte les deux couronnes. Mais cette domination est en train de s’effriter : dès 1600, la Compagnie hollandaise des Indes orientales exploite les épices sur l’île de Java et les corsaires hollandais et anglais traquent les galions espagnols sur toutes les mers. Le droit international, à l’époque (et pour longtemps encore), c’est avant tout le droit du plus fort.

Le partage hispano-portugais du monde.
Source : Wikipedia

Le 14 mai 1606, jour de la Pentecôte (fête de l’Esprit saint), Quiros fait planter, sur la terre qu’il vient de découvrir, l’étendard royal qu’on lui a confié à Madrid et il fait ériger une croix de bois. Puis il fait prononcer le discours de prise de possession avant de signer les procès-verbaux avec les témoins. La cérémonie de prise de possession se termine ainsi :

On dit trois messes, puis notre père commissaire en dit une quatrième, qui fut chantée. Tous communièrent avec ferveur [...]. Les soldats tirèrent une salve de leurs mousquets et leurs arquebuses, les artilleurs leurs pétards et leurs roues et, au milieu de ce vacarme, quelqu’un dit à grands cris : « Dites tous, et répétez sans fin : Vive la foi du Christ ! » Ils le crièrent avec un plaisir infini et c’est ainsi que se termina cette fête.

Pedro Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions australes, Trad. A. Baert, L’Harmattan, 2001.

Le continent austral

Au XVIe siècle, lorsque les Européens se rendirent compte que l’Amérique n’était pas le fabuleux pays de l’or (Eldorado), ils imaginèrent que le pays de l’or était un continent austral encore inconnu, la Terra australis incognita (ou nondum detecta, ou magellanique) dont on suppose l’existence depuis l’Antiquité.

Détail d’une carte d’Ortelius, Maris Pacifici - quod vulgo Mar del Zur, 1589
Wikipedia

Approfondissement

Sur les cartes établies par le géographe Ptolémée, vers 150 après J.C., était représenté un vaste continent austral destiné à « équilibrer » les continents de l’hémisphère Nord (Europe et Asie). Sur les cartes chrétiennes du moyen-âge, qui faisaient de Jérusalem le centre du monde, les terres situées au delà du monde connu étaient peuplées de démons et d’êtres fantastiques. Sur cette carte du monde datant du XIIIe siècle, le monde est plat, la Méditerranée est au centre, l’Europe à gauche, l’Asie en haut et l’Afrique à droite. A l’extrême droite, la légende indique : « le quatrième continent, qui demeure inconnu, est rendu inhabitable par le feu solaire qui y règne. On dit que c’est le domaine des sciapodes, des créatures à un pied, qui restent couchés sur le dos à l’ombre de leur énorme pied ».

Carte du monde du XIIIe siècle
Nile Richard, Clerk Christian. Atlas de l’Australasie. Editions du Fanal, 1995

C’est seulement à la fin du XVIIIe siècle, après les voyages de découvertes de Bougainville et surtout de Cook, que les Européens renoncent à découvrir un vaste continent dans l’hémisphère sud :

James Cook, cité dans Histoire des nouvelles découvertes faites dans la mer du Sud en 1767, 1768, 1769 et 1770, Anne-François-Joachim Fréville, 1774.

Clément VIII

Ippolito Aldobrandini, un noble de Florence, est né en 1536 et mort en mars 1605. Il est élu pape en 1592 sous le nom de Clément VIII.

Clément VIII
Source : Wikipedia

Philippe III

Philippe III est né en 1578 et mort en 1621. Il est le fils de Philippe II et de sa quatrième épouse (et nièce) Anne d’Autriche. A la mort de son père, en 1598, il devient roi d’Espagne et roi du Portugal. Monarque de santé fragile, d’une grande piété, il vit dans le luxe de sa Cour et laisse gouverner le duc de Lerma.

