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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

Dix ans de guerre à Bougainville

samedi 17 juillet 2010 par Hélène GOIRAN, Morgane JAFFRE-COLOMBANI

Dossier documentaire élaboré dans le cadre du Trinôme académique de Nouvelle-Calédonie en août 2009

Programme d’histoire-géographie de CAP

Proposition pour une constitution de dossier sur le thème n°2 :
« guerres et conflits contemporains ».

10 ANS DE GUERRE À BOUGAINVILLE : POURQUOI ?

Présentation du dossier (cette page est réservée aux enseignants. Les suivantes sont destinées aux élèves. Pour certains documents, plusieurs versions sont proposées.)
- Le document 1 présente le conflit en quelques paragraphes.
- Les documents 2 et 3 montrent que le contexte historique et géographique ne favorise pas l’apparition d’une unité identitaire entre la province de Bougainville et l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée dont elle fait partie.
En effet, la population de Bougainville, proche géographiquement et humainement de celle des îles Salomon, apparaît bien différente de celle du reste de la PNG.
On peut noter que la composition du drapeau de l’État, divisé en deux parties noire et rouge, la noire étant placée au dessus de la rouge, peut s’interpréter comme l’illustration de la domination des gens de Bougainville par ceux de la grande île.
- Le document 4 permet de comprendre l’une des principales causes du conflit (et son élément déclencheur) : la mine de Panguna. En effet, l’exploitation minière ne profitait que peu aux Bougainvilliens mais altérait beaucoup leurs conditions de vie.
- Le document 5 illustre l’accord de paix, dont le contenu est très comparable aux accords de Matignon et de Nouméa, et qui est porteur d’espoir pour Bougainville. En effet, petit à petit, la paix se consolide, le développement économique et social reprend, les nouvelles institutions se mettent en place
- Les documents 4 et 5 permettent également d’identifier des acteurs du conflit.

Pour en savoir davantage
On trouvera sur Internet de très nombreux documents sur le conflit de Bougainville, essentiellement en anglais. Parmi les rares ressources en français, on peut notamment recommander :
- un rapport du Rapporteur spécial les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires de la commission des droits de l’homme du conseil économique et social des Nations Unies sur sa mission à Bougainville en octobre 1995, que l’on trouve à l’adresse :
http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huridoca.nsf/TestFrame/54bb8480a820130d8025668f003d5343?Opendocument
- une étude de cas sur le rôle des femmes dans la résolution du conflit du Fond des Nations unies pour la Femme, que l’on trouve à l’adresse :
http://www.unifem.org/attachments/products/GettingItRight_fre.pdf
Pour des illustrations, on peut visiter le site personnel d’un militaire australien ayant participé aux missions de soutien de la paix à Bougainville : www.opbelisi.com
Pour des textes précis, tels que les accords de paix, on se réfèrera au site très documenté de l’organisation non-gouvernementale Conciliation Resources :www.c-r.org

Enfin, la lecture du passionnant roman « Mr Pip » du Néo-Zélandais Lloyd Jones (Publié en français chez Michel Lafon en 2008) peut apporter aux enseignants et aux élèves une expérience complémentaire bouleversante. On peut imaginer un travail en cours de français sur cet ouvrage.

Depuis l’arrivée des soldats à Bougainville, il ne reste qu’un seul Blanc dans le village où habite la jeune Matilda. Il s’appelle M. Watts, porte un nez de clown, promène sa femme dans un chariot et s’improvise maître d’école. Chaque leçon commence par la lecture à voix haute d’un chapitre des Grandes Espérances, écrit par l’un de ses amis, M. Dickens. Alors que les échanges de tirs résonnent dans les montagnes, Matilda et ses camarades se passionnent pour les aventures vieilles d’un siècle d’un petit orphelin surnommé Pip, dans une ville appelée Londres, dont les contours leur semblent bientôt plus réels que leur région à feu et à sang. À leur tour, quelques adultes du village poussent la porte de l’école et viennent raconter leurs histoires, pour transmettre aux enfants la sagesse des anciens. Mais dans une île ravagée par la guerre, l’imagination ne protège pas toujours de la folie des hommes.

Document 1 : présentation générale du conflit de Bougainville (1988-1998)

L’île de Bougainville et les îles plus petites associées, notamment celle de Buka, font partie, géographiquement, de l’archipel des Salomon. Leur incorporation au territoire de l’État indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) en tant que North Solomons Province est une conséquence des partages coloniaux.

