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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

Un an de conférences en histoire-géographie

samedi 17 mai 2014 par Patrice FESSELIER-SOERIP

Compte-rendu de 7 conférences tenues à Nouméa entre mars 2013 et avril 2014.

 Revisiter les Lumières et leurs combats

Intervenant : Pierre-Yves BAUREPAIRE, Université de Nice
Lieu : salle des conférences – IUFM
Date : mercredi 13 mars 2013
Horaire : 17h00-18h25

Introduction :

Le tableau représentant le salon de Mme Geoffrin : ce tableau de 1812 est une commande de Joséphine de Beauharnais. Mme Geoffrin est l’hôtesse la plus célèbre de France et d’Europe qui est à l’initiative de la plus grande salonnière de l’époque en 1755. Elle est l’épouse de Saint-Gobain, bourgeoise qui accepte sa condition. Il s’agit alors d’une reconstitution à posteriori des Lumières représentant Voltaire (le génie tutélaire) et une galerie de portraits, une galerie fictive.
Le portrait de Diderot par Fragonard : il ne s’agit pas de Diderot mais d’une représentation manquée.
Le siècle des Lumières : une époque de contradictions : Voltaire investit dans la Compagnie des Indes et participe indirectement à la traite négrière. Rousseau rédige Émile ou De l’éducation, un traité sur l’éducation alors que le père qu’il est a abandonné sa fille.

I – La pluralité des Lumières

Des Lumières que l’on peut qualifier de contradictoires et de conflictuelles à l’échelle de l’Europe. Des intellectuels européens n’hésitent pas à critiquer l’esprit « petit maitre » des Français. Ils refusent l’autorité morale des Français au XVIIIe siècle. Ils détestent les positions qu’ils prennent. Ainsi, tous les coups sont permis entre philosophes. Ils refusent le diktat de Voltaire. Diderot et d’Alembert sont utilisés dans les manuels scolaires comme étant les principaux acteurs et auteurs de l’Encyclopédie. Or, d’Alembert se retire au bout du deuxième volume.
Au XVIIIe siècle, les projets d’encyclopédies fleurissent en Europe : une cinquantaine dont certaines ont été imprimées et comptent 250 volumes. En Suisse, l’encyclopédie d’Yverdon est éditée par Bartolomeo de Félice pour actualiser celle de Diderot.
Une polémique apparaît quant à la posture qu’adoptent des philosophes européens qui sont chrétiens mais anticléricaux alors que les Lumières françaises sont jugées trop antichrétiennes, voulant trop combattre la religion. Haller est un médecin-botaniste qui proteste contre la posture trop radicale de Voltaire parce que ce
dernier se livre à une lutte féroce du religieux sur le pouvoir politique.
L’historienne allemande Anne Saada compare le philosophe Claude-Adrien Helvétius à un « Diderot allemand ». Helvétius et Julien Offray de La Mettrie (philosophe français) ont des sensibilités religieuses et politiques différentes parmi les Lumières.
Au XVIIIe siècle, la langue française est celle de la communication en Europe. C’est la langue scientifique. Une foire du livre se tient à Francfort et à Leipzig.
Cyclopedia (1740) est une traduction anglaise réalisée par Ephraïm Chambers en Angleterre. Diderot souhaite toutefois traduire avec plus de rigueur l’Encyclopédie en anglais. Des ateliers de traduction mais aussi de contrefaçon qui nient les droits d’auteur apparaissent. Les traducteurs interprètent à leur façon les ouvrages originaux. Ils s’adaptent au lectorat et contextualisent en fonction de l’environnement régional. Lire des Lumières françaises ne signifie pas lire le document
original mais une interprétation. Par exemple, les aventures de Télémaque, un livre d’éducation, ont été traduites dans toutes les langues mais aucune ne s’est référée au document d’origine. Des ouvrages érotiques circulent en Europe : Thérèse Philosophe est un célèbre ouvrage érotique attribué à de Boyer.

