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L’environnement religieux en Océanie à l’époque coloniale : impacts sur les populations

samedi 17 juillet 2010


Synthèse

Un espace religieux recomposé

Entre le milieu du XIXè siècle et la fin des années 1930, les sphères d’influence européenne dans le Pacifique se sont à la fois enracinées et modifiées. La christianisation des populations païennes fait partie intégrante de la mission civilisatrice des colonisateurs et va s’effectuer par l’intermédiaire des congrégations et des premiers autochtones convertis. De Guam à l’île de Pâques et de Hawaï aux Australes, s’opère un profond bouleversement de l’univers spirituel des Océaniens. La religion chrétienne continue à se répandre à côté de l’islam, du bouddhisme et de l’hindouisme implantés dans le cadre de l’immigration de main-d’oeuvre. Les missionnaires sont à la fois les fossoyeurs et les conservateurs des anciennes pratiques religieuses. Tout en détruisant les lieux de culte et en interdisant les idoles, ils envoient des trophées aux maisons- mères et au Vatican, font du troc avec les objets sacrés, mais aussi rédigent des Cahiers, des Mémoires, entretiennent une correspondance, qui font figure de premiers ouvrages anthropologiques. Face aux bouleversements techniques et idéologiques brassés en moins d’un siècle, les populations oscillent entre syncrétisme et contestation. Des revendications religieuses (retour aux coutumes condamnées par les missionnaires), économiques (récupération des richesses et des terres interceptées par les Blancs), aboutissent à une succession de crises identitaires qui concernent l’ensemble des archipels.

Les missions chrétiennes installent de nouveaux cadres sociaux

De nouvelles structures sociales d’inspiration occidentale vont se juxtaposer aux modèles traditionnels avec plus ou moins de succès mais toujours très lentement.
Les missionnaires sont confrontés à des civilisations orales. Leur première tâche est de se faire comprendre, mais la difficulté de traduction n’est pas la même partout. En Polynésie on retrouve une même langue mère, le mao’hi, par contre il existe des dizaines de langues en Nouvelle-Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides, des centaines en Nouvelle-Guinée. Pour les protestants, l’écriture va servir d’abord à transcrire la parole divine ce qui contribue aussi à fixer les langues. Les catholiques donnent plus d’importance aux sacrements, la priorité est de les administrer. tous publient des Bibles, des catéchismes, mais aussi des dictionnaires, des grammaires et des périodiques.
Depuis l’ouverture de la première école chrétienne par les Jésuites à Guam en 1668, la longue tradition de scolarisation du clergé se poursuit. A l’initiative des Pères et des laïques envoyées sur place à leur demande, de petites structures voient le jour et les religieux sont souvent les premiers employés pour tenir les écoles coloniales. Sur l’ensemble des archipels, les écoles subissent les contrecoups d’une volonté progressive de laïcisation des pouvoirs publics métropolitains. Au début du XXè siècle, la langue du colonisateur tend à devenir obligatoire et unique dans l’ensemble des établissements. Néanmoins, jusqu’à la suppression du code de l’indigénat en 1946, les Eglises ont le monopole de l’enseignement des autochtones et contribuent à la promotion des élites locales.
La dispersion des îles et les faibles effectifs missionnaires expliquent le besoin de former des catéchistes indigènes : les teachers en Polynésie, les katekita en Mélanésie, qui animent la prière, font l’école aux enfants. Les premières écoles sont aussi des viviers d’où sortiront les futurs membres du clergé local. Des séminaires aux effectifs réduits tentent une formation à la prêtrise qui s’avèrera longtemps décevante car trop calquée sur des critères européens (connaissance du latin, obligation du célibat). Les congrégations féminines, soumises à moins de contraintes, ainsi que les vocations protestantes se développent plus rapidement.
Avant que ne légifèrent les puissances coloniales, les missionnaires élaborent avec l’appui des chefs convertis, des codes de lois qui affirment à la fois l’autorité de l’Eglise et celle des dirigeants locaux. Introduits dans des sociétés traditionnelles très hiérarchisées, ils s’appliquent à tout le monde. Ils représentent le passage à un droit écrit et supposent une centralisation politique. Entre règles coutumières et préoccupations religieuses, ils condamnent l’anthropophagie, les sacrifices humains, la polygamie, la nudité.... Certaines mesures du code de l’indigénat imposé à partir de 1887 dans les EFO ainsi que les « native laws »du gouvernement britannique s’en inspirent directement.
La symbiose parfois constatée entre la religion importée et les chefs convertis va influencer durablement le devenir politique des sociétés insulaires et parfois accélérer le processus de colonisation.