L’exploitation de la grande mine de cuivre et d’or de Panguna par la compagnie Conzinc Rio Tinto Australia (CRA) a commencé en 1972, avant l’indépendance de la PNG (1975). À partir de la fin des années 1970, les revenus de la mine représentaient environ 40 % des exportations de la PNG et 20 % des recettes de l’État. Pour les communautés locales, la mine rapportait peu et causait des dégâts immenses à l’environnement.

En 1988, un groupe de Bougainvilliens mécontents, mené par Francis Ona, a commencé à réclamer une plus grande part des profits de la mine et des dédommagements plus importants pour les dégâts, notamment la déforestation et la pollution des cours d’eau. Ses demandes n’ayant pas été satisfaites, le groupe d’Ona a commencé à s’attaquer au personnel et à mener des opérations de sabotage qui ont provoqué la fermeture de la mine en mai 1989.

L’armée papouasienne [1] (Papua New Guinea Defence Force, PNGDF) a été envoyée face à l’armée révolutionnaire de Bougainville (Bougainville Revolutionary Army, BRA) composée des hommes de Francis Ona et de groupes indépendantistes. Les Bougainvilliens opposés à l’indépendance ont formé leur propre milice, appelée Force de résistance de Bougainville (BRF). La BRF et la PNGDF sont restées maîtres de Buka, tandis qu’une grande partie de Bougainville, y compris la zone autour de la mine, est restée aux mains de la BRA. Les deux camps étaient équipés d’armes de fabrication artisanale et d’armes récupérées de la Seconde Guerre mondiale. La BRA avait aussi des armes automatiques entrées en fraude et la BRF des armes fournies par la PNGDF.

En juillet 1996, après sept ans de guerre et plusieurs négociations de paix officielles mais éphémères, des centaines de femmes [2] de Bougainville ont commencé à organiser des marches, manifestations diverses et veillées pour demander aux belligérants de faire la paix.

En 1997, le gouvernement de PNG a décidé de recruter des mercenaires britanniques et sud-africains pour écraser la BRA et reconquérir la mine. Ce fut un scandale, le Premier ministre a démissionné et les mercenaires sont repartis de PNG sans être allés jusqu’à Bougainville. Cette affaire a relancé les négociations et, le 30 avril 1998, l’Accord d’Arawa a été signé. Il prévoyait un cessez-le-feu. Un Groupe multinational de surveillance de la paix (Peace Monitoring Group, PMG) et un Bureau politique des Nations unies à Bougainville (UNPOB) ont été mis en place.

En mars 2000, les parties en conflit ont signé l’Entente de Loloata qui prévoyait le désarmement de tous les miliciens, la préparation de l’autonomie politique de la province et un éventuel scrutin d’autodétermination. Début 2001, les dirigeants des BRF et de la BRA ont conclu un accord sur le dépôt des armes. Ils ont rencontré les représentants du gouvernement de PNG et élaboré avec eux l’Accord de paix global de Bougainville qui a été a été signé le 20 août 2001. Cet accord comprend un plan d’élimination des armes [3], organise l’autonomie de la province et prévoit un référendum 5 à 15 ans après la date de l’accord.

Le processus se poursuit. Le transfert de compétences de Port Moresby vers Bougainville est en cours, notamment dans le domaine minier. La réouverture de la mine de Panguna est envisagée.
En juin 2010, un nouveau président de la région autonome a été élu. John Momis, figure emblématique de l’île et précédent ambassadeur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en République populaire de Chine, est un homme au charisme certain et aux projets ambitieux.

Document 2 : la région et ses frontières

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Document 3 : la population de la PNG

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Document 4

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Document 4bis

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Document 4ter : images de la guerre

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Document 5 : la paix

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Défilé avant la cérémonie de signature de l’accord de paix, le 30 août 2001. Le leader de Bougainville, Joseph Kabui, est à gauche et Sir Mekere Morauta, le Premier ministre de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, est à droite.
Photo du site de l’organisation « Conciliation Resources » (www.c-r.org)

Document 5bis : la paix

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[1Cette terminologie respecte la recommandation parue au Journal officiel n°0223 du 24 septembre 2008.

[2Bougainville est une société matrilinéaire dans laquelle les femmes sont respectées et ont un certain pouvoir.

[3De fin 2001 à début 2003, 1 920 armes à feu ont été récupérées, dont 313 armes de fort calibre, 309 fusils de chasse, 244 reliques de la Seconde Guerre mondiale et 1 054 armes de fabrication artisanale.


titre documents joints

Dix ans de guerre à Bougainville

23 août 2010
info document : PDF
2.9 Mo

Dossier documentaire élaboré dans le cadre du Trinôme académique de Nouvelle-Calédonie en août 2009


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