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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

Les populations du Pacifique face à l’Occident

samedi 17 juillet 2010 par Dominique BARBE

Etude de documents : Les populations du Pacifique face à l’Occident.

Document 1 :

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Le roi d’Hawaï, David Kalakaua devant son palais de Iolani avec son état major et ses ministres
http://digital.library.upenn.edu/women/liliuokalani/hawaii/hawaii-2.html#VIII

Document 2a :

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L’église anglicane maorie d’Otaki dans l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, construite par des artisans maoris et considérée depuis comme un joyau du patrimoine maori
gravure de Sherrin et Wallace 1890.

Document 2b :

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Les progrès de l’Église catholique en Nouvelle-Calédonie
dans G.DELBOS, L’Église catholique en Nouvelle-
Calédonie, Paris, 1993, p.183.

Document 3 : Le traité de protectorat de Wallis.

La Reine des Wallis, désirant resserrer les liens qui, depuis de longues années déjà, l’unissent à la France, accepte de se mettre sous le
protectorat de la France […]
Un résident sera chargé des relations extérieures et de traiter les affaires concernant les Européens.
La Reine désire conserver toute son indépendance. Elle désire aussi conserver toute son autorité sur les naturels.
Le Résident aura le droit de siéger au conseil des ministres ; la nomination du Résident sera soumise à l’acceptation de la Reine et même le
désir le la Reine serait que, tant que cela ne gênera pas les relations internationales, le Résident soit un Père de la Mission : et plus tard, lorsque le Résident sera pris en dehors de la Mission, il sera cependant encore assisté co mme interprète par un des pères de la Mission auprès
de la Reine et ans le conseil des ministres.
La Reine déterminera un terrain d’à peu près vingt hectares à la convenance du Résident et des fonctions qu’il aura à remplir.

Fait à Wallis le 19 novembre 1886.
Amélia Lavelua

Document 4 :

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Trafic de têtes fumées chez les Maoris
Illustration de Conrad pour le Journal des Voyages, du 3 février 1907

On lit en
légende : « Les têtes des esclaves et des captifs, préparées selon la formule, étaient offertes en vente aux marchands australiens. »
Reproduit dans Kannibals et Vahinés, Imageries des mers du Sud, Paris, 2002, p. 85.

Document 5 : Extrait du rapport du général A de Trintignant sur les causes de l’insurrection canaque de 1878.

« Un des torts de l’Administration précédente, du moins à nos yeux, est d’avoir organisé une police avec les indigènes de la Nouvelle-
Calédonie.
Cette police recrutée parmi les hommes les plus jeunes et les plus forts des tribus, était destinée à rechercher surtout, et à arrêter, les déportés
et les transportés évadés. En agissant ainsi à quoi la dresse-t-on ? à une espèce de chasse à l’homme blanc, à quelqu’un qui n’est pas de sa
couleur. On lui recommande de ne rien négliger pour opérer les arrestations qui lui incombent, de ne point craindre les résistances qu’elle
peut éprouver d’employer, si besoin est, ses armes, c’est-à-dire les casse-têtes.
Les Canaques apprennent ainsi à mépriser les gens qu’ils appellent tayos forçats, mais qui n’en sont pas moins de la race qui est venue
s’établir en Nouvelle-Calédonie ; par la suite, ils n’auront bientôt plus qu’un pas à faire pour nous prendre en dédain […]
Un grand nombre de Canaques que nous avons ainsi employés, sont aujourd’hui parmi les insurgés, ce sont eux qui résistent le plus et
engagent les autres à ne pas renoncer à la lutte.
Ils connaissent nos habitudes. La confiance était tellement grande qu’on leur donnait des armes pour aller à la chasse ; ils assistaient à nos tirs
à la cible et se rend aient très bien compte que chaque coup de fusil ne tuait pas un homme […]
Autrefois la côte Est ne comprenait pas la côte Ouest, de tribu à tribu le langage était différent, à notre contact, il s’est formé un idiome dit de
la côte que presque tous comprennent.
Les indigènes pouvaient donc s’entendre entre eux en retournant dans leurs tribus, y parler de leurs intérêts communs et enfin ourdir le
complot qui a donné lieu à un soulèvement sur la plus grande partie de l’île… L’Administration avait de plus des indigènes dans tous les
bureaux, les marchands en avaient également chez eux, leur attitude assez menaçante effraya la population de Nouméa au moment de
l’Insurrection ; l’autorité supérieure fut forcée de les interner à l’île Nou. »

Première Partie : Analyser l’ensemble documentaire en répondant aux questions.

1°) A l’aide du document n°3 et de vos connaissances, dites quelles sont les menaces qui planent sur les populations autochtones
du Pacifique.

