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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

L’espace calédonien : une ruralité très contrastée

mercredi 14 juillet 2010 par Carole BIDAULT

I.2 Les espaces français du Pacifique

Thème : « L’espace calédonien : une ruralité très contrastée. »

Commentaire du thème dans le programme adapté : « Il s’agit de mettre en évidence
les contrastes de l’espace rural néo-calédonien. Cet espace et les hommes qui y vivent sont
profondément marqués par le passé auquel il faut nécessairement faire référence. »

Notions-clés : espace rural, mise en valeur agricole, terres coutumières, ADRAF, vide,
mode de vie, identité culturelle.

 ORIENTATIONS

Ce document d’accompagnement a pour
but de donner aux professeurs des pistes et
des éléments qui leur permettront de traiter
ce sujet sans altérer toutefois la liberté
pédagogique qui leur appartient pour
aborder ce thème.
L’espace rural est surtout le lieu de
confrontation directe entre les héritiers
d’une colonisation rurale européenne et la
population autochtone qui a largement
conservé son agriculture vivrière. Cette
dichotomie fondamentale est visible dans
la plupart des aspects de la vie rurale
contemporaine : le foncier, le mode de
production, l’utilisation du sol, les types de
production, l’organisation et les circuits
d’échange et de commercialisation de la
production.
L’étude de l’espace rural doit faire
apparaître :
• L’espace agricole.
L’agriculture occupe une place restreinte
dans les activités économiques de la
Nouvelle-Calédonie. Si elle ne représente
qu’une faible part de la richesse du pays
(1,3% du PIB en 1999), la question de la
possession de la terre est au coeur des
préoccupations de ses habitants.
On montre comment s’opère la
restructuration foncière menée par
l’ADRAF depuis 1978. Longtemps
cantonnés dans des « réserves » étroites, les
Kanak réclament depuis les années 70 le
droit de retrouver les terres de leurs
ancêtres. Une partie du domaine foncier
privé a donc été transféré à des clans
kanak, en particulier sur la côte Est. La
rétrocession des terres ne se traduit pas
forcément par une mise en valeur agricole.
On met ensuite en évidence les différents
types d’espaces agricoles rencontrés et les
contrastes de valorisation.
• Les modes de vie ruraux identitaires
On distingue deux représentations
identitaires de l’espace rural : la
brousse « caldoche » et l’espace kanak.
Cette dualité des modes de vie est un
héritage de la période coloniale. Il s’agit de
mettre en évidence les modes de vie
dominants dans l’espace rural néocalédonien,
leurs spécificités, leurs
perceptions et leurs appropriations
différenciées de la terre.
• Les espaces du vide
En Nouvelle-Calédonie, la SAU ne
représente que 10% de la superficie totale.
Le relief montagneux et les terres peu
fertiles limitent les possibilités de
valorisation. Cependant, il existe d’autres
espaces caractérisés par leur vide qu’il
convient de souligner : l’espace minier, les
espaces tabou, les espaces littoraux et
forestiers.

Pour comprendre l’espace rural néocalédonien,
il convient de montrer ses
évolutions historiques.
Dans un premier temps, il s’agit d’étudier
l’espace agricole en le situant dans le
contexte de la colonisation, des problèmes
fonciers puis de la réforme. Un bilan des
activités de l’ADRAF est nécessaire pour
bien cerner les enjeux de l’espace
agricole : les acquisitions, les attributions
et les répartitions entre les différentes
communautés. On peut s’appuyer sur
l’Accord de Nouméa et la loi organique
pour définir le rôle de cette structure.
Ensuite, on fera apparaître les cinq types
d’exploitation agricole : les grandes
propriétés extensives spécialisées (station
d’élevage), une petite polyculture, une
agriculture intensive et moderne (exemple
de l’aquaculture ou des fermes périurbaines),
une agriculture d’exportation
(le squash, le letchi), une agriculture kanak
entre subsistance et développement.
Dans un deuxième temps, on doit présenter
les modes de vie ruraux identitaires, leurs
grands traits, leurs paysages marqués et
montrer leurs évolutions. Les ruraux néocalédoniens
rejoignent l’agglomération de
Nouméa par nécessité et perdent leur mode
de vie paysan sans toutefois oublier leur
identité culturelle, quelle que soit la
communauté. On constate un retour à la
vie rurale au moment de la retraite.
Enfin, les espaces du vide peuvent être
appréhendés à partir de cartes ou de
photographies. Les possibilités d’exemples
offerts ne manquent pas : les espaces
miniers, en activité le jour, sont
indéniablement vides la nuit.
L’exploitation minière à ciel ouvert peut
créer des friches où la revégétalisation
naturelle ou artificielle est impossible.

