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La place et le rôle de la femme dans la société néo-calédonienne d’aujourd’hui

mercredi 14 juillet 2010 par Dominique DASTE

 SUPPORT DOCUMENTAIRE

La place et le rôle de la femme dans la société néo-calédonienne d’aujourd’hui.

Document 1. Quelques données.

Démographie

Le 4e âge est féminin à 59 %
Les familles monoparentales sont gérées à 76 % par des femmes
Les femmes sont 71 366 et les hommes 73 366

Politique

La loi sur la parité : la loi sur la parité amène l’égale représentation des hommes et des femmes sur les
listes électorales et dans les assemblées élues. Le texte prévoit que les listes devront obligatoirement
comporter autant de femmes que d’hommes par tranches de 6 candidats (ex : 3 hommes + 3 femmes ou
2 hommes + 2 femmes ou 1 homme + 1 femme).
Le 28 juin 1999, l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats et aux fonctions électives est
inscrit dans la Constitution française.
En mars 2001, la première application de la loi concerne les élections municipales pour les communes
de plus de 3500 habitants.
Femmes élues ou représentées : Maël Lambreaux est élue en 1977 aux élections municipales sur la liste
de Roger Laroque puis, en1979, elle est membre de l’Assemblée Territoriale sous l’étiquette FNSC.
En Nouvelle-Calédonie, les conseillères municipales sont passées de 73 en 1995 à 228 en 2001 dont
une femme maire : Ghislaine Creugnet à Farino.
Le Congrès du Territoire compte 13 femmes sur 76 élus. Dewé Gorodey est vice–présidente du
gouvernement depuis avril 2001. En Province Nord, il y a deux élues, aucune élue dans la Province des
Iles.
Les prochaines échéances électorales, les élections provinciales de 2004, devraient voir l’arrivée en
force des femmes, ce par la loi sur la parité de 1999.
Monde du travail
Appliquée en Nouvelle-Calédonie en février 1988 par une délibération du Congrès, La loi Roudy porte
modification du code du travail et du code pénal en ce qui concerne l’égalité professionnelle entre les
hommes et les femmes. Elle interdit toute discrimination professionnelle en raison du sexe.

Document 2. Quelques chiffres

La proportion de femmes actives n’a cessé d’augmenter : 44,2 % en 1989 et 46,4 % en 1996
Les femmes occupent essentiellement des postes dans le tertiaire : 49 % des actifs. Elles sont
notamment majoritaires dans la fonction publique.
Dans l’action sociale, 74% des mouvements d’embauche concernent des femmes.
Par contre, elles ne représentent que 20% dans l’industrie et 7% dans la construction
Le premier employeur du Territoire, la fonction publique est aussi le secteur le plus mixte :
Sur 960 cadres A, 431 sont des femmes
Sur 6865 agents, 3891 sont des femmes
A la SLN, sur 2008 agents 101 sont des femmes dont 4 cadres, 44 agents de maîtrise et 53 employées
A la Société Générale, sur 300 personnes employées, 67 % sont des femmes, 29 % des cadres femmes.

Les femmes et l’embauche

Entre 1999 et 2000, la part des femmes dans les embauches de cadres était en moyenne de 36 %, celle
des agents de maîtrise de 42 % et celles des techniciens de 39 %.
55,2 % des demandeurs d’emplois sont des femmes.
Le chômage des femmes dure environ huit mois de plus que celui des hommes.
36,6 % des femmes recherchant un emploi ont moins de 26 ans contre 32 % pour les hommes.
Les demandeurs d’emplois diplômés (bac + 3) sont à 66 % des femmes.
Les gens de maisons et gardes d’enfants sont à 88 % des femmes.

Les femmes et les salaires.

Malgré la loi sur la parité des salaires de 1983, la moyenne des écarts entre les hommes et les femmes
frôle les 34% (21,9 % secteur public et 42% secteur privé).
L’écart dans la catégorie des cadres ingénieurs est de 26,9%, dans celle des employés très qualifiés, de
28,4 %, pour celle des employés non qualifiés, de 38,4 % et enfin il est de 5,2 % pour les ouvriers non
qualifiés.

