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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

L’espace calédonien : une ruralité très contrastée

mercredi 14 juillet 2010 par Carole BIDAULT

 SUPPORT DOCUMENTAIRE

N.B. Le choix des documents proposé n’est nullement exclusif ni impératif, des
photographies peuvent être sélectionnées en complément. Le professeur utilise les documents
qui servent le mieux son projet de leçon.
Un commentaire accompagne le document : il s’agit parfois d’un approfondissement de
certains points abordés dans la partie scientifique ou de quelques conseils quant à l’utilisation
du document.
Le questionnement est laissé au libre arbitre de l’enseignant.

Document 1 :

Calendrier de la culture de l’igname
d’après M. Leenhardt

Le calendrier agricole de la culture de l’igname donné par Maurice Leenhardt montre
les relations établies entre les activités agricoles et les activités rituelles.
Ces périodes d’activités étaient comptées sur une corde à noeuds dont chaque noeud
représentait un moment d’activité. L’année ainsi définie doit son nom, nédö, au seul temps
bref, mais si chargé de sens religieux, de l’appel de la conque. L’appel de la conque, dö, a lieu
avant le repas des ignames nouvelles.
C’est d’après ce calendrier que l’on peut avancer une classification des ignames,
proposée par H. Naisseline :

  • Les ignames de prémices, récoltées à la mi-février.
  • Les ignames de premières récoltes, juin.
  • Les ignames de deuxième récolte, juillet à décembre.
  • Les ignames de troisième récolte, décembre à janvier.
    Cette classification a le mérite d’être à la fois chronologique et qualitative. Elle fait
    apparaître une classification des ignames à laquelle obéissent les normes sociales.

Document 2 :

Coupe transversale d’une vallée de la Côte est
C. Terrier-Douyère
(1993)

Après l’arrivée des Européens, les terroirs aménagés se rétrécissent et les habitudes de
culture changent. Des modes de production et d’occupation du sol différents dont il reste des
traces aujourd’hui, commencent à cohabiter, comme par exemple dans les vallées de la Côte
Est.

Document 3 :

Répartition géographique des acquisitions réalisées dans le cadre de la réforme foncière de 1978 à 1998
ADRAF

D’après la carte, on remarque que le volume d’acquisitions a été plus important en
Province Nord avec 66 % des propriétés privées achetées par l’Agence depuis 1989. C’est
dans cette province que les offres de vente ont été les plus nombreuses. Les communes ont été
inégalement concernées par les achats de propriétés. Plus de la moitié des acquisitions s’est
effectuée sur sept communes : Houaïlou, Koné, Poindimié et Voh au Nord, Bouloupari, Païta
et Thio au Sud. A l’inverse, l’Agence n’est quasiment pas intervenue sur sept communes :
Poum, Koumac et Pouébo en Province Nord, Moindou, Farino, Sarraméa et Yaté en Province
Sud.

En ce qui concerne les opérations de transferts des terrains des collectivités, la
situation est inverse puisque 65 % des surfaces transférées se situent en Province Sud.
Toutefois, ce type de transaction porte sur une superficie bien moins importante. Le coût de la
réforme foncière est aussi plus élevé en Province Sud, surtout à proximité de Nouméa. Ainsi,
13 % des surfaces acquises par l’ADRAF entre 1989 et 1998 sur la zone du Grand Nouméa
représentent 30 % des dépenses d’achat de terres.
Les extrémités de la Grande Terre ont été moins concernées par la politique
d’acquisition mise en oeuvre depuis 1978. Sur cinq communes : Hienghène, Kaala-Gomen,
Koné, Pouembout et La Foa, les surfaces acquises ont dépassé 10 000 ha. Pour en mesurer
pleinement l’impact sur le paysage communal, ces données absolues sont à rapprocher de la
superficie de chaque commune. Elles représentent 35% pour Koné, 25% pour la Foa, 20%
pour Pouembout, 16% pour Kaala-Gomen. Pour ces communes, l’impact n’est donc pas
négligeable.

