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HG/NC Le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie

Habiter les territoires périurbains en France

lundi 2 décembre 2013 par Hadrien DUBUCS

 2. La diversité des territoires du périurbain : une homogénéité introuvable

 2.1. Une mosaïque sociospatiale (E. Charmes)

Diversité des environnements résidentiels → variété des ressources et profils socioprofessionnels des périurbains. Fausseté de l’archétype du couple avec deux enfants dans une maison avec jardin. Exemple : dans les communes de périurbanisation ancienne (années 1960-1970) les zones résidentielles comptent de plus en plus de retraités ; en Ile-de-France entre 1990 et 1999 c’est dans le périurbain que la population retraitée a connu la plus forte croissance. Immenses écarts de revenu et de mode de vie.


UA : zone d’urbanisation actuelle ; NA : zone d’urbanisation future ; NB : zone urbanisée de fait ; NC : zone agricole ; ND : zone protégée.

Une spécialisation sociale croissante mais qui est soumise à des effets d’échelle :

  • A l’échelle métropolitaine, l’espace périurbain apparaît peu spécialisé, par rapport à des centres +/+ embourgeoisés et des banlieues +/+ paupérisées. Edmond Préteceille parle d’un « espace moyen mélangé », où faibles concentration de ménages très pauvres ou très riches.
  • A l’échelle du périurbain : spécialisations plus marquées. Dans tout le périurbain francilien, écarts entre zones de prix immobilier sont d’un facteur 5, entre lointain périurbain seine-et-marnais et secteur recherché de Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines). Toutes choses égales par ailleurs, les différences de prix s’expliquent par l’environnement social : « les ménages choisissent un lieu de vie moins pour la qualité des biens collectifs locaux tels qu’une piscine ou un parc arboré que pour la qualité du voisinage » (Charme, 2011, p. 65) ce qui explique le rôle central de l’école.
  • Echelle communale : Etude de cas (Charme, 2011, p. 69 et sq) : des trajectoires sociales très contrastées (exemple de Thieux et Gressy, communes au nord est de Paris aux trajectoires sociales très contrastées : « effet boule de neige » de la spécialisation sociale).

Donc spécialisations sociales fortes, mais à la différence de la ville :

  • On reste largement dans le spectre des classes moyennes
  • Discontinuités fortes dans la distribution spatiale des groupes sociaux : espaces agricoles et naturels s’intercalent entre les noyaux urbanisés de chaque commune.

 2.2. Le panorama des périurbains français aujourd’hui

Difficile de faire des typologies car multiplicité des critères : nature du foncier agricole ; stratégie municipale ; attrait paysager et patrimonial ; accessibilité et équipement en infrastructure de transport ; distance au pôle urbain ; taille de l’aire urbaine.


Ecoquartier urbain : la ZAC Macéria LA MEZIERE (35), 8 ha (http://www.a-lta.fr/ )

  • Opération de renouvellement urbain pour la requalification du centre bourg
  • 200 logements dont du logement collectif, logement intermédiaire et des maisons groupées résidence pour séniors d’environ 20 logements et 10 à 15% de logements sociaux
  • Surface : 8 ha (périmètre de 16 ha)
  • Opérateur : Société d’Aménagement et de Développement d’Ille et Vilaine (SADIV)


La forêt face à l’extension périurbaine

Typologie des communes périurbaines

E. Charmes identifie 3 types caractérisant les 20 000 communes périurbaines du point de vue des « qualités résidentielles ».

  • Communes en mutation du front pionnier périurbain
  • Communes très résidentielles proches d’un pôle urbain
  • Communes centres bien dotées en équipements et en services


ZAC de Dumbéa-sur-mer

 3. Un défi pour les politiques : de la « lutte contre » à la « politique de »

Synthèse du document de prospective de la DATAR, Territoires 2040, « Vers un périurbain assumé »