II – Les contradictions des Lumières

Les contemporains des Lumières aiment les écrits pornographiques et les récits de voyage. À l’exception du marquis de Sade, jugé trop masochiste. C’est la volonté de montrer son émancipation de la tutelle religieuse donc de montrer sa littérature
érotique à ses invités. Brissot écrit des livres qui font scandale. La gravure prend toute son importance dans ce genre d’ouvrage. Certaines éditions sont bon marché tandis que d’autres sont de luxe. Les sociétés typographiques de Neufchâtel vendent ces ouvrages sur les marchés. Des presses, dans les pays frontaliers à la France permettent d’éditer tous les ouvrages possibles. Or, pour contrer la censure
royale et religieuse, les feuilles licencieuses sont insérées secrètement entre des feuilles sans risque afin de passer à travers les douanes françaises et la police, à l’arrivée de la cargaison en France (cf. Un crabe dans le bénitier de Robert Darnton). Ensuite, des relieurs récupèrent les feuilles licencieuses du livre pour recomposer l’ouvrage. La police du livre est très active pour chasser les livres piratés mais le
marché est trop important pour démanteler la filière. À la cour de Versailles, des domestiques sont pris par la police de Paris sous l’autorité du préfet de Paris. Une fois lus par les dames de la cour, les ouvrages érotiques sont donnés à leurs domestiques lettrées. Ces dernières se rendent compte qu’il y a
un marché potentiel et finissent même par se mettre à écrire. Autant, la rédaction de correspondances épistolaires par les femmes était acceptable et acceptée, autant la rédaction d’écrits était mal vue. Dans les salons (terme utilisé à partir du XIXe siècle) ou dans la société, la femme est l’hôtesse, celle qui reçoit, celle qui peut interrompre les conversations trop politiques.
Malesherbes est le directeur de la Censure mais il se fait livrer chez lui les plaques de l’Encyclopédie après le retrait du privilège royal. La marquise de Pompadour refuse l’interdiction de la parution de l’Encyclopédie. En 1750, elle commande un tableau où elle se met en scène au côté de De l’Esprit des lois et de planches de
l’Encyclopédie. Des ouvrages qui sont édités et qui circulent en France ne sont pas tous autorisés mais cela ne signifie par pour autant qu’ils sont interdits d’où une permission tacite.
En 1765, Charles COLLÉ rédige le Journal qui rappelle aux nobles et notamment aux aristocrates de ne pas oublier d’où ils viennent. En quittant le salon, chacun regagne sa place y compris les bourgeois. Le temps des discussions lors du salon, la hiérarchie s’efface mais à sa sortie, chacun se doit de rester à sa place et à son niveau social.
Au XVIIIe siècle, les Francs-maçons consitue une société initiatique qui respecte le droit et l’ordre établi, le respect du roi et de leurs pairs. En revanche, au XIXe siècle, ils remettent en cause l’ordre établi. Au siècle des Lumières, des obédiences s’ouvrent aux femmes mais définissent des limites : porter le tablier représentant Ève (pour rappel du péché originel), les femmes ne participent pas aux rituels maçonniques, elles sont adoptées par un mari, un frère maçon. Elles doivent rester à leur place.
Au XIXe siècle pendant la période révolutionnaire, une relecture des Lumières est faite : les bibliothèques sont purgées, une lecture contre-révolutionnaire émerge : il s’agit de faire référence aux ancêtres des philosophes depuis 1688 qui ont poussé leurs ordres (clergé et noblesse) dans le précipice. Ce sont eux les responsables de la fin de l’Ancien Régime. Ensuite, l’histoire des Lumières est réécrite par les Républicains et les Libéraux pour mettre en lumière leur rôle dans l’émancipation
des hommes et des femmes (cf. le rôle des Francs-maçons lors de l’affaire Dreyfus).

 Enseigner les sociétés coloniales en Nouvelle-Calédonie

Intervenant : Stéphane MINVIELLE, Maître de conférences en Histoire, IUFM
Lieu : salle des conférences de l’IUFM
Date : mercredi 19 juin 2013
Horaire : 17h00-18h30

I – Qu’est-ce qu’une société coloniale ?

1) Définitions
Cf. Les sociétés coloniales à l’âge des empires

Une société :

  • un contrat social
  • une libre-adhésion ou une contrainte
  • un sentiment d’appartenance commune

Fait colonial :

  • organisation préalable au fait colonial
  • bouleversements des sociétés précoloniales, notamment du fait de leur assujettissement
  • individus soumis à des règles différentes

2) Des sociétés de la différence, de l’inégalité et du contact

En fonction de leur couleur de peau, de leur situation sociale mais avec des rencontres qui brisent les hiérarchies traditionnelles comme au jeu de polo.
La différence : Le concept de sociétés plurales :

  • les agents de la puissance coloniale
  • les populations autochtones/indigènes
  • les minorités et les métis

L’assimilation face à ses limites. Les sociétés coloniales perpétuent ces différences.
L’inégalité : Le fondement et principe de fonctionnement des sociétés coloniales :

  • inégalités diverses : administration, fiscalité, justice, accès à la terre, éducation, santé.
  • Causes : héritages de la conquête et des théories sur l’inégalité des races
  • Manifestations : statut (Indigénat), niveau socio-économique (riches et pauvres)

Le contact : Une ségrégation, la discrimination :

  • le contact n’abolit pas la différence et l’inégalité
  • le contact entraine des formes, des hybridations (des transferts culturels, des circulations)
    en fonction du nombre d’agents envoyés par la puissance coloniale
    Une société coloniale est une société complexe particulière liée à la situation coloniale.