Document 4a :

Attribution individuelle, Bouloupari, Côte ouest
ADRAF

Document 4b :

Répartition géographique des attributions individuelles de 1978 à 1998
ADRAF

Cette forme d’attribution, basée sur des critères exclusivement économiques, cherchait
à équilibrer une politique foncière conçue pour répondre aux revendications kanak.
L’accès à la propriété privée individuelle a été essentiellement mis en oeuvre de 1989 à
1993. Cette période couvre 93 % des surfaces attribuées. Ces attributions se sont réalisées
selon deux modes : la vente (89 %) ou la cession (11 %). Les attributions payantes ont été
largement accompagnées d’un éventail d’outils d’accompagnement financiers et de mesures
d’aides destinées à faciliter l’accès au foncier et le développement économique. Les
bénéficiaires de ces attributions ont été en majorité des attributaires non mélanésiens (60 %),
notamment en Province Sud et sur la Côte Ouest, afin de satisfaire les demandes d’installation
des Européens. La superficie totale attribuée s’élève à 17 659 ha pour 195 attributions. La
surface des propriétés attribuées s’étend cependant de moins de 3 ha à plus de 300 ha. Par la
suite, l’évolution des orientations générales amène l’ADRAF à procéder à des attributions aux
GDPL.

Différentes motivations ont été recensées lors de l’attribution des propriétés :
installation en agriculture (115 cas dont les 3/4 en Province Sud), habitat et agriculture
vivrière (63 cas), revendication coutumière (10 cas) et réinstallation en agriculture (2 cas
s’agissant d’agriculteurs qui ont abandonné leur exploitation sur la Côte est lors des
« événements » et ont été réinstallés sur la Côte ouest).
La répartition géographique des attributions individuelles est inégale puisque 80 % des
surfaces attribuées sont situées sur cinq communes de la Côte Ouest : Koné, Kaala-Gomen,
Poya, Bourail et La Foa, dont près de la moitié sur la commune de La Foa.

Document 5a :

Répartition géographique des attributions réalisées au titre du lien à la terre, de 1978 à 1998
ADRAF

Document 5b :

Réserve autochtone de Moméa, Moindou, côte ouest
ADRAF

Document 6 :

La réforme foncière sur la commune de Bouloupari
ADRAF

La commune de Bouloupari s’étend sur une superficie de 86 560 ha et comprend 1591
habitants au recensement de 1996.
Les opérations de réforme foncière sur 20 ans ont permis d’agrandir la réserve
autochtone de 421 ha, passant ainsi de 1846 à 2267 ha, d’attribuer 2 949 ha au GDPL et 776
ha aux particuliers. Ainsi, en 1998, 52 % de l’espace foncier appartient aux collectivités, 42 %
sont des terres de droit commun, 3 % des réserves autochtones et 3 % en GDPL.
L’impact de la réforme sur la revendication foncière permet de dire que la majeure
partie des familles est touchée ou va l’être à la faveur des attributions à venir. L’action
foncière a été menée sur fond d’existence d’une cartographie clanique de la zone. Elle sert de
référence mais soulève en même temps quelques problèmes.

L’appartenance aux différents
grands clans cartographiés n’est pas toujours évidente à établir et ramène au problème de
validation coutumière des regroupements claniques et de l’appartenance des terres. Le nombre
de regroupements de clans concernés par le pays Boulouparis est faible. C’est surtout
l’appartenance à ces regroupements qui peut poser problème. L’affiliation avec des familles
déportées vers le nord, le sud de la Grande-Terre et l’île des Pins soulève d’autres questions
sans solution. Enfin, il demeure des problèmes fonciers inter-ethniques dans les secteurs de
Karaka, Dothio, Ouenghi, le littoral et Ouaménie. Les revendications sur les îlots et sur la
zone de Bouraké suscitent une inquiétude grandissante. Les clans souhaitent disposer de
zones de vie et de pêche sur le littoral.
La réforme foncière comprend aussi un impact social.