Ces données sont extraites de la revue Objectif mai juin 2001 et d’une brochure éditée en mars 2001 par la Province
Sud « Calédoniennes, quel horizon professionnel ? »

Document 3. Témoignages

Entre tradition et modernité.

Les documents proposés sont essentiellement des interviews de femmes kanak. Ils sont extraits de la
revue « Palabre Coutumier ».

Palabre : quels sont pour vous les grands changements dans les comportements ?
Marie-Claude Tjibaou : en tant que femme, je parlerai bien entendu des femmes. Aujourd’hui la plupart
d’entre elles sont instruites, travaillent, sont autonomes financièrement. […..] Pour aborder la prise de parole,
je dirai que c’est une erreur de penser que la femme kanak n’a pas le droit à la parole. Il est vrai que c’est
l’homme qui participe aux réunions entre clans, aux palabres…Mais il s’y rend en portant la parole de la
famille. […]
Les femmes bougent. Il y a aujourd’hui une structuration du groupe de femmes qui lui confère le droit à la
parole dans les prises de décisions.

Palabre Coutumier n°6 juillet /août 2000

Palabre : quels sont les grands thèmes d’évolution qui vous touchent le plus ?
Déwé Gorodey : en premier lieu, je parlerai de la prise de parole chez la femme. […] Bien souvent on entend
dire que dans notre société, les femmes kanak n’ont pas droit à la parole. Dire cela c’est être réducteur. Dans
notre société il y a des moments et des lieux pour la prise de parole, selon le sexe auquel on appartient. L’homme
a des domaines bien précis dans lesquels il doit prendre la parole en public, ce que je traduirai par la parole
politique au niveau des chefferies, alors que nous les femmes, nous parlons beaucoup plus à la maison. En
français je traduirai par les « affaires domestiques » et puis le domaine de l’éducation.
Je ne perds pas de vue ce point important (le changement a été imposé de l’extérieur, par la colonisation), la vie
des femmes change à partir du moment où les femmes sortent de la vie traditionnelle et qu’elles vont dans une
autre société.
Disons qu’aujourd’hui nous sommes sorties de la prise de parole unique de la maison et nous commençons à
prendre la parole en public que ce soit au niveau politique ou autre. Ce n’est peut-être pas très facile pour
beaucoup d’entre-nous par rapport à notre éducation. C’est plus le garçon qui est enclin à hériter de cette prise
de parole.

Palabre Coutumier n°6 juillet/aout 2000

Les femmes qui ont accepté de parler d’elles résident dans les tribus voisines de la commune de Poya.
Elles sont toutes mères de famille et n’ont aucune responsabilité politique ou associative.

I LA COUTUME

Palabre : la coutume est au coeur de l’identité kanak, pourtant elle est une réalité de plus en plus complexe dans
notre société en pleine mutation. Pensez-vous qu’aujourd’hui la coutume soit en danger ?
Suzanna : la coutume, c’est notre façon de vivre au quotidien, la rejeter c’est perdre notre identité…La coutume
devrait évoluer comme la vie (Suzanna a évoqué la soumission aux maris à Lifou). La coutume est restée figée, il
faut qu’elle évolue…
Ignacia : moi, je sais plus me concentrer sur la coutume. Car je vois trop les gens utiliser la coutume et ne pas
marcher dans son sens.
Palabre : s’agit-il d’un simple malaise ou les chefs coutumiers voient-ils leur autorité contestée ?
Ignacia : je pense que ma génération reste attachée à la coutume, mais je ne sais pas, à un moment les autorités
coutumières ont lâché. Dans les tribus les institutions coutumières sont moins impliquées qu’avant.
Palabre : la solidarité n’existe plus ?
Ignacia : non, maintenant les gens sont plus personnels, c’est plus une mentalité européenne. Avant on achetait
juste ce qui était nécessaire et si quelqu’un venait te demander quelque chose tu lui donnais ; aujourd’hui il se
voit répondre « arrête de demander, reste pas là, va travailler ».

