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La Nouvelle-Calédonie dans la Grande Guerre

mercredi 25 février 2015 par Mathieu MERMOUD

À l’occasion de la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale, les élèves de troisième à option audiovisuel du collège de Magenta, ont souhaité réaliser en 2014 un documentaire sur le rôle tenu par la Nouvelle-Calédonie dans la Grande Guerre.

Pourquoi et comment les citoyens français et sujets kanak se sont-ils engagés ? Où ont-ils combattu ? Qu’ont-ils vécu au front ? Que s’est-il passé en Nouvelle-Calédonie pendant la guerre ?

Les réponses à ces questions sont apparues au cours des recherches menées par les élèves en classe, et, grâce également aux informations reçues lors de la visite guidée de l’espace dédié à la Première Guerre mondiale au Musée de la ville de Nouméa, et enfin en assistant à la conférence de Mme Sylvette Boubin-Boyer, lors de la commémoration du 5 août, jour de l’arrivée de l’ordre de mobilisation générale en Nouvelle-Calédonie. Celle-ci, docteure en histoire et spécialiste de l’engagement des Calédoniens dans la Grande Guerrre, a cordialement accepté de participer à notre projet en répondant à toutes nos questions devant la caméra.

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Les élèves du collège de Magenta en plein tournage au monument aux morts

Enfin, le Musée de la ville de Nouméa nous a permis de tourner dans ses locaux et Mme Véronique Defrance, la conservatrice du Musée, nous a gentiment mis à disposition quelques documents d’époque numérisés, très utiles pour illustrer notre court-métrage. Les élèves ont pris plaisir à réaliser ce documentaire et ont beaucoup appris sur l’engagement de leurs aînés.

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Un élève narrateur, dans une tranchée reconstituée

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SCRIPT DU DOCUMENTAIRE :

Intro/Contexte

28 juin 1914 : à Sarajevo, en Serbie, l’héritier de l’empire d’Autriche-Hongrie François-Ferdinand est assassiné. Cet événement est l’étincelle qui précipite l’Europe, sous tension depuis plusieurs années, dans une guerre qui durera 4 ans.

La mobilisation en France

En France, le 1er août, le glas sonne aux clochers des églises annonçant la déclaration de la guerre. Les affiches d’ordre de mobilisation générale sont placardées dans toutes les mairies, imposant aux hommes âgés de 20 à 40 ans de s’inscrire à la caserne la plus proche pour partir au front.

La mobilisation en Nouvelle-Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, la nouvelle arrive 3 jours plus tard, le 5 août. Elle ne concerne que les citoyens français. Les Mélanésiens, sujets français, ne sont pas appelés. Quant aux Calédoniens présents en métropole en août 1914, ils rejoignent immédiatement le front où certains sont tués dès le mois d’août. Pour ceux de Nouvelle-Calédonie, il va falloir attendre 7 mois avant d’embarquer pour la France…

Intervention de Sylvette Boubin-Boyer

Les motivations des jeunes Calédoniens pour s’engager dans la guerre sont un peu différentes selon qu’il s’agit du début de la guerre ou de la fin de la guerre. C’est-à-dire que au début de la guerre les jeunes Calédoniens sont dans l’ensemble très patriotes et ils répondent à l’appel de la Patrie d’une façon spontanée. Par contre, au fur et à mesure que la guerre va se poursuivre, durer beaucoup plus longtemps qu’ils ne l’avaient pensé, au fur et à mesure que l’on annonce des morts parmi les jeunes hommes de Nouvelle-Calédonie, les Calédoniens seront bien entendu toujours obligés de partir mais ils feront part aussi à la fois de leur déception et puis de leur souffrance d’une manière beaucoup plus ferme.

“Nous saurons montrer que sans être soldat de métier, nous sommes tout à notre France qu’ils veulent mettre en esclavage. Ils verront que le petit piou piou de France sait combattre, sait se priver, sait souffrir et aussi … sait mourir, s’il le faut, pour la liberté, l’égalité et la justice.” Ferdinand Goyetche.