Philippe III peint par Pedro Antonio Vidal en 1617
Source : Wikipedia

Approfondissement

Sous son règne, à la fin du « siècle d’or » espagnol, l’Espagne doit affronter la révolte des Provinces-Unies (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg) appuyée par l’Angleterre. L’Espagne est alors le principal soutien de la papauté et de l’Eglise catholique face à une Europe du Nord gagnée par la Réforme (les Eglises protestantes). Malgré les cargaisons de métaux précieux ramenées d’Amérique, le pays, vidé en partie de ses habitants qui émigrent dans le Nouveau Monde, est en proie à de graves difficultés économiques (inflation) et sociales (inégalités).

Portrait de l’infant Philippe III par Alonso Sanchez Coello en 1580
Musée d’art de San Diego

Naturels

C’est un nom commun signifiant « habitants originaires du pays » ; aujourd’hui on lui préfère son synonyme : « indigènes ». Il signifie aussi « proche de la Nature », donc « sauvage ». Mais dans son récit, Quiros utilise surtout le terme « Indiens » pour désigner les habitants des Mers du Sud. On appelle ainsi, à l’époque, les habitants des Indes occidentales et orientales ainsi que ceux des îles du Pacifique.

Naturels dans une pirogue, gravure de Théodore de Bry, Americae Tertia Pars, 1592

Approfondissement

Les Espagnols ont du mal à communiquer avec les indigènes. Ils ne comprennent pas leurs réactions et finissent souvent par s’imposer par la force. A Santo, après la prise de possession, les soldats de Quiros ont volé de la nourriture dans un village abandonné précipitamment par ses habitants et enlevé trois jeunes garçons afin de les ramener en Espagne. Quiros s’en sert pour obtenir des vivres :

On fit comprendre aux Indiens qu’on n’avait tiré des coups de mousquet que parce qu’ils avaient lancé des flèches. Ils répondirent que ce n’était pas eux qui l’avaient fait, mais un autre clan, et qu’il fallait leur rendre les trois garçons. On leur dit d’apporter des poules, des porcs et des fruits et qu’on les leur rendrait aussitôt. [...] Le lendemain on entendit la sonnerie de leurs trompes de coquillage. Les chaloupes partirent aussitôt avec, à leur bord, un bouc et une chèvre qu’on voulait laisser aux Indiens pour qu’ils fassent souche. [...] Ayant pris les deux porcs trouvés sur le rivage, les nôtres remirent le bouc et la chèvre aux Indiens qui les examinèrent avec attention et en échangeant force commentaires à mi-voix. Les parents réclamèrent leurs enfants et, comme on ne les leur rendit pas, ils dirent qu’ils amèneraient d’autres porcs et demandèrent aux nôtres de revenir à terre dès qu’ils les appelleraient. Dans l’après-midi ils firent le même signal : les chaloupes descendirent à terre où ils ne virent que le bouc et la chèvre qu’on avait attachés et auprès desquels se tenaient deux Indiens qui leur dirent de venir les chercher car ils n’en voulaient pas. Sentant que la situation était délicate, on regarda soigneusement à travers les bois, où on aperçut de nombreux Indiens avec leurs arcs et leurs flèches. [...] on tira des coups de mousquet : dès qu’ils les entendirent, les Indiens s’enfuirent en toute hâte et en poussant de grands cris. Les nôtres récupérèrent alors la chèvre et le bouc et revinrent aux navires. Ensuite, l’aîné des garçons, que l’on appellera plus tard Pablo, dit au capitaine [Quiros parle de lui à la troisième personne] à plusieurs reprises sur un ton émouvant : « Teatali »,. Il devait sans doute lui demander de le laisser partir, mais le capitaine lui répondit : « Tais-toi, mon enfant, tu ne sais pas de quoi tu parles ; ce qui t’attend vaut bien plus que la vie avec parents et amis païens ».

Pedro Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions australes, Trad. A. Baert, L’Harmattan, 2001.