Désagrégation des sociétés coloniales : 3 formes principales :

  • fin d’une société coloniale sans indépendance : les Antilles
  • fin d’une société coloniale avec une indépendance, mais sans modification du corps social (Afrique du Sud)
  • fin d’une société coloniale avec indépendance et départ des colonisateurs : Indochine française

II – L’histoire des sociétés coloniales, une histoire qui ne cesse de se renouveler

Historiographie :

  • Jusqu’au milieu du XXe siècle : la vision apologétique (Louis Hubert Lyautey sur Madagascar)
  • L’époque des décolonisations : un discours de plus en plus critique (Terre d’ébène d’Albert Londres et Max Havelaar sur les Indes néerlandaises)
  • Tournant des années 1970-80 : une histoire qui aspire à sortir des discours pro ou anti colonialistes

1) Le tournant des années 1950
Une nouvelle catégorie d’historiens venant des anciennes sociétés coloniales donnant leur vision, pas vraiment apaisée. L’unité nationale des nouveaux États : inventer une histoire nationale pour cimenter la nation. Comme la France l’a fait sous la IIIe République (la revanche de l’Alsace-Lorraine). Exalter les grands leaders nationaux dans ces États nouvellement indépendants.

2) Les historiens d’aujourd’hui et le fait colonial
Apparition d’écoles historiques nouvelles d’Amérique du Nord. Nouvelle manière d’étudier les sociétés coloniales. Frederick Cooper : le colonialisme en question, l’Afrique depuis 1940, Empires, Repenser le colonialisme
Empires : de l’histoire impériale en étudiant la colonie et la métropole, ces deux ensembles dans un même ensemble, les interactions.
Les postcolonial studies : Edouard Said, 1978, Orientalism : lecture critique sur les discours en Occident pour justifier la colonisation, effondrer le mythe de l’Européen qui se sacrifie pour apporter le bonheur dans le monde. L’Occident a construit l’Orient et de fait s’est construit lui-même, en construisant l’identité européenne.
Subaltern studies : à partir des années 1980 Elementary aspect of pleasant insurgency incolonial India de Ranajit Guha
S’intéresser à ceux qu’on ne voit pas : les masses paysannes ont contribué à l’accession à l’indépendance comme Gandhi en galvanisant les masses paysannes. S’immergeant dans la société coloniale.
L’Histoire à parts égales de Romain Bertrand sur les Indes néerlandaises : scruter le moment du contact entre les premiers Européens et les autochtones. Replacer ces contacts dans leur contexte.
Utiliser les sources pour obtenir un regard croisé.

III – Quelle histoire pour la Nouvelle-Calédonie ?

Programmes adaptés : équilibre et complémentarité
Contexte particulier. Des adaptations existent mais leur application est délicate.
Mémoires professionnels IUFM master 2 en HG 2013.

1) Peuplement et sociétés traditionnelles avant la mise en place des sociétés
coloniales : classes de 6e et de 5e.
Un contexte de l’avant : les débuts du peuplement en Océanie et en Nouvelle-Calédonie (Sand Christophe).
Les civilisations océaniennes : le monde océanien à l’époque pré-européenne et la civilisation kanak traditionnelle. Isabelle Leblic et Alban Bensa
Vers la modernité : le Pacifique des premiers explorateurs.
Montrer les différences entre la société kanak d’avant et celle d’aujourd’hui. Elle s’est adaptée : éviter les anachronismes (par exemple ne pas parler des tribus).

2) Des premiers contacts à la mise en place du système colonial en classe de 4e
L’Européen qui arrive en NC n’est pas là pour fonder un système colonial. La découverte n’entraine pas la colonisation.

3) Le XXe siècle ou la difficulté de passer d’une société coloniale à une société
postcoloniale en classe de 3e
La NC est-elle encore une société coloniale ?

  • Ne pas confondre : l’histoire de la NC depuis 1945
  • La mémoire de la colonisation, de la période coloniale
  • Le risque d’instrumentalisation permanent de l’histoire
    Raconter l’histoire de la NC avec des faits historiques, restituer les faits.
  • 1945-1958 : une sortie progressive du cadre colonial : en 1946 fin du terme de colonie en devenant un TOM + fin du système de l’indigénat + les Kanak entre 1946 et 1956 acquièrent le droit de vote. La NC sort du fait colonial.
  • 1958-1988 : les difficultés de la transition postcoloniale : rester dans la France ou sortir de la France. La fin de la société coloniale a radicalisé les différentes composantes de la société.
  • Depuis 1988 : un équilibre fragile : poignée de main serait un symbole d’une cohésion sociale, d’un pardon et de la paix. Serait-ce un aboutissement de la sortie de la société coloniale ?
    donner l’impression qu’on a UNE société mais c’est aussi le début de quelque chose, quel avenir ? aborder l’autodétermination, quelles solutions ? une période transitoire qui va durer, voter les compétences régaliennes, une partie de ces compétences…
    Débat : Utiliser le terme de guerre civile et pas seulement d’Évènements n’est pas une question d’idéologie. Nommer la nouvelle Calédonie ne signifie pas s’approprier une terre ou un prolongement de l’Europe. Ensuite la colonisation et l’exploitation se déclenchent et pas au moment des premiers contacts qui se finissent vers les années 1820-1830 avec le début des premières liaisons commerciales entre la
    Nouvelle-Calédonie et le reste du monde.

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Un an de conférences en histoire-géographie

17 mai 2014
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