La surface disponible par résident s’est agrandie (9,7 ha en moyenne) mais les réserves
sont situées en contrefort et dans les vallées de la chaîne centrale aux terrains pentus et
souvent de qualité médiocre. La tribu de Kouergoa est la plus enclavée, les contraintes du
relief sont peu propices au développement. Son avenir n’est pas très favorable puisque les
terres voisines attribuées concernent d’autres tribus de Thio et Boulouparis. La satisfaction de
la demande présentée par cette tribu passe par des accords coutumiers préalables avec les
propriétaires terriens. Les tribus de Nassirah et de Ouitchambo ont une histoire commune et
sont mieux loties. Les attributions, dont ont bénéficié les clans qui la composent, ont agrandi
leur espace foncier en l’ouvrant sur les grandes plaines. La tribu de Ouinané va connaître la
même évolution mais cela ne suffira pas, comme l’indique le ratio.

Plusieurs phénomènes indiquent que cette progression de l’espace rural kanak
marquera une pause dans les prochaines années. Les grands clans ont été touchés par les
attributions, même ceux qui ont été déplacés. La plupart des terres attribuées sont louées. Le
salariat agricole sur les propriétés européennes limite provisoirement les besoins en terres.
Les tribus fonctionnent comme des lieux de résidence.
Enfin, la réforme foncière a un impact sur le développement. La commune de
Boulouparis a une activité à dominante agricole et le secteur marchand est prédominant. Les
attributions individuelles ont permis l’installation de nouveaux agriculteurs, la plupart pluriactifs.
Dans le cadre des attributions aux GDPL, les baux concernent essentielle les
exploitations où se pratique l’élevage bovin. La ré-appropriation foncière présente une
démarche collective classique mais en revanche elle révèle une prédisposition à des initiatives
individuelles pour la mise en valeur des terres, héritées semble-t-il d’un long contact avec le
milieu européen. C’est la caractéristique essentielle de l’évolution foncière sur la Côte Ouest.

Document 7 :

Evolution des parts respectives entre foncier mélanésien et foncier non mélanésien entre 1978 et 1998
ADRAF

Les demandes coutumières ont clairement été prises en compte dans le traitement de la
question foncière. Toutes formes confondues, les attributions effectuées au titre du lien à la
terre représentent plus de 100 000 ha, soit 80 % des attributions totales depuis 1978. Cette
répartition diffère entre les deux Provinces. Les attributions de type individuel représentent en
effet 38 % des surfaces attribuées en Province Sud, tandis qu’elles ne représentent que 12 %
en Province Nord.
Ces cartes représentent la part du foncier coutumier par rapport aux terrains non
domaniaux. Ainsi, une valeur supérieure à 50 % signifie que le foncier coutumier est plus
étendu que les terres de droit commun.
Le rééquilibrage n’est pas homogène d’une commune à l’autre.

Trois catégories de
communes peuvent être distinguées :

  • Les communes de la Côte Est.
    De Ouégoua à Thio, les terres coutumières dominent largement la propriété privée de droit
    commun. La prédominance des terres coutumières dans ces communes n’est pas due à un
    volume plus important d’achat de terres. Deux facteurs ont convergé : les « événements »
    politiques et l’absence de dynamique du marché foncier. Le foncier kanak est en progression
    constante du fait que l’ADRAF est toujours sollicitée pour acheter des terres, à l’occasion
    notamment du règlement de successions.
  • Les communes de la Côte Ouest et du Sud.
    De Poum à Bouloupari et à Yaté, le foncier privé est dominant, voire en équilibre avec le
    foncier kanak, mise à part Koné et Pouembout.
    L’extension du foncier kanak s’est faite de façon souvent homogène, à partir des réserves,
    dans le haut des vallées ou en bord de mer. Si elle est plus équilibrée en Province Nord, en
    revanche la répartition en Province Sud entre les catégories coutumières et privées est de 0.3
    ha de terre coutumière pour 1 ha de terre privée européenne. Une politique foncière adaptée
    est ici requise pour la cohabitation des différentes communautés.
  • Les communes du Grand Nouméa.
    Le foncier privé domine très largement. La grande périphérie de Nouméa a connu des
    bouleversements importants ces dernières années : extension de la zone urbaine, création de
    lotissements, apparitions de squatteurs. Les tribus de la périphérie se sentent menacées
    d’encerclement par la ville mais l’ADRAF, n’a pu répondre aux besoins d’extension exprimés
    par les Kanak dans cette zone.