Intervention de Sylvette Boubin-Boyer

Les Mélanésiens ne partent pas à la guerre dès le début car ils sont des sujets de la République, ils ne sont pas mobilisables. Mais à la fin de 1915 la France a besoin de plus en plus d’hommes et elle fait appel à tous les indigènes de ses colonies. En Nouvelle-Calédonie, les Kanak vont être appelés à partir du début de 1916 et ils vont partir à peu près en même nombre que les Calédoniens.

Le départ

Entre 1915 et 1917, plus de 2 000 hommes quittent la Nouvelle-Calédonie à bord des navires Sontay et Gange. Environ la moitié étaient des Kanak qui n’avaient jamais quitté leur terre.

Au front

Au front les Calédoniens sont comme tous les poilus. Tapis au front des tranchées, ils combattent contre la faim, le froid, la fatigue, la peur et le manque d’hygiène.

Lettre de Louis Gondelon, tué à Barleux, le 12 septembre 1916

“Excuse-moi de ne pas t’écrire plus longuement j’ai bien peu de temps à moi chaque jour. J’écris à maman et je t’assure que par moment j’en ai que juste le temps. La nuit dernière je n’ai dormi que 2 heures et cette nuit je ne dormirai peut-être pas. Le jour seulement on peut se reposer. Toute la nuit il faut veiller ou travailler pour le moment j’ai tellement envie de roupiller que par moment mes yeux se ferment.
Bons baisers à tous. Je t’embrasse affectueusement. Ton frère”.

Intervention de Sylvette Boubin-Boyer

Les Calédoniens ont beaucoup écrit sur leur vie pendant la guerre et en particulier dans les tranchées. Ils ne décrivent rien de différent de ce que les jeunes Métropolitains ont pu écrire ou de ce que l’on voit aujourd’hui dans les film. Mais malgré tout les soldats qui viennent des colonies sont relativement mal vus par les officiers parce que les soldats des colonies ont la réputation d’être assez paresseux, d’être vindicatifs, … Et ce qui n’est pas du tout le cas en réalité des Calédoniens qui, on le voit dans les statistiques, ne se révoltent pas, ne sont pas condamnés pour insultes à leurs officiers ou des choses comme cela. Ils racontent malgré tout la difficulté quand ils sont au front, et venant des tropiques bien entendu, ils ont froid, ils sont très sensibles à la boue, très sensibles aux rats qui traînent dans les tranchées, très sensibles au fait qu’ils ne peuvent pas se laver régulièrement. Il y a une petite anecdote là-dessus : quand ils sont au camp d’entraînement de La Valbonne, dans l’Ain, ils vont se baigner dans la rivière alors qu’on est au mois d’octobre et que la rivière est en crue. Et un paysan vient en croyant qu’ils sont en difficulté, et le paysan crie « ils vont se noyer, ils vont se noyer ». Et pas du tout ils sont en train de se laver tout simplement. L’hygiène est vraiment quelque chose qui les a beaucoup dérangés. Et enfin parfois la nourriture n’arrive pas convenablement et ils ont faim.

La vie dans les tranchées

Chaque homme porte une gourmette au poignet et un médaillon autour du cou où sont inscrits son nom et son matricule afin de retrouver son corps s’il est abattu.

Les grandes batailles

Les Calédoniens se sont illustrés dans toutes les grandes batailles : la Somme, Barleux, le Chemin des Dames, Verdun ou encore Douaumont.
Beaucoup sont blessés, gazés, tués au combat ou faits prisonniers.

