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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

La Nouvelle-Calédonie dans la Seconde Guerre mondiale

samedi 17 juillet 2010


Synthèse

Le ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre

Lorsqu’en septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne après l’invasion de la Pologne, la Nouvelle-Calédonie, comme les autres colonies françaises, est mobilisée. Le 2 septembre 1939, la mobilisation générale est annoncée par un arrêté signé par le gouverneur Barthes et le Lieutenant-Colonel Denis qui est le Commandant supérieur des troupes en Nouvelle-Calédonie. Quelques Néo-Calédoniens présents en métropole participent à la « drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940. En juin, l’Allemagne envahit la France et le maréchal Pétain, devenu Président du conseil, annonce la décision de signer l’armistice avec l’Allemagne, armistice signé à Rethondes le 22 juin 1940. La France est alors divisée en deux zones : au Nord, une zone contrôlée par les nazis et au Sud une zone libre où est installé le gouvernement de Vichy dirigé par le Maréchal Pétain qui entre en collaboration économique et politique avec les Allemands.
Opposé à la signature de l’armistice et refusant la défaite de la France, le général Charles de Gaulle lance un appel à la résistance depuis Londres, le 18 juin 1940. Il invite les Français à le rejoindre et à lutter aux côtés des Alliés contre l’Allemagne nazie. Dans son appel, le général de Gaulle insiste sur le rôle que doit jouer l’empire colonial français dans la résistance à l’occupant. Le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie se déclare tout d’abord partisan de la poursuite de la guerre aux côtés des Britanniques puis il devient hésitant tandis que le conseil privé et le conseil général s’affichent ouvertement pour la résistance à l’occupant nazi. Pendant plusieurs semaines, vichystes et gaullistes s’affrontent. Des comités de soutien au général de Gaulle se constituent et fédèrent les Néo-Calédoniens qui n’acceptent pas la défaite française. Deux mouvements, Le Manifeste à la population et les comités patriotiques (Comité de Gaulle, Comité de la France Libre et Comité pour aider à la libération de la France) créés en août 1940, se réunissent et provoquent ainsi le ralliement de la colonie à la France Libre. Si la population néo-calédonienne a oeuvré sans conteste pour le ralliement, le contexte international et géographique de l’archipel peut aussi expliquer ce choix étant donné que les plus proches voisins de la Nouvelle-Calédonie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, continuent la guerre contre l’Allemagne nazie et ses alliés.
Les partisans du ralliement à la France Libre organisent l’arrivée du gouverneur Sautot à Nouméa, envoyé par le général de Gaulle, et qui a déjà rallié le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides. Le débarquement d’Henri Sautot, le 19 septembre 1940, correspond à la date du ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre. Les habitants de l’Intérieur sont venus en masse accueillir le gouverneur qui prend officiellement le pouvoir dans la journée du 19 septembre et renvoie le gouverneur Denis. Dès lors l’archipel est entré en résistance aux côtés du général de Gaulle et de ses alliés.