La situation de ces trois espaces aux évolutions différentes pose la problématique de la
cohabitation des différentes catégories de foncier. En effet, comment mettre en oeuvre une
politique foncière et un développement rural équilibré dans le cadre de formes contradictoires
d’occupation de l’espace ? Pour éviter le maintien de zones sous-développées kanak, de
nouveaux outils devront être définis pour gérer au mieux le développement à deux vitesses
des territoires fonciers.
Durant années 80, l’achat de terres a surtout concerné les propriétés de Calédoniens
d’origine européenne dans une période conflictuelle. Au cours des années 90, il s’est surtout
agi de réattribuer ces terres aux Kanak. Dans tous les cas, la politique mise en oeuvre a permis
à un grand nombre de clans et de tribus de disposer de nouvelles terres pour installer de
nouveaux habitants et développer l’agriculture et l’élevage, participant ainsi au mouvement
général de développement économique.

 RESSOURCES DOCUMENTAIRES

Bibliographie :

  • ADRAF, La réforme foncière en Nouvelle-Calédonie, 1978-1998, éditions Grain de Sable,
    Nouméa, 2000.
  • ADRAF, Rapport d’activité 2002, éditions Grain de Sable, Nouméa, 2003.
  • Actes du séminaire, Foncier et développement en Nouvelle-Calédonie, Nouméa, CCT, les
    10,11 & 12 octobre 2001.
  • IEOM, La Nouvelle-Calédonie en 2002, Rapport annuel, Paris, 2003.
  • Collectif, L’outre-mer français dans le Pacifique, éditions Ile de Lumière, Nouméa, 2003.
    Collectif, Etre Caldoche aujourd’hui, éditions Ile de Lumière, Nouméa, 1994.
  • JP. Doumenge, E. Métais, A. Saussol, La Nouvelle-Calédonie, occupation de l’espace et
    peuplement, collection « Iles et Archipels » n° 5, Les cahiers d’Outre-Mer, Bordeaux, 1986.
  • L. Arréghini et P. Waniez, La Nouvelle-Calédonie au tournant des années 1990, un état des
    lieux, Reclus, La Documentation Française, ORSTOM, Paris, 1993.
  • Chroniques du pays kanak, tome 4, les mutations, éditions Planète Mémo, Nouméa, 1999.
  • JM. Estournès, L’élevage, Découvertes calédoniennes, éditions Planète Mémo, Nouméa,
    2001.
  • Encyclopédie de la Nouvelle-Calédonie, tome 2, Géographie humaine, économique et
    régionale, 1985.
  • Atlas de Nouvelle-Calédonie, éditions du Cagou, Nouméa, (2e édition) 1992.

Personnes – ressources :

  • Intervenant de l’ADRAF, antenne de Nouméa : 25.86.00 ; mais aussi antennes de Koné,
    Poindimié et La Foa.

Lieux - ressources :

  • ADRAF, Agence de Développement Rural et d’Aménagement Foncier.
  • ITSEE, Institut Territorial des Statistiques Economiques
  • AICA, Association Interprovinciale de gestion des Centres Agricoles.
  • ADECAL, Agence de Développement de la Nouvelle-Calédonie.
  • IAC, Institut Agronomique Calédonien
  • Services provinciaux, Direction du Développement Rural de la Province Sud.

titre documents joints

L’espace calédonien : une ruralité très contrastée

14 octobre 2010
info document : PDF
261.1 ko

Accompagnement du programme adapté de géographie en première bac pro.


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