Palabre Coutumier n°7 septembre-octobre 2001

II LE MARIAGE

Palabre : le mariage aujourd’hui va au-delà d’une alliance de clans. Il repose aussi sur le choix individuel de
deux époux, mais quand le couple ne s’entend plus, la séparation et encore plus le divorce apparaissent comme
des sujets difficiles à aborder.
Suzanna : dans le cadre d’un mariage coutumier, c’est en effet difficile. Je n’arrive pas à envisager la
séparation car dans un mariage coutumier, il n’y a pas que le couple qui est concerné, ceux qui ont aidé à
réaliser le mariage forment avec le couple un ensemble de personnes que je ne voudrais pas décevoir.
Dans le milieu mélanésien la séparation est très mal vue, en tout cas chez nous, (Suzanna vient de Lifou). [….]
Cela ne sert à rien de se marier coutumièrement si au bout de quelques années on se sépare. La séparation je ne
la conçois que dans le cadre d’un mariage arrangé car parfois la fille est contrainte de se marier.
Palabre : le mariage arrangé se pratique-t-il encore souvent ?
Suzanna : ce n’est plus très fréquent, mais il persiste dans certains clans qui cherchent des alliances, des
réconciliations et souvent la femme se mutile pour y échapper.
Palabre : est-ce toujours une pratique dans le Nord ?
Ignacia : avant cela existait entre cousins germains, avant l’apparition de la religion qui a interdit ces
pratiques.
Palabre : que diriez-vous à vos filles si elles voulaient se séparer ?
Ignacia : mes filles ne sont pas mariées mais en cas de séparation, c’est plus aux enfants qu’au couple que je
pense qu’il faut réfléchir. Je préfère que tout le monde trouve un arrangement, ma fille, son ami, les familles
mais bien sûr, si la situation est trop difficile pour ma fille, je serai là pour elle.

Palabre Coutumier n°7 septembre-octobre 2001

Extrait de « la femme kanak entre tradition et modernité » par Françoise Caillard.

A partir de 1957, l’accès des kanaks à l’enseignement secondaire permet peu à peu, aux hommes et à certaines
femmes de décrocher le baccalauréat. Tandis que les hommes investissent le politique et le religieux, les femmes
s’engagent dans la vie rurale et familiale, ainsi que dans de multiples activités de service, dans la fonction
publique ou le secteur privé. […] Elles prennent, presque malgré elles, une importance considérable dans le
fonctionnement de la nouvelle société kanak, du fait du rôle de premier plan dévolu à l’économie moderne[…].
Elles sont aujourd’hui au centre du progrès économique et social. Mais aujourd’hui malgré une timide avancée
vers l’égalité, la femme kanak est toujours confrontée aux graves distorsions engendrées par les inégalités
sociales et par la domination masculine persistante dans les deux sociétés, traditionnelle et moderne. Il importe
de réfléchir à des pistes qui permettront à la femme kanak, non pas de rompre avec la société traditionnelle, mais
plutôt de déboucher sur une réelle émancipation. Elle doit trouver une vraie place et participer à la construction
d’un pays moderne et démocratique tout en restant gardienne de la tradition.

Correspondances océaniennes mars 2002
Françoise Caillard, originaire de Nengoné, présidente de l’Union des Femmes Citoyennes de Nouvelle-Calédonie. Cette
association est née le 26 mai 1999.

Le 26 mai 1999 l’association « Union des Femmes Citoyennes de Nouvelle-Calédonie » est créée.

