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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

L’évolution des rapports entre sociétés et religion en Indonésie

mercredi 14 juillet 2010 par Bertrand SOYARD

3.2 LE FAIT RELIGIEUX DEPUIS 1850

L’EVOLUTION DES RAPPORTS ENTRE SOCIETES ET RELIGION EN INDONESIE

LES NOTIONS : Etat séculier/Etat religieux, fondamentalisme, laïcisme, oecuménisme,
syncrétisme.

REMARQUES :

L’islam représente la religion
dominante en Asie du Sud-Est. En Malaisie, au
sultanat du Brunei, l’islam est la religion
officielle et l’Indonésie est le premier pays
musulman du monde en terme démographique
(population en 2000 : 212,1 millions
d’habitants dont 89% de musulmans sunnites).
En Nouvelle-Calédonie l’islam est surtout
pratiqué par la communauté indonésienne qui
représente 2,5% de la population ; le territoire
compte aussi, parmi les descendants des
transportés (1800) et des déportés (119) du
Maghreb quelques Néo-Calédoniens pratiquant
aujourd’hui cette religion. Aucune femme
originaire d’Afrique du Nord n’ayant pu
accompagner ces transportés ou déportés, plus
de la moitié des Arabes restèrent célibataires et
des mariages mixtes intervinrent, entraînant
une rapide acculturation de cette petite
communauté.

Ainsi, étant donné que la religion musulmane
est pratiquée en Nouvelle-Calédonie, surtout
par la communauté indonésienne, et que l’on
constate depuis la fin du XX ème siècle une ré
islamisation de la société en Indonésie, il peut
être intéressant de consacrer une séance à
l’étude des rapports entre sociétés et religion
en Indonésie.

COMMENTAIRES :

Cette séance d’une heure
dans le programme d’histoire a pour objectif
d’analyser les rapports entre société et religion
en Indonésie autour d’une problématique :
« l’islam indonésien se veut majoritaire, mais il
estime être minoré politiquement. La
réislamisation de la société à l’oeuvre depuis
les années 1970 peut-elle remettre en cause la
forme politique séculière quasi-laïque de l’Etat
indonésien ? ».

Cette problématique s’inscrit dans la
problématique générale énoncée dans
l’accompagnement des programmes nationaux :
« Il s’agit ici, au nom du respect des libertés et
des droits de l’homme, de dénoncer les dérives
communes aux trois monothéismes, le
fondamentalisme (…). A l’inverse, il faut
mentionner les efforts de certains dignitaires
religieux pour rapprocher leurs communautés
et faire entendre, dans ce qu’il a de meilleur,
le message des religions face aux grands
problèmes de notre époque ».
L’Indonésie est tiraillée aujourd’hui entre deux
grandes tendances : la modernité et
l’acceptation des grands bouleversements des
sociétés contemporaines d’une part, le
fondamentalisme et le retour à la stricte
observance des textes d’autre part. Des
mouvements politiques et identitaires,
consécutifs à la tourmente socio-économique
de l’après Soeharto, sont tentés par le
radicalisme. La crise des années 1990 offre une
clientèle potentielle à l’expression extrême de
l’islam.

Cependant, il est important de souligner que
l’Indonésie participe activement à
l’Organisation de la conférence islamique
(O.C.I.) où elle cherche à défendre et illustrer
le modèle musulman du Pacifique avec un
grand esprit de tolérance. L’islam indonésien
est plus syncrétique que dans le monde arabe
car il intègre de nombreuses coutumes (adat)
préexistantes à l’islamisation relativement
récente (XVème, XVIème siècles) de Sumatra et
de Java.

SUPPORT DOCUMENTAIRE

Document 1 :

JPEG - 27 ko
Carte des aires d’extension des religions en Indonésie
Source : document auteur.

En Indonésie, l’islam sunnite (87% de la population) est arrivé entre les XIIIe et XVe siècles
par l’intermédiaire des marchands perses et arabes. La propagation initiale de l’islam a
marqué durablement la carte religieuse de l’archipel, puisque ses premières têtes de pont
correspondent aux actuels bastions musulmans : Sumatra, Java, sud de Bornéo et sud de
l’archipel des Célèbes. Par contre, l’est du pays n’est guère touché du fait de l’arrivée des
Portugais et des Néerlandais qui répandent le christianisme.

Le protestantisme (6.5% de la population) est arrivé peu après l’islam dans les bagages des
navires hollandais. Ils s’est implanté là où l’islam était inconnu ou bien n’avait pas pris
racine : essentiellement dans le Grand Est, chez les peuples animistes, mais aussi à Sumatra
Nord (chez les Batak), ainsi que dans quelques régions de Java Central.

Le catholicisme (3.1% de la population) a été introduit par les Portugais à partir de 1511. Les
religions chrétiennes représentent des points d’attache culturels pour certains groupes
ethniques. Divers formes de protestantisme sont répandues parmi les Batak, les Papous, les
Dayak, tandis que le catholicisme a conquis les Flores et le Timor-Oriental qui a fait
récemment sécession avec l’Indonésie.

Les religions préislamiques, l’hindouisme et le bouddhisme, (respectivement 1.9% et 1% de
la population) revêtent un caractère assez résiduel avec des adeptes marginalisés dans les
montagnes de Tengger et autres lieux subsidiaires de l’île de Java. Toutefois, à Bali,
l’hindouisme a épousé l’identité locale et manifeste une belle résistance.

L’animisme a survécu de manière presque intacte dans quelques régions comme à Sumba et
dans certaines parties d’Irian Java.