Les missionnaires et l’organisation politique en Océanie

Les missionnaires incitent les tenants du pouvoir à solliciter le soutien d’une puissance coloniale qui peut protéger des aventuriers, des négriers, mais permet aussi de consolider les positions européennes dans le Pacifique. C’est aussi un moyen de régler ses comptes entre catholiques et protestants (à Wallis, les opposants au protectorat français s’exilèrent à Tonga).
L’impact considérable de quelques personnalités missionnaires, rendu possible par l’extrême isolement et l’exiguïté de certains archipels (Wallis et Futuna, les îles Gambier), l’absence physique des autorités, ont permis le développement éphémère de véritables théocraties. Tout comme auparavant en Amérique latine ou aux Philippines, une multitude d’édifices chrétiens témoignent encore aujourd’hui de l’adhésion des populations à de titanesques projets spirituels et relationnels.

++++Commentaire

Document 1 : l’ implantation majoritaire du christianisme

Les missionnaires catholiques ont été les premiers à christianiser l’Océanie sous l’influence de la couronne espagnole présente aux Philippines. Après la période de la Révolution Française et des guerres napoléoniennes, la Restauration marquera la reprise de l’Evangélisation avec l’action des sociétés de missions (voir annexe 1) et des congrégations. Les protestants entreprennent l’aventure missionnaire à partir du « revival* » symbolisé par l’appel de William Carrey en 1810 depuis les Indes britanniques. Les Eglises dissidentes nées aux Etats-Unis (voir annexe 2) trouvent un écho favorable dans le contexte des rivalités franco-britanniques. Selon le Livre de Mormon, les Polynésiens seraient des descendants de familles venues d’Israël et installées d’abord en Amérique, en retrouvant ses ancêtres, le fidèle peut rétablir ce lien. Le premier temple mormon est érigé à Hawaii en 1919. D’autres religions s’implantent dans le contexte des migrations de travail. A Fidji en 1884, le second navire transportant des travailleurs Indiens, le Syria, fait naufrage. Les victimes sont incinérées selon les rites hindouistes. Une mosquée est construite en 1902 pour les musulmans. A Tahiti, la communauté chinoise des Hakka recrutée à partir de 1865 importe avec elle la religion bouddhiste. On peut aussi évoquer les circonstances de l’introduction de l’islam en Nouvelle-Calédonie avec les déportés kabyles en 1872, les travailleurs indonésiens à partir de 1896.

Document 2 : l’éradication des croyances traditionnelles

Le révérend Orsmond de la LMS a séjourné à Huaniné, Moorea, Ra’iatea et aux îles Marquises. Il fut nommé pasteur du gouvernement à Papeete. Sa petite-fille qui enseigna à l’école royale d’Honolulu recueillit l’ensemble de ses notes, publiées en anglais en 1928. Taputapua’tea, consacré à Oro, dieu de la guerre, est le plus ancien des marae* royaux des îles de la Société. Sur ces espaces en plein air étaient honorées des divinités représentées sous forme de statues (tiki*), on y trouvait aussi des lieux de culte. Le premier instituteur envoyé à Ra’iatea remarque en 1887 d’ « anciennes idôles au nez écrasé et aux jambes enflées »(1 ). D’autres témoignages nous sont parvenus, citons parmi eux à Mangareva une tablette à offrandes semblable au garde-manger (Ata ’akakiko) destiné à se protéger des rats et dont le père Laval donne cette description « Un gros tronc d’arbre [...] avec une base appontée fichée en terre[...]le support présente un renflement ovale [...] De là s’élèvent trois bras ou trois branches avec une main et cinq doigts à chaque extrémité.Ils accrochaient sur ce support leurs paquets de popoi et de poisson. »(2 ). En 1864, sur l’ île de Pâques, le Frère mariste Eugène Eyraud mentionne « des statuettes, hautes d’une trentaine de centimètres, et représentant des figures d’hommes, de poissons, d’oiseaux[...] J’ai vu les Kanacs prendre ces statuettes, les élever en l’air, faire quelques gestes, et accompagner le tout d’une espèce de danse et d’un chant insignifiant »(3)