Palabre : parlez-nous de la création de l’Union des femmes citoyennes de Nouvelle-Calédonie.
Marie-Paule Tourte : l’association est née au lendemain de l’Accord de Nouméa. Nous nous sommes
interrogées sur la question de la citoyenneté. Nous avons voulu lui créer un contenu, comprendre ce que cela
impliquait. Ce travail, nous avons choisi de le faire à travers un mouvement qui réunit des femmes de divers
horizons et qui se fait reconnaître par des actions sur le terrain. Notre démarche est féministe car les femmes se
battent depuis toujours pour leurs droits.
Palabre : votre association est représentative de toutes les ethnies et de toutes les sensibilités politiques, est-ce
facile de tomber d’accord ?
Françoise Caillard : ce n’est pas évident car nous avons chacune notre propre vécu, notre propre histoire,
chacune a sa vision citoyenne. [….] Nous créons par cette association un espace de dialogue, d’échanges et tous
nos membres se retrouvent dans l’action.
Palabre : l’expression citoyenne en public est-elle facile pour une femme kanak ?
MPT : les femmes de tribu que nous avons rencontrées à l’occasion de la parité nous ont étonnées par leur
détermination, leur façon énergique de s’exprimer sur le sujet, elles sont très revendicatrices. Passer par une
représentation plus forte de femmes en politique c’est justement le moyen de faire évoluer les mentalités. Dans le
monde politique elles vont pouvoir dire plein de choses qu’elles ne pouvaient pas dire dans le milieu coutumier.
Palabre : l’une de vos nombreuses initiatives a porté sur la parité. Quels arguments vous ont permis de
convaincre les hommes qui y étaient hostiles ?
MPT : le sénateur Simon Loueckhote a déclaré que les femmes du Nord et des Iles n’étaient pas prêtes à
s’investir dans un mandat politique. Or, elles sont au coeur des problèmes de la cité en les gérant au quotidien.
L’intérêt général est presque intrinsèque à la nature féminine et concernant la compétence, pour l’exiger des
femmes, il faut aussi l’exiger des hommes.
Palabre : vous menez une action féministe, mais vous ne vous placez pas en opposition aux hommes, bien au
contraire.
MPT : aujourd’hui notre féminisme n’est pas un combat contre les hommes, c’est un combat pour une société
plus juste, […] une société meilleure pour tous. […]. Si l’on ne rétablit pas la parité entre les hommes et les
femmes, on ne peut atteindre l’objectif d’une société équilibrée.

Palabre Coutumier n°7 septembre-octobre 2001

Texte littéraire

« Peut-être est-ce depuis ce temps là que, parfois, seule aux champs, j’entends les voix de la Terre.
Ces voix de la Terre, enseignait donc ma grand-mère Utê Mûrûnû, n’étaient autres que celles de la mère, celle de
la femme. Et elles s’adressaient en premier lieu à nous les femmes qui, mieux que personne, pouvions les
comprendre. Porteuses de semences, nous étions lardées d’interdits, marquées de tabous comme autant de pierres
pour obstruer la vie. [..] Ädi, perles noires du mariage coutumier, nous étions échangées comme autant de
poteries scellant une alliance entre deux guerres. Voies et pistes inter claniques, nous survivions tant bien que
mal à nos enfances et à nos pubertés trop souvent violées par des vieillards… »
« Peu après le retour à la terre de notre grand-mère Utê Mûrûnû, qui s’éteignit au tout début de ce siècle, nos
pères et nos grands-pères m’accompagnèrent chez nos utérins de l’autre coté, pour m’offrir à l’un de nos vieux
cousins, polygame dont je devins alors la plus jeune des femmes. [….] J’étais à peine pubère et aucun garçon ne
m’avait approchée. Les grands-mères, tantes et soeurs aînées qui étaient là, les premières épouses, se chargèrent
de parfaire mon éducation. […] Les unes et les autres me nourrissaient, m’épouillaient, me soignaient. Les unes
et les autres m’ordonnaient les tâches quotidiennes, m’emmenaient aux champs, m’initiaient au tissage et à la
vannerie, m’apprenaient les récits du clan, les chants et les danses de femmes. Ce fut la plus vieille d’entre elles
[…] qui m’accompagna au fil des nuits dans la case de notre grand cousin. »

Extrait de : « Utê Mûrûnû, petite fleur de cocotier » de Déwé Gorodé.

titre documents joints

La place et le rôle de la femme dans la société néo-calédonienne d’aujourd’hui

14 octobre 2010
info document : PDF
42.8 ko

Accompagnement du programme adapté d’histoire de première bac pro.


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