Certes, de nos jours, l’islam est la religion majoritaire en Indonésie, et continue à se répandre
avec les colons venus des îles surpeuplées de l’Ouest de l’archipel (Java en particulier).
Toutefois, sa géographie et son intensité continuent d’être déterminées par les conditions
historiques de son introduction. Les religions minoritaires ne concernent pas plus de 13% de
la population, mais leur légitimité ancienne, dans le cas des religions orientales, ou leur
dynamisme éducatif et économique, pour ce qui est des religions occidentales en font des
institutions incontournables dans le pays.
Le trait d’union majeur de la population indonésienne est son goût pour la religion. En 1996
on recensait, pour 200 millions d’habitants, 600 000 mosquées, 310 00 temples protestants, 14
000 églises catholiques, 23700 temples hindouistes, 3 900 temples bouddhistes.

Document 2 Les pratiques syncrétiques des musulmans d’Indonésie.

« L’islam, qui tient dans la vie politique et sociale de l’Indonésie une place de premier plan, y présente
des caractères particuliers dans la mesure où beaucoup de musulmans ont conservé des pratiques qui
leur sont propres et qui s’identifient à de véritables survivances de l’époque préislamique. Les sectes
mystiques liées à un soufisme à tendance syncrétiste, sont de ce fait très vivantes […]. Cette situation
explique que l’Etat indonésien ne soit pas un Etat « islamique », mais un Etat reconnaissant les
diverses confessions religieuses présentes sur son sol. »

Dominique & Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, P.U.F.,Paris, 1996.

Tout en évitant l’erreur qui consisterait à ne considérer l’islam indonésien que comme un vernis
superficiel, il ne faut pas négliger tout ce qui survit du passé non musulman de l’Indonésie. Dans ce
pays, l’islam est en réalité intégré à un mélange d’hindouisme, de bouddhisme et d’animisme. Les
croyances anciennes se perpétuent, et c’est ainsi qu’il existe à Java des centaines de lieux sacrés que
l’on dit investis d’énergie spirituelle. L’attitude religieuse des quelques 80 millions de Javanais
compte pour beaucoup dans le sort de l’islam indonésien. La religion de Java est reconnue comme un
fait culturel par l’Etat indonésien sous la rubrique dite des « croyances ». Les divers mouvements qui
se réclament de la « javanité » ne se présentent pas comme les apôtres d’une religion proprement dite,
mais plutôt comme les tenants d’une attitude philosophique et culturelle. La plupart de leurs adeptes se
déclarent également musulmans, même si leur islam est plutôt nominal. François Raillon* s’interroge :
« les Javanais sont-ils musulmans ? »
Les croyances chrétiennes ont, elles aussi, été souvent assimilées aux traditions religieuses ancestrales.
* François Raillon, Indonésie. La réinvention d’un archipel, La documentation Française, Paris, 1999.

Document 3a. La réislamisation de la société indonésienne.

JPEG - 23.8 ko

Document 3b. L’intervention des miliciens islamistes en Irian Jaya.

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L’Indonésie est tiraillée aujourd’hui entre deux grandes tendances : la modernité et l’acceptation des
grands bouleversements des sociétés contemporaines d’une part, le fondamentalisme et le retour à la
stricte observance des textes d’autre part. Le document 3 évoque la ré islamisation de la société. Nous
pouvons suggérer aux élèves de travailler sur la problématique suivante : quels sont les facteurs qui
ont favorisé la réislamisation de la société indonésienne ?
La réislamisation de la société est un spectre qui hante l’après-Soeharto. Les grandes organisations
musulmanes reviennent sur le devant de la scène politique. Dans la tourmente socio-économique qui
suit la crise conjoncturelle de la fin du XXe siècle, grande est la tentation du radicalisme. D’autant
qu’une couche démographique particulièrement affectée par le chômage et les sentiments de
frustration offre une clientèle potentielle à l’expression extrême de l’islam : la tranche des 15-24 ans
atteint plus de 20% de la population.
Confrontés au chômage et au déracinement, les jeunes néo-citadins et les marginalisés recherchent le
confort de la communauté religieuse. Certains extrémistes vont même jusqu’à intégrer des milices
islamistes (Lashkar Jihad) pour mener une « guerre sainte » contre les Indonésiens « infidèles »
(document 4). Mais il faut toutefois relativiser l’importance de ces mouvements. En effet, une majorité
d’Indonésiens condamne ces groupes extrémistes, et toute tentative visant à inciter une division
religieuse est rapidement écrasée par le gouvernement. Même s’il est vrai que depuis quelques années
la résurgence islamique travaille l’archipel en profondeur, la devise du pays, « unité dans la
diversité », ne semble pas être remise en cause et le concept islamique n’est pas revenu en force. En
Indonésie l’islam a toujours suivi le chemin de la tolérance.

BIBLIOGRAPHIE

- François Raillon, Indonésie. La réinvention d’un archipel, La documentation Française, Paris, 1999.
- Yves Thoraval, L’ABCdaire de l’Islam, Flammarion, Luçon, 2000.
- Yves Thoraval, Dictionnaire de Civilisation musulmane, Larousse, Tours, 2001.
- Olivier Carré, L’Islam laïque ou le retour à la Grande Tradition, Armand Colin, Paris, 1993.
- Jocelyne Cesari, Faut-il avoir peur de l’islam ? , Presses de Sciences Po, Paris, 1997.
- Lofti Kaïdi, L’Islam, Hachette, Baume-les-Dames, 1995.
Jacques Neirynck et Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Favre, Paris, 1999.
- Michel Reeber, L’islam, Les essentiels, Milan, Aubin, 1998.
- Hassan Al-Tourabi, Islam avenir du monde, J.C. Lattès, Saint-Armand-Montrond, 1997.


titre documents joints

L’évolution des rapports entre sociétés et religion en Indonésie

14 octobre 2010
info document : PDF
78 ko

Accompagnement du programme adapté d’histoire en première bac pro.


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