 MISE AU POINT SCIENTIFIQUE

 Le foncier occupe une place centrale dans la société néo-calédonienne.

Lorsque les Européens abordent la Nouvelle-Calédonie, l’archipel est occupé par une
civilisation agraire multiséculaire. Cette civilisation est organisée en clans regroupant les
descendants d’un ancêtre commun, liés entre eux par un jeu d’alliances complexes. Chaque
clan, dans cette société traditionnelle, occupe ou étend son influence sur un territoire. Les
noms de lieux, les anciens emplacements de cases et de cultures et chaque élément du paysage
rappellent un épisode de l’histoire dont la tradition est conservée oralement. L’espace foncier
traditionnel ne se limite pas aux terres, forêts, montagnes et vallées mais aussi aux rivières,
rivages et récifs. La notion de propriété foncière kanak s’apparente à la notion de patrimoine
collectif réparti entre les membres du groupe à l’intérieur du territoire du clan. La jouissance
se transmet aux descendants mâles, sous le contrôle de l’aîné.

Avant l’arrivée des Européens, les cultures pratiquées concernent diverses variétés
d’ignames, le taro d’eau, la patate douce et quelques espèces de bananiers. L’introduction de
ces plantes est très ancienne, elle remonte au peuplement de l’Océanie lors des différentes
phases migratoires successives venant d’Asie. L’igname occupe une telle place dans la société
qu’on peut parler de civilisation de l’igname. Elle sert de support rituel et son échange est un
élément significatif des échanges coutumiers. Sa culture est l’objet de tous les soins. Elle se
pratique selon un calendrier qui met en relation activités agricoles et activités rituelles. La
culture du taro d’eau est associée à celle de l’igname. L’igname est cultivée par l’homme, le
taro par la femme. Les pratiques culturales traditionnelles, notamment le brûlis, nécessitent
de longues jachères de 3 à 10 ans et les terrains nécessaires à leur pratique représentent 6 à 10
fois la superficie cultivée sur une année.

Document 1 : Calendrier de la culture de l’igname – d’après M. Leenhardt

Avec la prise de possession française en 1853, l’organisation sociale et foncière des
clans kanak sur la Grande-Terre est bouleversée pour permettre une colonisation agricole
européenne. A la suite des opérations de cantonnement et des destructions opérées par le
bétail, les terroirs aménagés se rétrécissent en provoquant une modification des pratiques
agricoles. Les dépossessions foncières ont eu pour conséquences les insurrections de 1878,
1917 mais aussi celles des années 80. La maîtrise foncière est chargée d’une dimension
politique et identitaire aussi bien pour la société kanak que pour la société issue de la
colonisation.

Document 2 : Coupe transversale d’une vallée de la côte Est - C. Terrier-Douyère

Le patrimoine foncier de la colonisation s’est constitué en trois phases. Entre 1860 et
1880, une période d’accaparement rapide s’opère, liée à la dynamique du front pionnier
pastoral sur la côte Ouest. La surface appropriée représente 230 000 ha. Ensuite, l’heure est à
la petite colonisation paysanne, pénale ou libre, plus peuplante et moins dévoreuse de terre.
Au début du XXe siècle, les propriétés européennes couvrent 250 000 ha : la colonisation
s’essouffle et se traduit par une forte concentration de petites et moyennes propriétés. Le front
pionnier reprend après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à atteindre le maximum de surface
accaparée, aboutissant à un affrontement avec les Kanak engagés dans une politique de
reconquête des terroirs perdus. A la fin des années 70, la propriété européenne atteint un
maximum de 390 000 ha.

Dès le début de la colonisation, les Européens se sont emparés des plaines tandis que
les Kanak étaient repoussés dans les montagnes et les fonds de vallées. Le « boom » du nickel
rend la montagne attractive à la fin des années 60 : les tribus sont une nouvelle fois menacées
de délocalisation. La population autochtone refuse cette fois ce remaniement qui les exclut
encore de la société « moderne ». Sous la pression démographique, les Kanak commencent à
se sentir à l’étroit dans les périmètres de « réserves ». A partir de 1970, l’émergence de
revendications foncières et identitaires a conduit les pouvoirs publics à promouvoir une
politique foncière. Elle débute en 1978 avec le premier plan de réforme foncière du ministre
Paul Dijoud. L’action foncière est intervenue exclusivement sur la Grande-Terre où s’étaient
installés les nouveaux arrivants. Depuis la fin du XIXe siècle les îles Loyauté sont en effet
des « réserves intégrales ». Elles n’ont pas été ouvertes à la colonisation agricole européenne.