Intervention de Sylvette Boubin-Boyer

Les tirailleurs kanak vivent leur guerre d’une manière un peu différente des citoyens français, des soldats qui sont citoyens. Lorsqu’ils sont incorporés dans le bataillon du Pacifique, celui-ci est un bataillon d’étape. Les Kanak lorsqu’ils arrivent en métropole ils sont ouvriers simplement. Ils ne partent à la guerre qu’en 1917 et 1918. Or la plupart s’était engagé justement pour partir à la guerre. Ils sont donc relativement déçus au début. Ensuite ils sont comme tous les soldats très sensibles aux bombardements, très sensibles aux conditions de vie, à la dureté du climat. Lorsqu’ils écrivent ils montrent à quel point les bombardements qui ont détruit des villes, des champs, tout cela les a beaucoup marqués. Peut-être même un peu plus que de voir des morts. Ils sont souvent sur les champs de bataille utilisés comme nettoyeurs de tranchées, nettoyeurs de champs de bataille. Ils sont donc sensibilisés et obligés de faire ce travail. Ils ne manifestent pas énormément de sentiment de compassion comme on pourrait s’y attendre. Mais par contre lorsqu’ils décrivent une ville bombardée, ils ne comprennent pas qu’on puisse détruire à ce point-là des habitations, des monuments, les champs, les arbres, …

Souvent les soldats calédoniens écrivent à leur famille avant un assaut comme le fit Ferdinand Goyetche, le 11 avril 1917 :
“Mamère bien-aimée, mon père chéri,
Cette lettre, mes parents chéris, ne vous parviendra que s’il venait à m’arriver malheur. Dans deux ou trois jours, nous attaquons. Une formidable attaque se prépare et à cette attaque, ils ne résisteront pas. Ils ne doivent pas résister car tous, officiers comme soldats, y mettent leur force, leur énergie, pour repousser, pour traquer et pour écraser dans son antre cette bête puante que l’on appelle Allemagne.
Adieu ma mère chérie, adieu mon père, adieu mes parents que j’aime tant. Je vous envoie mes baisers les plus forts. Maintenant : Vive la France et en avant !”
Ferdinand mourut le lendemain dans l’offensive.

En Nouvelle-Calédonie

Alors que la guerre fait rage, en Nouvelle-Calédonie, les femmes, les personnes âgées et les jeunes doivent s’occuper des champs et faire tourner les stations. L’élevage est en effet un des points forts de l’économie calédonienne. La société de Ouaco est même sollicitée pour confectionner des boîtes de conserve de boeuf qui seront envoyées au front.
Quant au nickel, sa production augmente en 1917, lors de l’entrée en guerre des États-Unis qui en achètent à la Nouvelle-Calédonie pour la construction d’avions, de chars, ou encore de sous-marins.

Révolte kanak de 1917

Dans le Nord, du côté de Koné, une révolte canaque éclate en 1917, menée par le petit chef Noël.
Les raisons sont multiples : la mobilisation des Kanak qui a été finalement plus importante que prévue mais surtout la réquisition des terres fertiles du littoral attribuées aux colons européens qui a pour effet de repousser les Mélanésiens dans les montagnes au sol inculte.

Fin de la guerre

Le 11 novembre 1918 marque la fin de la Grande Guerre. Cependant les soldats calédoniens ne rentreront que 8 mois après la fin des hostilités. Les derniers reviendront cinq ans après leur départ. Au final sur les 2 000 soldats calédoniens qui ont combattu, 575 sont morts durant cette guerre.

Intervention de Sylvette Boubin-Boyer

Si on veut faire le bilan, on peut dire qu’il y a un millier de soldats mobilisés, de soldats calédoniens qui partent et un millier de tirailleurs kanak. Donc à peu près le même nombre. 193 Calédoniens vont perdre la vie et 383 tirailleurs kanak vont mourir pendant la guerre. Tous ces hommes sont dits « morts pour la France » puisqu’ils sont morts en temps de guerre alors qu’ils s’étaient engagés. Le fait qu’ils ne soient pas tous morts sur un champ de bataille n’a pas d’importance.

Générique de fin

La chanson de Craonne, Marc Ogeret, 1974


titre documents joints

La Nouvelle-Calédonie dans la Grande Guerre

22 février 2015
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Script du documentaire


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