Vers une nouvelle vision de l’aménagement périurbain

  • Pas le « monopole » des atteintes à l’environnement
  • Erreur d’en faire une « croisade aménagiste » (M. Vanier)
  • Moins une affaire de forme urbaine « intrinsèquement » mauvaise qu’une lacune de projet politique territorial
  • « producteurs paradoxaux de périurbanité » : contradiction inévitable entre la posture et l’action
  • « il n’y a pas de mauvais horizon périurbain, il n’y a que des politiques inadaptées aux diversités périurbaines qui s’annoncent » (M. Vanier)

Quelques formules fortes :

Relevons l’antienne et son paradoxe : la périurbanisation n’est pas durable parce que consommatrice de ressources spatiales et vecteur de déplacements (le plus souvent, en employant des modes de transport individuels) polluants et énergivores ; malgré cet anathème, la périurbanisation se poursuit parce qu’elle se situe à la rencontre des aspirations des citoyens à un certain mode de vie et des opérateurs privés et publics, qui en ont fait, soit leur marché, soit leur levier de développement.

Le problème posé par la périurbanisation n’est pas tant l’étalement urbain et le caractère insoutenable de la « ville » qu’il fait advenir ; c’est l’absence, ou la grande faiblesse, du projet territorial qui la déploie et la gouverne ici et là, ou, dit autrement, la défaite du politique qu’elle sous-entend.

Quelle crédibilité accorder à la production et à la diffusion du discours antipériurbain, de la part de celles et ceux, individus, ménages, institutions, entreprises, gouvernements locaux, qui en sont les acteurs quotidiens ? Quelle efficacité espérer encore d’un ensemble de postures dont on sait toutes les contradictions : l’exploitant agricole générateur de droits à construire et de mitage résidentiel, et première victime foncière du phénomène qu’il alimente ; l’élu local désireux de structurer les services de centralité, et monnayant ce développement par l’aménagement d’espaces économiques qui la dispersent ; l’État naguère, le Département désormais, qui sonnent l’alerte à l’étalement urbain et en financent les indispensables réseaux, etc. La liste est encore longue des producteurs paradoxaux de périurbanité.

  • SCÉNARIO 1 : l’urbain compact l’emporte, digère le périurbain en le densifiant, et la périurbanisation s’arrête, ou devient un phénomène secondaire. C’est en somme le « triomphe de Grenelle ». […]
  • SCÉNARIO 2 : la dispersion généralisée s’impose, grâce aux solutions techniques rendant les faibles densités soutenables et l’accès au confort spatial désirable. C’est en somme la « surprise de l’abondance ». […]
  • SCÉNARIO 3 : l’enjeu agrinaturel est central et struc-ture de nouveaux rapports villes-campagnes, et les espaces intermédiaires, jadis périurbains, deviennent des conservatoires périruraux. C’est en somme la « revanche des périphéries ». […]
  • SCÉNARIO 4 : l’interterritorialité organise l’ancien périurbain, entre les métropoles et entre les territoires, par tous leurs sites et fonctions d’interface. C’est en somme le scénario de la « nouvelle frontière ». […]
  • SCÉNARIO 5 : le périurbain est réquisitionné pour son intérêt écologique global par les villes qui dominent leur région et équilibrent ainsi leur empreinte, dans un contexte de très fortes contraintes environnementales. C’est en somme « l’après-catastrophe.

 Conclusion

Un regard qui change très progressivement : principe de réalité de la part des aménageurs (passer de la « lutte contre » à la « politique de ») et territoire répondant aux aspirations résidentielles des ménages. Le défi de la durabilité urbaine reste entier notamment en matière de transport, mais les innovations sont multiples dans ce domaine.

Les territoires périurbains sont désormais « d’âge mur » : très divers par leurs morphologies, leurs atouts et contraintes, et par leur population, ils représentent aujourd’hui une part croissante de la réalité urbaine française. Les tâtonnements des prospectivistes disent assez combien il est aujourd’hui impossible de savoir à quoi ressembleront et – c’est au moins aussi important – comment nous nous représenterons ces espaces inclassables.


titre documents joints

Habiter les territoires périurbains en France

2 décembre 2013
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1.9 Mo

Support documentaire de la conférence de Hadrien Dubucs


Habiter les territoires périurbains en France

2 décembre 2013
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Support de la conférence d’Hadrien Dubucs à l’IUFM de Nouméa, 11 septembre 2013


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