2°) Comment choisissent-ils d’y faire face (doc 1-3-4-5) ?

3°) Quels rôles jouent les Églises et les administrations dans l’entrée des Indigènes du Pacifique en modernité (doc 2-3) ?

4°) Existe-t-il des menaces de pertes d’identité culturelle des Indigènes (doc 1-2-4) ?

5°) Quel est le résultat des différentes stratégies utilisées par les Insulaires du Pacifique pour entrer dans le monde moderne ?

Deuxième partie : A l’aide des réponses aux questions, des informations contenues dans les documents et de vos connaissances, rédigez une
réponse organisée au sujet : « Les population du Pacifique face à l’Occident »

Corrigé du commentaire de documents :

Un corrigé rédigé est un exemple. Le rédacteur a fait des choix dans la sélection et le classement laissant au lecteur celui
d’en faire d’autres. Il ne peut donc être considéré comme la seule version possible.

Le Pacifique est peuplé d’Océaniens qui vivent dès le XVIII°s, les premiers contacts avec les
Occidentaux de façon dramatique (choc microbien). Au siècle suivant l’intégration dans le monde
moderne se poursuit.

Questions :

1) L’impérialisme occidental qui s’exprime par la constitution d’empires coloniaux et
l’exploitation de nouvelles terres est la principale menace pour les Insulaires du Pacifique.
L’océan Pacifique devient en effet un objet de convoitise pour les Britanniques, les Français,
les Étasuniens, puis les Allemands et les Japonais. Certaines îles sont conquises et deviennent
des colonies comme les EFO (Établissements français d’Océanie), la Nouvelle-Calédonie,
Fidji, les Salomons... Les populations perdent alors le contrôle de leur destin politique et
souvent de leurs terres. Dans les colonies françaises, ils sont soumis au code de l’Indigénat qui
font d’eux des sujets de la République et non des citoyens. Quelques îles préfèrent traiter avec
les puissances européennes. Wallis devient ainsi un protectorat français en 1886 après l’avoir
demandé de façon régulière pendant un demi siècle, les royaumes voisins d’Alo et de Sigave
font de même un an après. Enfin certains archipels essaient de se moderniser et de sauvegarder
ainsi leur indépendance politique : c’est le cas de Tahiti dans la première partie du XIX°
siècle, de Tonga et surtout d’Hawaï.

2) Les stratégies face à l’occidentalisation sont variables d’un lieu à l’autre. Hawaï se lance dans
une politique de modernisation et d’ouverture de l’économie aux intérêts étrangers. Le roi
David Kalakaua (1874-1891) dote ainsi son pays de tous les signes de modernité dont le palais
de Iolani, pendant quelques années la résidence d’un chef d’État la plus moderne du monde
(doc 1). Certains chefs devenus pour l’occasion des rois préfèrent reconnaître la souveraineté
d’une puissance blanche comme Wallis où la reine assoit non seulement le pouvoir de la
mission catholique, mais le sien propre (doc 2).
Ailleurs où la division politique est plus grande, certains groupes collaborent avec le
colonisateur. Certains autres, quelquefois les mêmes, organisent des révoltes qui
sporadiquement éclatent ça et là (doc.5).
Cependant partout, les Indigènes se montrent soucieux de s’intégrer dans l’économie de
marché. Ils utilisent souvent la recherche de curiosités à laquelle se livrent les Blancs. Un
nouveau marché de « fausses antiquités » s’organisent ainsi en Nouvelle-Zélande (doc.4) ou
ailleurs.

3) Les Église jouent un rôle paradoxal. Protégeant les Indigènes, elles servent de lieux de
conservation des traditions. Certains lieux de culte s’ornent ainsi de motifs traditionnels (doc
2a). Par ailleurs, dans la foulée de l’enseignement catéchétique (doc 2b), elles organisent un
enseignement plus général et technique permettant aux Indigènes qu’elles forment de mieux
appréhender le modernité : les missions du début du XX° siècle sont ainsi les pépinières des
futurs hommes politiques indigènes. Mais à l’inverse en détruisant les cultes anciens et en
réduisant les usages religieux au niveau de superstitions, elles contribuent à déstructurer les
sociétés traditionnelles. Les administrations jouent un rôle similaire surtout lorsque pour des
raisons de service d’ordre, elles donnent des pouvoirs à des milices locales (doc.5).