Document 3 : entre assimilation et contestation, l’exemple du « cargo cult » en Mélanésie

Les premiers mouvements sont observés en Polynésie, première région christianisée : à Tahiti le mamaia* entre 1827 et 1841, à Anaa (Tuamotu), en 1852 où des convertis mormons hissent le drapeau américain face aux français. A Fidji en1872, le mouvement Tuka, au cours duquel un porc blanc, symbole des colons, est engraissé pour être sacrifié le jour du retour des ancêtres. En Nouvelle-Bretagne, au nord de la Nouvelle-Guinée, dix missionnaires sont tués en 1904. Ils avaient développé une station pilote sur le principe de la réduction* et obtenu un quasi monopole sur les échanges de marchandises entre la côte et les hautes terres. Le Pupu Autahu’ ara’ a (groupe de la prêtrise) parti de Ra’iatea en 1905 se développe parmi des membres de l’Eglise Sanito qui forment une communauté extatique. Aux Nouvelles-Hébrides en 1923 à Santo, apparaît le mouvement Rongovuro : les adeptes délimitent un chemin reliant l’intérieur au bord de mer par lequel doit arriver un cargo. Un planteur anglais qui se trouve sur le tracé du chemin est assassiné. En 1926, des mâts sont élevés pour rétablir la communication avec les ancêtres. Enfin, vers 1938, nait à Tanna le culte de John Frum : « Jean le balayeur »qui débarrassera l’île des blancs et promet l’abondance.

Document 4 : le passage de l’oralité à l’écrit, bibles et catéchismes

La première traduction de la Bible en tahitien date de 1838 Te parau a te atua( la parole de Dieu),elle est diffusée lors de réunions paroissiales, les tuaro’i, durant lesquelles on en commente des versets. La mission de Saint-Louis sur la Grande Terre publie un catéchisme du vicariat* d’Océanie en plusieurs langues locales. Avec des procédés rudimentaires et de petites presses portables les élèves de la mission font le travail d’impression. Sortira des mêmes murs en 1885 un hebdomadaire, l’Echo de la France catholique. Signalons aussi un mensuel protestant en tahitien : E ramepa no te aratia (la lampe du chemin). Installée depuis 1902 à Do Neva, la mission protestante de Houaïlou dirigée par le pasteur Maurice Leenhardt publie un bulletin Virherhi ( En avant) entre 1916 et 1926 « Un journal pour les Kanaks où ils puissent écrire leurs pensées »(4). En 1922, il traduit un Nouveau Testament en ajië, des prières sont publiées dans le Livre de prières du Tirailleur du Pacifique en 1916. Il publie un Vocabulaire et grammaire de la langue houaïlou en 1935 et en 1938 la Société des études mélanésiennes publie des Bulletins, écrits par les Kanak dans des revues protestantes à Paris. Il faut veiller à relativiser l’impact de l’écrit au moins jusqu’au milieu du XXème siècle en rappelant que dans le même temps l’analphabétisme est un phénomène courant en Europe.

Document 5 : la scolarisation des filles à la mission de Saint-Louis près de Nouméa vers 1880

Les missionnaires font appel à des auxiliaires féminines pour aider à la scolarisation. Ces laïques appelées Soeurs de Charité débarquent en 1846 à Futuna. L’une d’entre elles, Soeur Marie de la Croix, ouvre à Saint-Louis une école de filles en 1864. L’école-internat Notre-Dame de la Providence accueille les filles jusqu’au mariage, l’emploi du temps se partage entre la pastorale, l’apprentissage des prières en latin, l’ alphabétisation et les travaux des champs. Les moyens sont dérisoires : les premiers livres de lecture sont des catéchismes, on suspend des chiffres découpés dans du papier à des clous et on les déplace pour apprendre à compter.... Toujours en Nouvelle-Calédonie, les Soeurs de Saint- Joseph de Cluny arrivent en 1860 à la demande du gouvernement, tout en oeuvrant à l’hôpital puis au bagne, elles ouvrent des internats pour les Européennes. Dans le même esprit, la scolarisation se développe sur les territoires anglo-saxons : en Australie, les Soeurs de Saint-Joseph du Sacré-Coeur fondent une école catholique en 1866 pour les enfants de colons pauvres puis s’installent en Nouvelle-Zélande en 1883. A Tahiti quatre Frères de l’instruction chrétienne de Ploërmel créent en 1860 une école fréquentée par un des fils de la reine Pomare et par celui du gouverneur.