 Un foncier en cours de restructuration

De 1978 à nos jours, la réforme foncière a fait intervenir quatre opérateurs fonciers : le
Territoire de 1978 à 1982, l’Office foncier de 1982 à 1986, l’ADRAF, établissement public
territorial de 1986 à 1988, devenu établissement public d’Etat en 1989. « Ainsi, la mise en
oeuvre de la réforme foncière en Nouvelle-Calédonie oscille durant les 20 dernières années
entre une prise en charge par les institutions locales et une prise en charge par l’Etat. Il faut
y voir la difficulté de proposer une politique sur un domaine particulier, objet de contentieux
nés de la colonisation. Il aura fallu, au nom d’un nécessaire consensus local sur le sujet,
tantôt actionner le levier local, tantôt faire appel à un arbitrage extérieur, celui de l’Etat ».
(Source : La réforme foncière en Nouvelle-Calédonie 1978-1998, ADRAF, Nouméa, septembre 2000).

L’Accord de Nouméa fixe un plan qui prévoit à terme une prise en charge locale.
Les objectifs de l’ADRAF sont :

  • satisfaire les revendications des Kanak formulées depuis les années 70,
  • répondre aux demandes d’installation et de sécurisation des Européens,
  • gérer les contradictions nées des politiques foncières successives
  • et engager un processus de développement économique sur les terres attribuées.
    La réalisation de ces objectifs s’est appuyée sur un transfert des titres de propriétés.
    Les opérateurs fonciers ont procédé à des opérations d’acquisition et d’attribution de terres
    concernant autant le domaine public que le domaine privé. 150 000 ha de terres ont changé de
    propriétaires au bénéfice de plus de 650 attributaires : clan, tribu, collectivités ou particuliers.
    Le rééquilibrage foncier a été opéré en faveur des terres coutumières. Cependant les
    superficies concernées et les qualités des sols sont très variables. L’ADRAF dispose d’outils
    juridiques :
  • les offres de ventes des particuliers
  • les déclarations d’intention d’aliéner
  • le droit de préemption, ,
  • les transferts de terrains domaniaux (Etat, Territoire, Provinces, communes).

Document 3 : Répartition géographique des acquisitions réalisées dans le cadre de la
réforme foncière de 1978 à 1998

Les attributions foncières se répartissent selon différents modes :

  • l’attribution de type individuel, payante pour les citoyens de statut civil commun,
    ou gratuite pour les citoyens de statut civil particulier qui ont pu faire valoir leur
    lien à la terre ;
  • des attributions au titre des demandes coutumières sous la forme d’un GDPL
    (groupement de droit particulier local), en agrandissement de réserves autochtones
    ou en propriété clanique ;
  • enfin, des attributions au profit des collectivités locales pour la réalisation
    d’équipements publics.

Document 4 a : Attribution individuelle, Bouloupari, côte ouest.

Document 4 b : Répartition géographique des attributions individuelles de 1978 à 1998.

Document 5 a : Répartition géographique des attributions réalisées au titre du lien à la
terre de 1978 à 1998.

Document 5 b : Réserve autochtone de Moméa, Moindou, côte ouest.
Les impacts de la réforme foncière à grande échelle : l’exemple de la commune de
Bouloupari. Ce document peut constituer un point de départ pour l’étude de ce thème.

Document 6 : La réforme foncière sur la commune de Bouloupari – ADRAF -
L
’Accord de Nouméa (annexe 1) accorde une large place à la terre qui est citée
doublement, au titre de l’identité kanak, et au titre du développement économique et social,
notamment dans l’article1.4. Le préambule évoque « la mise en place de nouveaux
mécanismes juridiques et financiers pour répondre aux demandes exprimées au titre du lien à
la terre, tout en favorisant sa mise en valeur ». Le document d’orientation affirme le rôle de
la terre dans la formation de l’identité culturelle kanak, tout en confirmant le droit de
propriété privée. Il établit la coexistence de deux types de statuts fonciers, les terres de droit
commun et les terres coutumières, en affirmant la nécessité de la mise en place d’outils de
développement sur les terres coutumières.
Ce texte réaffirme également le rôle de l’ADRAF en tant qu’opérateur de la réforme
foncière.