La vie quotidienne en Nouvelle-Calédonie pendant la Guerre du Pacifique

Lorsque le 12 mars 1942, 17 000 GI’s débarquent au port de Nouméa, c’est l’effervescence dans la petite colonie française du Pacifique. Moins de deux ans plus tôt, la Nouvelle-Calédonie a rejoint les rangs de la France Libre. Si elle participe aux combats en Afrique et en Europe avec ses engagés volontaires du Bataillon du Pacifique et des FNFL, la colonie est aussi partie prenante dans la guerre du Pacifique, depuis l’attaque japonaise des îles Hawaï le 7 décembre 1941, attaque qui entraîne l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique. Désormais la guerre est aux portes de la Nouvelle-Calédonie car le Japon, fort de ses victoires militaires, se répand peu à peu dans le Pacifique menaçant directement l’Océanie. C’est la raison pour laquelle les États-Unis, qui cherchent une base dans la zone afin de s’opposer au Japon choisissent la Nouvelle-Calédonie située sur la route vers l’Australie et sur celle entre le Japon et la Nouvelle-Zélande, occupant ainsi une position stratégique dans le Pacifique Sud, en plus des richesses minières qu’elle offre avec son nickel.
La France Libre et le Commonwealth s’entendent pour la défense de la Nouvelle-Calédonie et un détachement australien de quelques soldats arrive dans la colonie le 21 juillet 1941 sous le nom de code Robin Force afin d’installer une batterie côtière avec canons et projecteurs. Ce contingent est ensuite remplacé en janvier 1942 par une unité de commandos. Les soldats australiens quittent la Nouvelle-Calédonie en juillet 1942.
Le général de Gaulle négocie ensuite avec les États-Unis l’installation d’une base militaire américaine en Nouvelle-Calédonie à la condition que la souveraineté française soit maintenue sur la colonie. L’archipel devient alors le quartier général des forces alliées dans le Pacifique. Il accueille plus d’un million de soldats des États-Unis d’Amérique. Venus s’entraîner en Nouvelle-Calédonie avant d’affronter les Japonais, les soldats s’envolent des aérodromes pour la bataille de Guadalcanal, quittent l’archipel par navires depuis les quais aménagés à Nouméa. La Nouvelle-Calédonie est aussi une base médicale arrière qui reçoit les soldats alliés blessés aux îles Salomon avant leur rapatriement vers leurs pays d’origine. La colonie vit alors à l’heure américaine s’habituant à de nouveaux produits, de nouveaux outils, de nouvelles musiques. La population entre peu à peu dans une économie de consommation développant de petits commerces, des activités de loisirs, …
En novembre 1942, ce sont des troupes néo-zélandaises qui débarquent dans l’archipel afin de préparer l’arrivée de 7 000 hommes en décembre 1942, soldats qui s’installent dans la région de Bourail : le quartier général est au centre du village tandis que les campements, l’hôpital central de 600 lits et les centres de repos se situent aux alentours.
La période de présence alliée a laissé des traces dans le paysage et dans les mentalités des Néo‐Calédoniens. Le départ des derniers soldats américains en 1946 provoque une certaine nostalgie de la population. Après 1946, la Nouvelle‐Calédonie, longtemps en sommeil, entre peu à peu dans la modernité.

++++Commentaire

Document 1 : extraits du Manifeste à la population, le 26 juin 1940

Le gouverneur de la Nouvelle‐Calédonie, Georges‐Marc Pélicier, après avoir, dans un premier temps, annoncé son opposition à l’armistice, devient peu à peu hésitant. Face à cette attitude, le conseil général de la Nouvelle‐Calédonie décide de continuer la guerre avec l’appui de l’empire britannique. Suite à cette délibération, des notables de Nouméa, le notaire Michel Vergès, André Prinet et Émile Moulédous rédigent Le Manifeste à la population, le 26 juin 1940, dans lequel ils réclament une nouvelle organisation politique dans la colonie tout en précisant leur attachement à la France. Les auteurs énoncent en effet l’idée de créer une « assemblée représentative de toute la population calédonienne représentative » afin de prendre les décisions concernant la colonie et afin de défendre la cause de la France.
Le texte est alors interdit sur décision du gouverneur et les auteurs sont poursuivis. À partir de la fin du mois de juillet 1940, le Gouverneur décide de rester fidèle au gouvernement de Pétain et fait appliquer les lois de l’État français en Nouvelle‐Calédonie en les publiant au Journal Officiel de la Nouvelle‐Calédonie et des Nouvelles‐Hébrides. Cette dernière action qui provoque l’indignation de la population néo‐calédonienne conduit le conseil général à « désapprouver le gouverneur et à décider de se mettre en rapport direct avec le général de Gaulle », le 2 août 1940. Pendant ce temps, les auteurs du Manifeste à la population organisent des réunions à Nouméa et dans quelques villages de brousse afin de faire adhérer le maximum de personnes à leur Manifeste qui devient une pétition. C’est un véritable succès puisque les signataires représentent le quart des électeurs inscrits dans la colonie.