4) Devant de tels bouleversements, voulus ou non, les sociétés indigènes ébranlées fortement par
des crises de mortalité récurrentes subissent une acculturation violente. La mondialisation
s’accompagne en effet de déplacement de population dans des migrations de travail, plus ou
moins contraintes. Même un royaume comme celui d’Hawaï n’échappe pas à cette loi du
déclin de la population océanienne souvent remplacée par des populations venues d’ailleurs (en l’occurrence de Chine, du Japon, puis des Philippines) et au processus de dépossession de
la terre au profit des étrangers. Conscients de cette évolution irréversible, certains Indigènes
choisissent une stratégie d’évitement : ils cachent leurs rites et leurs coutumes, ne livrant que
des fac-similés. Ainsi le commerce de crânes surmodelés chez les Maoris, ne touche plus les
têtes de valeureux ennemis tués au combat et identifiables par leur tatouage, mais celle
d’esclaves et de captifs.

5) Les différentes stratégies mises en place par les Océaniens n’évitent pas la colonisation et la
perte de souveraineté. Même Hawaï finit par être annexé par les Etats-Unis pour garantir les
intérêts des compagnies sucrières étrangères. La perte d’indépendance s’accompagne souvent
d’une perte de liberté, d’une spoliation foncière et de la disparition de structures sociales
traditionnelles. La Nouvelle-Calédonie en est un exemple parfait. A la veille de la première
guerre mondiale, toutes les îles et tous les archipels du Pacifique sont intégrés dans un empire
colonial. Aucune ou aucun n’a ainsi pu utiliser la modernité pour se hisser au rang de grande
puissance comme l’a fait le Japon, sans doute parce que le déclin démographique paraît
partout alors irréversible.

Synthèse :

Face à l’Occident qui menace non seulement l’indépendance de leurs pays mais également leur mode
de vie et leurs structures sociales et intellectuelles, les Océaniens qui connaissent une grave crise
démographique due au choc microbien essaient toutes les stratégies pour conserver l’entière gestion de
leur patrimoine foncier et leur indépendance. Partout, ils bénéficient du soutien paradoxal des Églises
qui jouent un rôle important dans l’enseignement et l’accès à la modernité. Les missions sont à la fois
des lieux de conversion et d’enseignement sur le monde. Au prix d’un abandon de croyances et de
coutumes traditionnelles, on peut accéder à un savoir ou un savoir-faire qui permet une meilleure
intégration dans le monde d’alors. Les Administrations venues après ont souvent du mal à
concurrencer les Églises surtout que celles-ci sont souvent devenues les avocats des Indigènes qu’elles
protègent ou dont elles protègent le patrimoine à condition que ce dernier ne soit pas en contradiction
avec le christianisme. Les évangélisateurs sont souvent les premiers à s’intéresser de près aux sociétés
qu’ils sont amenés à convertir (le père Lambert ou le pasteur Leenhardt en Nouvelle-Calédonie par
exemple)

Là où le pouvoir est fort (souvent grâce à l’action antérieure des missions), la première des stratégies
consiste s’occidentaliser comme le fait alors avec succès le Japon. L’archipel d’Hawaï, sous ses rois,
en est sans doute l’exemple le plus achevé. Mais l’archipel ne survit pas à la catastrophe
démographique qui touche les Hawaïens de souche et à sa place stratégique dans l’espace militaire et
économique des Etats-Unis qui s’ouvre définitivement sur le Pacifique entre 1848 et 1898. Ailleurs les
autochtones cherchent à éviter l’affrontement qu’ils savent mortel soit en cédant- le mode du
protectorat leur permet souvent de garder une certaine autonomie- soit en apprenant du colonisateur le
pouvoir de l’argent ou celui des armes. Ces derniers moyens peuvent leur faire espérer une certaines
revanches. Celle de Maoris vendant de fausses têtes surmodelées à des marchands australiens est
symbolique. Ils se moquent des Occidentaux tout en s’enrichissant et en s’intégrant dans l’économie
de marché. Celle des Kanaks qui ont appris, dans la police, non seulement le mépris du blanc, mais
également le maniement de leurs armes, menace un instant la Nouvelle-Calédonie en 1878. Mais dans
l’ensemble les révoltes sont rares et surtout elles se heurtent à un manque de solidarité des Indigènes
divisés par des rancunes ancestrales et par le jeu de l’administration et à la puissance de feu des
Blancs.

Dans un tel contexte, l’expérience d’utilisation de l’Occident pour conserver son indépendance reste
japonaise (ère Meiji). Partout la colonisation progresse démoralisant encore plus les populations
océaniennes dont on attend la mort prochaine. (437 mots)


titre documents joints

Les populations du Pacifique face à l’Occident (1/2)

23 août 2010
info document : PDF
286.2 ko

L’étude de documents


Les populations du Pacifique face à l’Occident (2/2)

23 août 2010
info document : PDF
18.8 ko

Un corrigé


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