La loi organique (annexe 2) définit pour l’exercice du droit de propriété en Nouvelle-
Calédonie, trois catégories de terres : la propriété privée, la propriété publique et les terres
coutumières (article 6). Les terres coutumières sont définies par l’article 18. Ces trois
catégories de terres constituent aujourd’hui le cadre juridique de la propriété foncière. Sur la
Grande Terre, la répartition foncière est la suivante : 64% de terres publiques (soit 1 035 644
ha), 19% de terre privées de droit commun (soit 315 524 ha), 17% de terres coutumières (soit
281 532 ha).
Une vingtaine d’années d’actions foncières a considérablement modifié l’espace
foncier néo-calédonien mais le rééquilibrage n’est pas homogène d’une commune à l’autre.

Document 7 : Evolution des parts respectives entre foncier mélanésien et non
mélanésien en 1978 et 1998.

 Des modes de vie ruraux identitaires.

Le monde rural contemporain est né du processus de colonisation de terres déjà
occupées par un peuple autochtone.
La terre dans la société kanak revêt une valeur identitaire : elle est le fondement de
l’organisation sociale. Chaque homme est attaché à une terre à laquelle il fait référence pour
se définir. La colonisation a bouleversé ce rapport étroit entre l’homme et la terre,
particulièrement sur la Grande Terre. La mise en place de réserves et de tribus (arrêté du 22
janvier 1868) a créé de nouveaux espaces, souvent artificiels, en regroupant en un même lieu
des clans d’origines diverses. De nouvelles relations se tissent entre les clans, faisant naître
une organisation néo-coutumière, de telle sorte que la tribu prend une place importante dans
l’organisation sociale actuelle de la communauté kanak. La terre constitue la carte d’identité
de la communauté kanak mais elle aussi la terre nourricière. Elle sert autant à la production
vivrière comme à la production marchande. Mais l’agriculture kanak a surtout vocation d’être
une agriculture de subsistance. La terre peut être aussi un instrument de pression politique sur
les clans accueillis, non-propriétaires ou dépossédés.La revendication des terres spoliées par
l’administration a d’ailleurs rapidement pris une tournure politique. Enfin, la prise de
conscience de la valeur marchande de la terre conduit à une modification du rapport à la terre
et peut constituer une source de conflit, notamment lors des redistributions.

Lorsque l’administration coloniale entreprend d’implanter des populations en
Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle, la société métropolitaine est encore à forte dominante
rurale. La colonisation rurale européenne est marquée par :

  • l’introduction d’espèces nouvelles,
  • le renouvellement des méthodes culturales,
  • la diffusion du modèle de la plantation.

La canne à sucre, le coton, le café n’ont pas connu les succès escomptés. Les cultures furent
vite abandonnées au profit de l’élevage, extensif ou semi-extensif, essentiellement bovin et
concentré sur la côte Ouest. L’élevage extensif est donc la plus ancienne et la plus répandue
des activités agricoles européennes. Le « broussard » est un propriétaire-exploitant du sol sur
lequel il vit. Il existe de fortes disparités entre petites et grandes exploitations. Il se dégage un
paysage de station typique de la côte ouest avec ses parcelles fermées de clôtures barbelées
tendues sur des poteaux de gaïac ou de niaouli, ses paddocks et ses piscines pour le bain du
bétail, le stockyard pour soigner et trier le bétail, un grand hangar pour abriter le matériel
agricole, une éolienne pour pomper l’eau, des chiens bleus, des écuries et le 4x4 aujourd’hui.
La brousse, porte d’entrée des premiers Européens, est le berceau d’un fort sentiment
communautaire.

 Les espaces du vide

La notion de vide s’oppose par définition à la notion de plein. La logique n’est pas
celle de la concentration de population ou d’activité mais celle de la diffusion. Dans ces lieux
où l’espace n’est pas compté, la mesure de l’activité humaine est délicate. Les densités de
population et d’aménagements sont faibles, tout comme l’attractivité de l’espace.


titre documents joints

L’espace calédonien : une ruralité très contrastée

14 octobre 2010
info document : PDF
261.1 ko

Accompagnement du programme adapté de géographie en première bac pro.


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