Document 2 : les « Mousquetaires » au monument aux morts de Nouméa, 14 juillet 1940

La célébration du 14 juillet par un défilé militaire est une tradition respectée en métropole comme dans les colonies. Or, en 1940, le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et dépendances, Georges-Marc Pélicier, refuse de célébrer la date du 14 juillet, laissant ainsi la population néo-calédonienne surprise et fâchée. De jeunes hommes décident alors, contre l’avis du gouverneur, d’organiser un dépôt de gerbes au monument aux morts de Nouméa.
La photographie montre au premier plan les « cinq mousquetaires » ainsi baptisés par la population, Marcel Kollen, Roger Gervolino, Louis Boissery, Jean Gadoffre et Charles Chatelain qui sont tous des civils, en compagnie d’un militaire, devant la statue du soldat inconnu. Ils brandissent les drapeaux français et anglais pour montrer leur volonté de poursuivre le combat auprès des Britanniques. C’est une marque forte des partisans de De Gaulle, soutenus par une foule importante, contre le gouverneur Pélicier.

Document 3 : une autre vision de l’attachement à la France

Entre juin et septembre 1940, la population néo-calédonienne est prise entre deux camps : les partisans du général de Gaulle qui veulent poursuivre la guerre, et les soutiens au maréchal Pétain qui a signé l’armistice. Des débats généralement houleux se déroulent au Conseil général tandis que les uns et les autres utilisent la presse locale pour publier des articles souvent anonymes.
Cet article signé Agricola et publié en septembre 1940 dans la France Australe, l’un des principaux journaux néo-calédoniens, énonce l’attachement de certains habitants de l’archipel à la France métropolitaine désormais incarnée par le maréchal Pétain et son gouvernement. Mais l’auteur insiste aussi sur le fait que la Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique, un monde anglo-saxon, et qu’elle entretient depuis longtemps des liens économiques avec sa voisine, l’Australie, et, à travers elle, avec le Royaume-Uni désormais allié du général de Gaulle.

Document 4 : le défilé des Broussards dans Nouméa, le 19 septembre 1940

Le 19 septembre 1940 reste comme la date officielle du ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre du général de Gaulle. La journée du 19 fut émaillée de nombreux événements dont celui de l’arrivée des Broussards dans le chef-lieu. Partis la veille des quatre coins de l’Intérieur, des colons, des mineurs et des commerçants convergent vers Nouméa convaincus de la nécessité de se rallier. Un manifeste publié le 16 septembre 1940 invite le plus grand nombre de personnes à se réunir, le jeudi 19 septembre 1940 dès 6 heures du matin dans le chef lieu :

« Calédoniens, nous avons demandé avec insistance, à plusieurs reprises, un référendum de la population tout entière dont les sentiments patriotiques sont bien connus. Nous avons reçu comme réponse un refus formel du Gouverneur. L’heure est venue de montrer ce que nous voulons et ce que nous sommes capables de faire pour prendre les destinées du pays enre nos mains. Chaque jour qui passe nous rapproche d’une solution qui serait contraire à la volonté des Calédoniens. Le temps presse. Préparez‐vous immédiatement à vous réunir, le plus grand nombre possible, le jeudi 19 septembre à 6 heures du matin à Nouméa. Vous saurez faire tous les sacrifices nécessaires pour défendre vos droits et vos libertés par votre volonté et votre courage, en lesquels nous avons confiance. Cette date sera un jour historique dans les annales du pays. Vous recevrez notre visite le plus tôt possible. L’heure est grave. Haut les coeurs ! Vive la France ! Vive la Nouvelle‐Calédonie ! »

Vergès – Prinet – Moulédous – Rabot.