Document 6 : les premiers essais de séminaires pour la formation du clergé indigène.

Ces témoignages oraux montrent les hésitations des premiers temps de la formation religieuse. A Saint- Louis, une école de catéchistes ouvre en 1885, le Père Vigouroux ( voir biographie) dirige un séminaire de1891 à 1900. Un second établissement nommé « juvénat » s’installe à Nakéty (Canala) en 1930, puis est déplacé en 1946 à Païta. L’Ecole centrale de catéchistes de Montmartre est fondée en 1902 à Port-Vila. Les natas formés par les protestants (Béthany à Lifou) sont envoyés sur la Grande-Terre, puis ceux du
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pasteur Leenhardt rayonnent à partir de Do Neva. Circulant assez librement, ils vont jouer un rôle d’informateurs lors de la révolte de 1917. Après l’échec du père Soakimi Gata (voir biographie), les quatre premiers prêtres polynésiens issus du séminaire de Lano à Wallis sont ordonnés en 1886. En 1937, Louis Vangeke, futur évêque, devient le premier prêtre papou. La première congrégation féminine réservée aux indigènes kanak et néo- hébridaises est née à Saint-Louis en1875 : il s’agit des Petites Filles de Marie qui sont des auxiliaires d’éducation. A Yule en Nouvelle-Guinée, les Ancelles de Papouasie ou Congrégation des Servantes de Notre-Seigneur sont fondées en 1920.

Document 7 : la codification des moeurs. L’exemple des « blue laws » (lois bleues) aux îles Cook

Le résultat de la codification des moeurs sur les populations autochtones est évoqué dans cette citation d’un médecin de la marine : « Un tahitien fin de siècle [...] une race sur laquelle ont passé [...] 40 ans de domination française avec une législation empruntée à la Bible »(5). Il s’agît ici de la première législation écrite des îles Cook. Ce type de lois se retrouve sur l’ensemble des terres christianisées depuis Tahiti en 1819 où les missionnaires se servirent de l’appui des Pomare. Inspirées des Dix Commandements, elles couvrent tous les aspects de la vie quotidienne, meurtres, adultère, viol, consommation d’alcool, tatouage.... Les peines sont graduées et le fruit des amendes revient aux chefs. Sur le même modèle, on peut citer en 1905 les Tanna law aux Nouvelles-Hébrides, rédigées par des chefs convertis avec une police et des tribunaux locaux. Contrairement aux protestants, les catholiques admirent la cérémonie du kava comme l’indique le Père Bataillon « Il n’y a pas la moindre assemblée, la plus petite demande religieuse ou civile, publique ou personnelle, pas la moindre visite où le kava ne doive présider et être offert de part et d’autre en signe d’amitié mutuelle. » (6

Document 8 : la demande de protectorat à Wallis

Le protectorat français est obtenu à l’initiative du clergé, inquiet du voisinage des missions protestantes. Lors de l’arrivée des maristes en 1837, le roi Vaimu a adopte la religion catholique pour supplanter ses rivaux soutenus par les protestants basés à Tonga. En 1842, il fait une première demande de protectorat qui n’a pas de suite. La reine Amélia fait adopter comme loi du royaume en 1871 le code de lois du Père Bataillon. La demande de la reine Amélia est ratifiée et paraît dans le Journal Officiel le 5 avril 1887. A Wallis le catholicisme représente une continuité avec la société traditionnelle, le culte des saints remplace celui des Ancêtres. Le Père prend la seconde place dans les cérémonies après le roi (il y a un roi à Wallis et deux à Futuna). Les prêtres ont un statut semblable à celui des ’aliki*, ils deviennent les conseillers des souverains et leur fonction représente une image d’élévation sociale. Dans le même temps, les langues vernaculaires sont préservées ainsi que la coutume. En 1910 un nouveau texte renforçant les pouvoirs du résident est accepté par le roi. On peut comparer cette évolution à celle de l’île protestante voisine de Tonga où le roi George Tupou I installe sur le modèle anglo-saxon une monarchie constitutionnelle en 1875 tout en conservant sa suprématie.