Saint François d’Assise

Giovanni di Pietro Bernardone (1181 - 1226) est un mystique italien qui a fondé un ordre religieux mendiant, l’ordre des frères mineurs. Il a été canonisé en 1228. Les frères mineurs sont plus connus sous le nom de franciscains.

Saint françois d’Assise
Source : Wikipedia

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Lorsqu’ils rentrent dans un ordre, les frères (et les soeurs) font le voeu de respecter certaines règles (pauvreté, chasteté, obéissance). Les franciscains abandonnent tous leurs biens et s’habillent d’une simple robe de laine (un froc) avec une capuche et une ceinture de corde. Ils se consacrent à la prière et à l’évangélisation. A l’époque de Quiros ils sont très actifs au Pérou et au Chili.

Les frères lai, ou convers, sont des moines qui s’occupent davantage des travaux manuels et de la gestion des abbayes que de lectures et de prières. Ils viennent souvent de milieux plus modestes et moins éduqués que les autres moines. Les profès ont prononcé leurs voeux mais ils entrent souvent dans un ordre pour une période temporaire (quelques années).

Jean de Dieu

Joao Cidade (1485 - 1550) est un mystique portugais qui a fondé un ordre religieux hospitalier, l’ordre des Hospitalier de Saint Jean de Dieu. Il n’est canonisé qu’en 1690.

Saint Jean de Dieu
Source : Wikipedia

Les profès ont prononcé leurs voeux mais ils entrent souvent dans un ordre pour une période temporaire (quelques années).

Encomienda

L’encomienda est le système colonial espagnol mis en place dès la découverte de l’Amérique. Le roi attribue un territoire à un encomendero qui peut exploiter (gratuitement) la main d’oeuvre indigène à condition de l’évangéliser.


Illustrations de Felipe Guamán Poma de Ayala, El primer nueva corónica y buen gobierno, 1615.

Approfondissement

C’est donc une forme de servage qui oblige les indigènes à travailler dans l’artisanat ou dans les mines (surtout à la recherche de l’or) et plus souvent dans l’agriculture. Les membres des expéditions de découverte (et en premier lieu leur capitaine) espèrent découvrir de nouvelles terres afin d’en devenir les premiers encomenderos et de faire fortune.

Exploitation d'une mine d'or en Amérique
Exploitation d’une mine d’or en Amérique, d’après Théodore de Bry

En 1550, Bartolomé de las Casas a dénoncé ce système de quasi-esclavage et la cruauté des Espagnols dans un livre : Brevisima Relación de la Destruccíon de Las Indias, 1551. Il a défendu les droits des Indiens lors de la controverse de Valladolid, mais le système de l’encomienda est devenu général dans l’empire espagnol au XVIIe siècle.

Gravure parue en 1656 dans The Tears of the Indians, traduction anglaise de l’ouvrage de Las Casas par John Phillip

Austrialia del Espiritu Santo

Austrialia est un nom composé par Quiros à partir d’austral (du sud) et de Austria (Autriche) en hommage à Marguerite d’Autriche, la femme (et cousine) du roi Philippe III et à la famille des Habsbourg. Quiros est persuadé d’avoir trouvé la Terra australis nondum cognita (terre australe restant à découvrir) representée, par exemple, sur ce planisphère de 1570. Il écrit au Roi : « cette région inconnue représente le quart du globe et pourrait contenir le double des royaumes et provinces que votre Majesté possède à présent ».

Planisphère du cartographe hollandais Ortelius vers 1570
publié dans l’Atlas de l’Australasie, Nile & Clerk, Editions du Fanal, 1995.

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Au XVIe siècle les navigateurs savent mesurer leur latitude mais ils ne parviennent pas à estimer correctement leur longitude, ce qui ne facilite pas le travail des cartographes. La latitude se calcule en mesurant la hauteur d’un astre (le soleil par exemple) au dessus de l’horizon et Quiros utilise différents instruments : l’astrolabe, le quadrant et l’arbalestrille avec une précision assez bonne ( 1/2 degré, soit 30 milles nautiques ou 55 km).