Le gouverneur Denis, informé de l’arrivée des Broussards, décrète l’état de siège et place des barrages militaires à l’entrée de Nouméa. Les Broussards parviennent à passer les barrages et sont rejoints par les citadins. Un défilé s’organise dans les rues de la ville en direction des quais où est attendu le gouverneur Henri Sautot, envoyé du général de Gaulle, pour rallier la colonie à la France Libre.
La photographie prise le long de l’actuelle avenue de la Victoire (la caserne Gally‐Passebosc est visible au dernier plan de l’image) montre des hommes en armes brandissant un drapeau français tricolore frappé d’une croix de Lorraine devenue le symbole de la Fance Libre le 1er juillet 1940. Ils sont acclamés par des citadins venus les accueillir et qui se massent sur les trottoirs.

Document 5 : extraits de la proclamation d’Henri Sautot, le 19 septembre 1940

Le 19 septembre 1940, dans l’après-midi, le gouverneur Henri Sautot annonce à la population néo-calédonienne le ralliement de la colonie à la France Libre.
Sautot avait quitté, trois jours plus tôt, les Nouvelles-Hébrides déjà ralliées à la France Libre. Représentant du général de Gaulle dans le Pacifique, il a reçu des consignes pour procéder au ralliement de la Nouvelle-Calédonie avec l’aide australienne, et rappelle dans son ouvrage Grandeur et décadence du Gaullisme dans le Pacifique publié en 1949 :
« Tous, Anglais et Français, nous avions au coeur l’espoir de sauver la Nouvelle-Calédonie de la honte de la collaboration et de l’éventualité d’une occupation japonaise ».

Après avoir traversé la ville à pied au milieu de la foule, Sautot se dirige vers le bureau du gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, le lieutenant-colonel Denis, pour l’informer que le général de Gaulle lui a donné les pleins pouvoirs pour rallier la Nouvelle-Calédonie à la France Libre et en prendre la direction. Face au refus de Denis de céder sa place, Sautot prononce un discours patriotique devant les Néo-Calédoniens qui l’ont accueilli à son arrivée. Il insiste sur les liens à maintenir avec le Royaume-Uni qui poursuit la lutte contre l’Allemagne nazie. Il rappelle que le général de Gaulle compte sur l’empire colonial français comme il le fit dans son appel lancé aux territoires de l’empire le 22 juin 1940 :
« L’honneur, le bon sens, l’intérêt de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront. […] Moi, Général de Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. […] J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre. »
Sautot rappelle également dans son discours que d’autres colonies françaises du Pacifique ont déjà rallié le général de Gaulle : le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides est entré en résistance le 20 juillet 1940, suivi par les ÉFO (Établissements français de l’Océanie) le 2 septembre. Les dirigeants de Wallis-et-Futuna restent encore fidèles à Vichy.
Suite à ce discours, le gouverneur Denis cède sa place à Sautot, puis est mis en état d’arrestation.

Document 6 : l’arrivée des Américains, le 12 mars 1942, racontée par les deux guetteurs au Ouen Toro.