Document 9 : l’empreinte architecturale d’une théocratie à Mangareva (îles Gambier)

C’est à Mangaréva, peuplée d’environ 5000 personnes, que s’installe en 1834 la première mission catholique de Polynésie avec le Père Honoré Laval et deux autres maristes. Le besoin de se ravitailler sur ces îlots très isolés tout en empêchant l’installation des commerçants pour éviter la vente d’alcool et la pratique de la traite amènent Laval à prendre des initiatives qui seront de plus en plus mal vues dans un contexte d’anticléricalisme sous Napoléon III. Il fait hisser le pavillon français quand un navire accoste, les militaires de passage sont excommuniés. Les navigateurs sont gênés dans le commerce de la nacre et des perles qui est un monopole royal. François Cardella, premier maire de Papeete de 1880 à 1917 évoque ainsi ces pratiques théocratiques :
« Pourquoi voulez-vous que nous ne détestassions pas le Père Laval ? A peine notre navire était-il en vue que le père se mettait à faire sonner les cloches pour faire rentrer les filles chez elles »(7). En 1871, Charles de La Motte-Rouge est envoyé pour enquêter, il constate le retour aux modes de vie traditionnels, la population n’est plus alors que de 2000 personnes. Sur intervention de l’évêque basé à Tahiti, le Père Laval est déplacé à Papeete. La France établit son protectorat dix ans plus tard, en 1881.

Document 10 : la cathédrale Saint-Michel

La cathédrale S-Michel, consacrée en 1854, est le plus grand édifice religieux de Polynésie avec 48 mètres de longueur, 18 mètres de hauteur, deux clochers de 21 mètres. Les techniques artisanales traditionnelles se mettent au service de l’architecture religieuse : la charpente est en arbre à pain, les ligatures en fibre de coco, la voûte en bambou, la toiture en feuilles de pandanus, on utilise largement la nacre pour décorer l’autel . Les bâtisseurs de Laval seront envoyés en 1875 à Papeete pour y participer à la construction de la cathédrale.

Notes

  • 1 JAULNES de CONGENIE (Edouard), Relation du voyage, Journal de la Société des Océanistes, n°26, 1970.
  • 2 LAVAL (Honoré), Mémoires pour servir à l’histoire de Mangaréva 1834-1871, par C W Newbury et P O’Reilly, Société des Océanistes n° 15, Paris, éd. Musée de l’Homme, 1968.
  • 3 Annales de la Propagation de la Foi, vol. 38, 1866. http://www.rongorongo.org/eyraud/52.html
  • 4 GORODE ( Waia), Les souvenirs d’un Néo-Calédonien ami de Maurice Leenhardt, Paris, éd. Rh Leenhardt, 1976.
  • 5 GROS (HENRI), Les populations de la Polynésie française en 1891 étude ethnique, Bulletin de la société d’anthropologie de Paris, 1896, vol 7. http://www.persee.fr/web/revues/
  • 6 ROSSILE (Richard), Le kava à Wallis et Futuna : survivance d’un breuvage océanien traditionnel, col. Îles et Archipels, Paris, CRET1999.
  • 7 DELBOS (Jean-Paul), La mission du bout du monde, la fantastique aventure des bâtisseurs de cathédrales dans l’archipel des Gambier, Papeete, éd. de Tahiti, 2002

