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La République française et le fait colonial

dimanche 15 mars 2015 par Stéphane MINVIELLE

Conférence donnée à l’ESPÉ (ex-IUFM) de Nouville le mercredi 11 mars 2015.

 INTRODUCTION

DIAPO Le fait colonial est une tâche indélébile dans l’histoire de la République, notamment dans celle de la IIIe qui a construit le second empire colonial français et dans celle IVe et Ve qui ont eu tant de mal à sortir la France du temps colonial pour entrer dans le temps post-colonial. S’il reste encore des sceptiques, je commencerai par citer le DIAPO discours prononcé devant les deux chambres réunies du Parlement algérien par le président de la République François Hollande lors de sa visite officielle en Algérie en décembre 2012 : « La vérité, elle n’abîme pas, elle répare, la vérité, elle ne divise pas, elle rassemble. (…) La vérité je vais la dire ici devant vous. Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. (…) La paix des mémoires, à laquelle j’aspire, repose sur la connaissance et la divulgation de l’histoire ».

DIAPO En Nouvelle-Calédonie, il suffit de se tourner vers l’Accord de Nouméa de 1998, qui affirme notamment que : « La relation de la Nouvelle-Calédonie avec la métropole lointaine est demeurée longtemps marquée par la dépendance coloniale, un
lien univoque, un refus de reconnaître les spécificités, dont les populations nouvelles ont aussi souffert dans leurs aspirations. Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière ».
DIAPO Chacun a sa manière, ces textes reconnaissent la faute commise par la République en soumettant pendant une période plus ou moins longue des territoires et leurs populations à une domination injuste et violente. Si ce constat est aujourd’hui très largement partagé, notamment en France métropolitaine, il n’a pas été à l’origine d’un élan historiographique poussant les chercheurs à se pencher sur le passé colonial français afin de renouveler les approches et l’écriture de son histoire.
DIAPO Contrairement aux pays anglo-saxons qui ont connu un regain d’intérêt pour l’histoire coloniale autour des postcolonial studies, l’historiographie française et, au-delà, la société française tout entière, ont privilégié deux postures principales dans l’examen du passé colonial : l’indignation et les remords. La première est l’héritière des discours de plus en plus nombreux qui, surtout après la Seconde guerre mondiale, dénoncent la situation coloniale et accompagnent l’émancipation de la plupart des peuples colonisés. La seconde exprime les regrets liés à la persistance d’une mémoire douloureuse de la colonisation, et peut aller jusqu’à la repentance. Aujourd’hui, une telle situation conduit à rendre difficile l’émergence d’une école historique postcoloniale qui prenne en compte la complexité du fait colonial et qui soit capable de l’étudier en s’affranchissant du regard justement désapprobateur que l’on a commencé à porter sur lui a posteriori. Faute d’une école historique post-coloniale française structurée et active, le passé colonial plonge doucement dans un oubli qui a pour avantage de ne pas rouvrir les plaies du passé. Toutefois, l’absence de travail historique est un obstacle à leur cicatrisation, ce qui explique pourquoi le passé colonial, par intermittences, revient violemment dans l’actualité comme un DIAPO « retour du refoulé ».

DIAPO Cette analyse constitue le point de départ de l’analyse menée par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Françoise Vergès dans La République coloniale. Essai sur une utopie, publié en 2003. Ils y appellent de leurs voeux un réexamen du lien
entre République et fait colonial, non pas pour ressasser de vieilles rancoeurs mais pour comprendre par quel processus la République a pu s’accommoder d’une situation coloniale qui était à l’opposé de son idéal : « Il a fallu (…) redonner à la colonie son rôle dans la construction de la Nation, de l’identité nationale et de la République française. Non plus simplement redistribuer les responsabilités et les blâmes, mesurer les montants d’une réparation, enfermer le vocabulaire du remords et du repentir toute référence à ce passé, mais être capable de montrer comment et combien la République et la colonies se sont soutenues, se sont confrontées l’un à l’autre et l’une contre l’autre ».

DIAPO Dans le prolongement de ce livre, mon objectif est donc de réfléchir au lien entretenu entre la République française et le fait colonial. Par République française, j’entends un régime politique qui s’oppose à la monarchie dans le sens où la désignation du chef de l’Etat procède de l’élection mais, dans le cas français, la République recouvre une réalité bien plus vaste puisqu’elle s’est progressivement affirmée comme le ciment de la Nation, c’est-à dire le creuset du vivre ensemble et le fondement principal de l’exercice d’une citoyenneté démocratique. Affirmée pour la première fois durant la Révolution française, l’idée républicaine met près d’un siècle à s’imposer à partir des années 1870, au gré des soubresauts du siècle des Révolution.
Par fait colonial, j’entends le processus par lequel des Etats, pour la plupart européens, ont entrepris, dès avant le XIXe siècle, de soumettre à leur autorité des territoires et des populations souvent éloignées de leur métropole coloniale. La situation coloniale se caractérise par la légitimation d’une autorité qui s’impose et se
perpétue par des pratiques coercitives subies par des populations dites colonisées.

On date souvent le début de ce processus aux XVe-XVIe siècles avec l’apparition des premiers empires coloniaux européens, et il s’efface progressivement dans la seconde moitié du XXe siècle. Les liens entre République française et fait colonial ont bien entendu évolué dans le temps, entraînant à plusieurs reprises une redéfinition du projet colonial et de ses manifestations. Il s’agit donc d’un sujet particulièrement vaste et qui embrasse un temps long que j’ai décidé de limiter chronologiquement dans ce texte à un long XIXe siècle, soit de 1789 à 1914. Pourquoi un tel choix ?
L’idée est de privilégier la façon dont, en s’affirmant puis en triomphant, la République s’est emparée du fait colonial pour en faire un élément constitutif de son identité et de sa prétention à guider la Nation. Entre 1789 et 1914, la République a construit son
projet colonial jusqu’à affirmer, sous la IIIe République, sa prétention à être une « République coloniale » ou une « République impériale ». Durant cette période, la République s’est construite et affirmée en même temps qu’elle a accompagné la formation du second Empire colonial français qui, entre 1789 et 1897, passe de
40 000 km2 et 1 million d’habitants à 8,3 millions de km2 et 33,5 millions d’habitants. En arrêtant mon analyse à la Première guerre mondiale, je ne veux pas sous-estimer les remises en cause puis le démantèlement progressif de l’empire colonial français au XXe siècle, mais DIAPO il me semble intéressant de réfléchir au processus qui a conduit la République à devenir coloniale, et à la façon dont elle a accepté une indéniable contradiction entre l’universalisme républicain et l’assujettissement des colonies et des peuples colonisés.


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