 
Au matin du 12 mars 1942 arrive une importante flotte de navires au large de Nouméa. Les premiers Néo‐Calédoniens à les apercevoir sont deux sous‐officiers qui sont de garde, ce matin‐là, au Ouen Toro, et qui livrent leurs premières impressions dans les deux témoignages. La Nouvelle‐Calédonie est alors en alerte, menacée par le Japon comme d’autres îles du Pacifique. Cette arrivée de navires est d’abord prise pour une attaque ennemie avant que les informations parviennent aux deux sous‐officiers leur indiquant qu’il s’agit d’un débarquement allié : celui des Américains.
Cette armada, la Task force 6814, surnommée Poppy Force, a quitté New York en janvier, empruntant le canal de Panama puis traversant l’Océan Pacifique jusqu’à Melbourne. Après une semaine d’escale en Australie la flotte appareille pour la Nouvelle‐Calédonie, dans la nuit du 6 au 7 mars.
Ainsi le 12 mars 1942, 17 000 soldats américains débarquent-ils à Nouméa comme le raconte le journaliste de guerre, H. E. Lewis Priday dans son ouvrage The war from the coconut square publié en 1945 :
Le premier convoi américain de près d’une vingtaine de navires fut la plus grosse armada que les Nouméens avaient jamais vue. Ce matin-là vingt mille Américains habillés de kaki, les yeux tournés vers le rivage, eurent les premières images de leur île : un phare très élevé près d’un chenal traversant la barrière de récifs ; dans le lointain, un fond de montagnes bleues et dénudées, plus près, la vue d’une cathédrale à deux tours jumelles et une colline avec un sémaphore, les baies de l’ancien pénitencier de l’île Nou, enfin, le port intérieur avec une foule d’insulaires bienveillants qui les saluaient, et un voile de fumée qui s’élevait de l’usine du nickel.
Rapidement les quais du chef-lieu, pas adaptés à un tel afflux de troupes et de matériel, sont submergés. L’installation des troupes américaines commence alors.

Document 7 : les installations alliées dans le quartier du Receiving en 1945

En arrivant en Nouvelle‐Calédonie, les forces alliées apportent avec elles tout le matériel dont elles ont besoin pour créer des campements, installer des hôpitaux, aménager des aérodromes, développer des infrastructures routières.
Cette vue aérienne de Nouméa sud, à la fin de la guerre, montre le quartier du Receiving avec ses différents camps militaires. La densité des constructions est très forte du fait du nombre important de soldats stationnant en Nouvelle-Calédonie. Les camps sont plus ou moins grands en taille. Ils ont d’abord été réalisés en simples toiles de tente ensuite remplacées par des infrastructures rigides comme les demi-lunes ou quonsets visibles sur la photographie. Le Camp Goettge, à la baie des Citrons, regroupe le corps des Marines. Le nom de ce camp vient d’un colonel des Marines tué lors de la bataille de Guadalcanal.
La vue montre aussi le site et l’implantation du Naval Mobil Hospital n° 5 dont les bâtiments sont toujours utilisés aujourd’hui dans la polyclinique de l’Anse‐Vata. Cette installation médicale de plus de 1 000 lits, comme toutes les autres construites dans l’archipel, peut recevoir les blessés des combats aéronavals et terrestres du Pacifique avant leur évacuation vers les États‐Unis. Généralement les blessés sont acheminés vers la Nouvelle‐Calédonie en avion puis rapatriés sur le continent américain par bateau. À quelques pas de cet hôpital est installé le quartier général des forces alliées du Pacifique, le Pentagone, non visible sur la photographie.

Document 8 : la récolte des pommes de terre en 1944

 
Cette photographie prise en 1944 par l’un des photographes de l’armée des États-Unis d’Amérique présents en Nouvelle-Calédonie constitue l’un des témoignages importants sur le développement économique de l’archipel pendant la Seconde Guerre mondiale. Du fait du nombre conséquent de soldats stationnés dans la colonie l’agriculture est développée afin de les nourrir. Des fermes contrôlées par les armées alliées sont alors équipées d’un matériel agricole moderne tel les tracteurs visibles sur la photographie. La Nouvelle-Calédonie ne découvre pas ces engins puisque les Nordistes qui vinrent s’y installer au milieu des années 1920 introduisirent cette machine. Les soldats alliés ont importé en Nouvelle-Calédonie un matériel plus performant, plus moderne permettant de cultiver des surfaces importantes. Du fait de la mécanisation les rendements agricoles augmentent permettant d’alimenter en produits frais les milliers de soldats stationnés.
L’image montre donc un groupe au travail dans un champ. Outre les soldats américains qui conduisent les machines, on remarque la présence d’une main-d’oeuvre locale recrutée pour le travail de ramassage des pommes de terre.
Très rapidement, en 1942, s’est posé le problème de l’alimentation des troupes. Dans les premières semaines elles disposèrent de rations individuelles conditionnées dans des boîtes en carton. Plus tard, décision est prise, d’importer des marchandises de Nouvelle-Zélande et d’Australie : viande, beurre, lait, oeufs, … car la production locale ne permet pas de satisfaire la demande.
À la fin de la période de présence alliée en Nouvelle-Calédonie, les fermes agricoles et les installations de poulaillers sont nombreuses.