++++Vocabulaire

  • ’Aliki : ce qui relève du sacré a Wallis et Futuna.
  • Atua : un dieu dans la religion polynésienne.
  • Ahu : pierres dressées sur les marae et sous lesquelles étaient enterrés les ancêtres.
  • EFO : Etablissements français d’Océanie.
  • Kanac : nom générique donné à l’ensemble des indigènes océaniens.
  • Katekita : catéchiste catholique.
  • Mamaia : (fruit trop mûr) mouvement de contestation aux missions à Tahiti entre 1827 et 1841.
  • Mana : terme polynésien désignant une force, un pouvoir surnaturel.
  • Marae : esplanade en pierre sur laquelle se déroulaient les cérémonies des cultes polynésiens.
  • Maro’ ura : ceinture de plumes rouges, blanches ou jaune, symbole de suprématie, portée par les chefs à Tahiti.
  • Millénarisme : mouvement religieux développé par les adventistes en Europe et caractérisé par l’attente d’un salut collectif selon une interprétation d’un passage de l’Apocalypse de l’apôtre Jean, le Christ reviendra régner sur terre pendant mille ans.
  • Nata : pasteur mélanésien.
  • Popoi : pâte de banane écrasée.
  • Revival : littéralement renaissance. Ce terme désigne le renouveau protestant au XIXè siècle qui s’accompagne des départs en mission à travers le monde colonisé.
  • Rongo-rongo : système d’écriture gravée sur des tablettes en bois et découvert sur l’île de Pâques par le Frère mariste Eugène Eyraud.
  • Réduction : modèle de mission catholique initié par les Jésuites et consistant à regrouper les convertis autour d’une structure économique et religieuse permettant de vivre en autarcie tout en isolant des païens.
  • Sanito : Eglise mormone de Tahiti.
  • Syncrétisme : fusion de plusieurs rites et doctrines religieux.
  • Teacher : catéchiste protestant.
  • Tiki ou Ti’i : statue en bois ou en pierre en Polynésie, représentation d’un ancêtre ou d’une divinité.
  • Tiers-Ordre : Association de laïcs chrétiens qui s’engagent à vivre selon les préceptes d’un ordre religieux et à diffuser leur croyance.
  • Tui : désigne les souverains à Tonga.
  • Vicariat apostolique : Territoire en voie de christianisation sur lequel s’exerce l’autorité d’un évêque ou d’un prêtre. Le Vicariat est l’équivalent du diocèse dans les régions qui n’en disposent pas encore.

++++Annexes

Annexe 1 : les principales sociétés de missions oeuvrant en Océanie


*P : protestant *C : catholique

Annexe 2 : les premières Eglises dissidentes américaines en Océanie

Annexe 3 : aspects des influences européennes en Océanie jusqu’en 1939

CAP : Capucins ; IS : missionnaires d’Issoudun ; JES : Jésuites ; M : Maristes ; P : Picpuciens ; + : assassinat ; Deux dates pour un même pays de tutelle : protectorat puis colonie ; AUS : nation occupante au début de la Première Guerre mondiale.

++++Biographies

Les deux exemples choisis illustrent deux destins marqués par une forte implication religieuse

Jean-Baptiste Vigouroux

Fondateur de la mission mariste de Saint-Louis (1816-1898).
Né le 24 août 1816 à Aurillac dans le Cantal, il est ordonné prêtre en décembre 1843. Une rencontre va être déterminante pour son engagement futur : celle de Monseigneur Douarre, premier vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie et de passage en France. Il fait partie à ses côtés du second voyage des missionnaires maristes et atteint la Grande Terre le 7 septembre 1849. Présent à Balade lors de la prise de possession de l’île par la France, son nom figure parmi ceux des signataires de l’ acte de prise de possession. Après avoir fondé en 1854 la mission de Wagap, au sud de Touho, le Père Rougeyron, vicaire apostolique depuis la mort de Monseigneur Douarre, lui confie la réduction de Saint-Louis à côté de Nouméa en novembre 1859. Il est l’initiateur des principales activités qui ont permis à cette mission de participer à l’acculturation des populations indigènes : scierie, imprimerie, sucrerie, usine à décortiquer le riz, écoles, séminaire. Architecte et habile dessinateur, on lui doit le plan de plusieurs églises du territoire parmi lesquelles la cathédrale de Nouméa. Il est curé de Saint-Louis de 1859 à 1869, puis de 1871 à 1898. Entre- temps, il sera le quatrième curé de Port de France (devenu Nouméa en 1866) de 1869 à 1871. Il meurt à Saint-Louis le 30 août 1898, son corps repose au cimetière de la mission.