Astrolabe, quadrant et arbalestrille
Source : Wikipedia

Pour calculer, en mer, la longitude il faut mesurer le décalage horaire entre sa position et le méridien de départ et cette mesure ne sera vraiment précise qu’à la fin du XVIIIe siècle (l’époque de James Cook) avec l’arrivée des chronomètres de marine. Pour cette raison, de nombreuses îles découvertes au XVIe siècle sont aussitôt « perdues » car on est incapable de les retrouver. Quiros utilise des sabliers, peu fiables, et se contente d’estimer la distance parcourue en fonction de l’allure du navire. Par exemple Quiros estime que Nueva Hierusalem se trouve à 5 780 milles nautiques du Pérou alors qu’elle en est à 6 663 milles nautiques, soit une erreur de 883 milles nautiques (1 600 km).

D’après Annie Baert, Le Paradis terrestre, un mythe espagnol en Océanie, L’Harmattan, 1999.

Cette technique se perfectionne au cours du XVIIe siècle. On mesurera alors la vitesse grâce au bateau de loch, une planchette reliée à une corde comportant des noeuds régulièrement espacés, qu’on laissait filer le long du navire. En espaçant les noeuds de 14,4 mètres et en calibrant le sablier sur 28 secondes, chaque noeud correspondra alors à 1mille marin par heure. On mesurera aussi régulièrement la profondeur sous le navire (en brasses).

Journal de loch.
Source : http://ybphoto.free.fr/lexique_la_b...

Il faudra attendre le passage du navigateur français Louis-Antoine de Bougainville, en 1768, pour que l’archipel découvert par Quiros soit enfin reconnu en partie et placé sur les cartes. Bougainville le rebaptisera Grande-Cyclades. En 1774, James Cook reconnaît l’ensemble de l’archipel et le rebaptise à son tour Nouvelles-Hébrides. Depuis l’indépendance, en 1980, l’archipel s’appelle désormais Vanuatu. L’île découverte par Quiros porte toujours le nom d’Espiritu Santo.

Source : Spate Oskar, The spanish lake, Australian national university, 2004

La flotte de Quiros

La flotte commandée par Quiros comprend trois navires : le Santos Pedro y Pablo, le San Pedro et Los Tres Reyes Magos. Ce dernier est une patache, ou zabra, un petit navire (30 tonneaux) portant deux mâts gréés de voiles latines (triangulaires). Les deux autres sont des naos (ancêtre du galion), des navires de haut bord (150 et 120 tonneaux) portant des voiles carrées sur le mât de misaine et sur le grand mât et une voile latine sur le mât d’artimon (à l’arrière).

Départ pour le Brésil
D’après une gravure de Théodore de Bry, Americae Tertia Pars, 1592

Approfondissement

Les naos sont comparables aux nefs et aux caraques des autres pays européens. Les superstructures, à l’avant et à l’arrière, avaient tendance à déséquilibrer le navire. C’est à bord d’une nao, accompagnée de deux caravelles (une « redonda » et une « latina »), que Christophe Colomb a découvert l’Amérique un siècle plus tôt.

Les navires disposent d’une artillerie et l’équipage compte 300 hommes (une centaine par navire) dont de nombreux soldats. L’expédition doit être en mesure de résister à une attaque des indigènes assemblés en grand nombre, mais aussi aux raids effectués par les pirates et les navires de guerre anglais et hollandais.Les navires embarquent des provisions pour 12 mois et sont censés rebrousser chemin au bout de six mois. Le seul moyen d’obtenir des vivres frais est le troc avec les indigènes.

D’après Annie Baert, Le Paradis terrestre, un mythe espagnol en Océanie, L’Harmattan, 1999.

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Les Européens et la cinquième partie du monde.

20 avril 2012
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