Document 9 : une représentation musicale au kiosque à musique de Nouméa en 1945

En plus d’être une base d’entraînement pour les soldats alliés combattant dans la zone Pacifique, et tout particulièrement à Guadalcanal, aux îles Salomon, la Nouvelle-Calédonie est également un centre de repos devant offrir « bien-être et distraction » aux troupes. Divers lieux de distraction sont ouverts à Nouméa mais également dans les centres de l’Intérieur.
En février 1943 est inauguré le Triangle Garden qui est dirigé par l’US Navy et est réservé aux soldats alliés. Ce lieu de distraction ouvre chaque jour dans l’après-midi, pour quelques heures, afin de permettre une détente.
Des spectacles d’artistes américains sont également organisés en particulier au Motor Pool où résonnent les accords des musiques de Glenn Miller. Certaines représentations sont ouvertes à la population nouméenne qui se déplace alors à la Place des cocotiers où des concerts sont donnés tous les dimanches après-midis devant le kiosque à musique.
Des cinémas en plein air, des clubs de danses font également leur apparition et permettent aux soldats alliés de rencontrer la population.
En journée, des activités nautiques et balnéaires sont proposées aux soldats ainsi qu’aux divers personnels des armées alliées. Des clubs de loisirs sont aménagés comme le Camp Barnes, à l’Anse-Vata, réservé aux officiers ou le Camp Stevens.

Document 10 : l’emploi d’une main-d’oeuvre locale par les Américains

 
Rapidement, dès leur arrivée, les Alliés ont eu recours à une main‐d’oeuvre locale (Kanak, Tonkinois, Javanais) pour le travail de manutention sur les quais, pour l’entretien du réseau routier ou encore pour les travaux agricoles.
Au port de Nouméa sont employés des dockers originaires en grande majorité des îles Loyauté mis à disposition par les grands chfs pour des contrats de quelques mois. C’est la première fois que ces hommes reçoivent un salaire. Les employés sont logés au camp de Montravel, habillés et nourris par l’armée américaine et sont acheminés chaque jour par des camions militaires sur le port de Nouméa. Le travail y est conséquent. Le rendement du port s’élève ainsi jusqu’à 250 000 tonnes de marchandises manipulées en 1943. Cette année‐là, Nouméa est le deuxième port du Pacifique, après San Francisco. Jusqu’à 120 bateaux attendent dans la baie.
La photographie 10b montre d’ailleurs le déchargement d’un navire à quai à Nouméa. La cargaison se compose de sacs de sucre probablement. Les marchandises sont principalement transportées par les libertyships, des cargos construits en grand nombre aux États‐Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et qui sont chargés du ravitaillement des troupes.

++++Bibliographie indicative

- Brou Bernard et Alibert Pierre, Histoire du Gaullisme en Nouvelle-Calédonie, Édition de l’Atelier, Nouméa, 1983, 154 p.

- Daly Henri, Nouvelle-Calédonie, porte-avions américain dans les mers du Sud, SEH NC n°60, Nouméa, 2002, 321 p.

- Sautot Henri, Grandeur et décadence du Gaullisme dans le Pacifique, F. W. Cheshire, Melbourne-Londres, 1949.


titre documents joints

Fiche 10 du manuel d’histoire première

7 août 2010
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La Nouvelle-Calédonie dans la Seconde Guerre mondiale


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