Soakimi Gatafahefa

Premier prêtre d’Océanie (1838-1896)
Né à Fidji de parents tongiens, il suit son père converti au catholicisme à Wallis puis à Futuna. Remarqué par Monseigneur Bataillon, vicaire apostolique de l’Océanie centrale, il est envoyé à 14 ans au séminaire de Lano puis entre au collège de la Propagande à Rome qui forme gratuitement une centaine de postulant. Après neuf années d’études, il est ordonné prêtre le 10 juin 1865, devenant ainsi le premier prêtre océanien. Il visite des missions maristes en France, puis repart vers le Pacifique. Il exerce successivement aux Samoa puis à Tonga et se heurte aux protestants déjà implantés ainsi qu’à sa famille non convertie. Il est transféré à Futuna en 1868 puis à Wallis en 1869 où il retrouve le séminaire de Lano. Isolé, placé entre deux cultures, il éprouve des difficultés à respecter les préceptes de sa charge, mélangeant la soutane aux tenues traditionnelles, ignorant le voeu de célibat. Sa hiérarchie l’interdit de sacrement en 1873 et l’écarte au plus vite. Il fait un bref séjour à Saint-Louis en 1876, puis est envoyé en Nouvelle-Zélande. L’évêque de Wellington, Monseigneur Redwood, accepte de l’accueillir à condition que son passé ne soit pas révélé. Celui qu’on appelle désormais Brother Joe finit ses jours au séminaire de Greenmeadows où il reste longtemps le seul océanien tout en participant à la vie spirituelle et économique de l’établissement. Il décède en 1896.

++++Bibliographie

  • ANGLEVIEL (Frédéric), Religion et sacré en Océanie, Actes du douzième Colloque Corail, Paris, éd. L’Harmattan,2000.
  • ANGLEVIEL (Frédéric), ss. la dir. de, Rivalités coloniales et missionnaires en Océanie, Paris, Histoire et missions chrétiennes, n° 6, ed. Karthala,2008.
  • BARBE ( Dominique), Histoire du Pacifique des origines à nos jours,Paris, éd. Perrin,2008.
  • COMBY (Jean), Diffusion et acculturation du christianisme, col. Mémoire d’Eglises, Paris, éd. Karthala, 2005.
  • FER (Yannick), Pentecôtisme en Polynésie française, l’évangile relationnel, Genève,éd. Labor et Fides, 2005.
  • LAUX (Claire),Les mouvements millénaristes dans le Pacifique in : Missions et identités autochtones, Paris,éd. CREDIC, 2006.

Publications périodiques

  • GUIART(Jean) et WORSLEY ( Peter), La répartition des mouvements millénaristes en Mélanésie dans Archives de Sociologie des Religions, 1958.
  • LAUX( Claire), Modèle Clovis, modèle Moshesh ou malentendu productif ? Part des missionnaires et part des chefs dans l’installation de « théocraties chrétiennes » à Tahiti, Hawaii, aux Tonga,aux îles Cook, dans l’archipel des Gambier et à Wallis et Futuna,,Journal de la Société des océanistes, n°113, 2001.
  • SAURA( Bruno), Entre prophétisme autochtone et millénarisme chrétien:le mouvement Pupu Autahu’ ara’ a de Tahiti et des Tuamotu ( 1905-1912), Journal de la Société des océanistes, n°104, 1997.
  • Maurice Leenhardt aux Archives de la Nouvelle-Calédonie,Mwà Véé, n° 31, 2001.

Ouvrages contemporains du sujet

  • CROCOMBE (R. G. and Marjorie), Records of a polynesian traveller in the south seas, 1833-1896,Canberra, éd. National Library of Australia, 1968 (traduit en français par : PISIER Georges, Le témoignage de Ta’unga, Nouméa,éd. Société d’études historiques de la Nouvelle-Calédonie, 1980.)
  • GORODE (Waia), Les souvenirs d’un Néo-Calédonien ami de Maurice Leenhardt, Paris, éd. Rh Leenhardt, 1976.
  • HENRY ( Teuira), Tahiti aux Temps Anciens,Paris,Société des Océanistes, 2004.
  • LAVAL (Honoré), Mémoires pour servir à l’histoire de Mangareva 1834-1871, par C W Newbury et P O’Reilly, Société des océanistes n° 15, Paris,éd. Musée de l’Homme, 1968.
  • LEEHNARDT (Maurice), Do Kamo, la personne et le mythe dans le monde mélanésien, coll Les essais, NRF, Paris,éd. Gallimard, 1971.

Liens utiles


titre documents joints

Fiche 3P.16/17/18/19 histoire première

7 août 2010
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L’environnement religieux en Océanie à l’époque coloniale : impacts sur les populations


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